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Pendant
un quart dheure,
les huissiers ont dépouillé
les bulletins de vote
dans lenceinte du
palais dIéna.
Sur son perchoir, Michel
Gevrey, le rapporteur
du texte du Conseil économique
et social (CES) qui préconise
le recours à limmigration
de travail, semble impassible.
Et puis le résultat
tombe : 83 votes pour,
78 contre et 24 abstentions.
A cinq voix près,
cétait juste
!
A lissue de ce vote,
le couloir qui mène
Michel Gevrey à
son bureau est semé
de félicitations
quil accueille volontiers.
« Pour vous dire
la vérité,
je métais
mis dans la position de
quelquun qui se
prépare à
tout résultat de
vote. Jaurais été
déçu pour
la cause à laquelle
je crois. Il faut voir
quil y a beaucoup
de passion sur ce sujet
», avoue-t-il.
Limmigration est
en effet un sujet délicat
que ce rapporteur a décidé
de prendre à bras
le corps. Alors que Nicolas
Sarkozy vient de faire
adopter sa loi restreignant
limmigration, Michel
Gevrey persiste et signe
: « Ces raidissements
qui sont opérés
peuvent rassurer une partie
du public mal informé
ou inquiet, mais ils ne
sont pas de nature à
faire progresser aussi
bien la cause des droits
de lhomme que lefficacité
de limmigration.
»
Derrière ce septuagénaire
se trouvent des posters
sur les Droits de lhomme
et la citation «
Jayme la vie »
de Montaigne : lhumanisme
est affiché. Il
porte un regard original
sur limmigration
en évoquant ceux
qui ne veulent pas rester
en France : « Vous
avez quantité dimmigrés
dont le rêve est
de repartir au pays, y
compris ceux qui ont été
chassés par des
persécutions. Actuellement,
malgré les pressions
policières exercées
en Tunisie par exemple,
des gens ont envie de
retourner là-bas,
ils y ont souvent leur
famille, leur maison.
»
Pour donner un visage
plus humain à limmigration,
il préconise un
enseignement spécifique
pour les enfants dimmigrés
: « Il a été
démontré,
par des linguistes et
des philologues, que pour
les enfants dimmigrés
la difficulté est
double car ils doivent
apprendre les mécanismes
de la lecture dans une
langue quils ne
maîtrisent pas.
Cest catastrophique
pédagogiquement
! Il ne faut pas mettre
en opposition la langue
de lécole
et celle de la famille
». Cest alors
toute la politique daccueil
des immigrés qui
est à repenser,
et par conséquent
les budgets alloués
à léducation
et aux organismes daide
aux immigrés. Michel
Gevrey admet la difficulté
de son entreprise dans
le contexte actuel de
restrictions budgétaires.
Sil ne sattend
pas à une réponse
favorable du gouvernement,
Michel Gevrey sattaque
cependant au lourd travail
de changement des mentalités.
Aborder la question de
limmigration sans
passion était la
gageure relevée
par le CES. Lun
des principaux enjeux
de ce rapport est en effet
de dénoncer les
liens généralement
établis entre immigration
et chômage : «
Je ne veux pas dire quil
ny ait pas des rapports
», prévient
Michel Gevrey, «
mais mettre au travail
des gens qui seraient
au chômage napporterait
pas de réponse
aux besoins précis
du marché du travail,
soit dans les emplois
très qualifiés,
soit dans les emplois
hors qualification où
justement on a besoin
de gens qui acceptent
des tâches que la
plupart des Français
ne veulent pas accomplir
». Le même
travail de dédramatisation
simpose entre immigration
et délinquance
: « Si vous prenez
une population française
qui vit dans les mêmes
conditions de pauvreté,
vous trouverez des chiffres
de délinquance
similaires ».
Le ton est donné
: Michel Gevrey nous invite
à une campagne
dinformation où
lon parlerait de
limmigration de
façon réaliste,
en dérobant à
lextrême droite
son sujet de prédilection.
« Lutter contre
lobscurité
qui entretient la peur
de lautre »
est la devise résolument
humaniste de Michel Gevrey.
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