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Pourquoi
la rentrée syndicale
na-t-elle pas été
aussi agitée que
prévu ?
Christian Roche : Ces
pronostics dune
rentrée agitée
navaient pas été
faits par la CGT. Nous,
nous essayons dattirer
lattention des salariés
sur les enjeux et de construire
avec eux. On ne sétait
surtout pas engagés
à dire quen
septembre ça allait
recommencer comme au printemps.
A chaque moment les salariés
décident des formes
dintervention. Sur
cette rentrée,
nous avons été
présents avec les
salariés pour quils
abordent bien cette phase
de connaissance de tout
ce quil y a dans
la loi de réforme
des retraites. Il est
clair que le gouvernement
a profité de sa
majorité à
lAssemblée
pour faire un passage
en force. Maintenant que
la loi a été
votée, elle va
sappliquer, donc
nous souhaitons que les
salariés mesurent
le maximum le contenu
de cette loi et quils
soient présents
pour peser et intervenir
au moment des décrets
dapplication de
cette loi.
Où en est la
négociation sur
les retraites complémentaires
?
Christian Roche : Les
retraites complémentaires
étaient le véritable
enjeu de la rentrée
face au patronat. La négociation
sest achevée
sur un accord signé
par les 4 organisations
syndicales. Elle a permis
de mettre en échec
une bonne partie des prétentions
patronales. Cest
vraiment le rapport de
force du printemps qui
a pesé, qui a fait
que le patronat a dû
en rabattre. Nous avons
obtenu le droit à
la retraite à 60
ans sans abattement, alors
que le patronat navait
jamais voulu céder
et inscrire les 60 ans
dans les retraites complémentaires
depuis 1982. Le patronat
a dautre part accepté
les départs anticipés
avant 60 ans, dans les
limites de la loi Fillon
pour le régime
général
: il y a actuellement
presque 1 million de personnes
qui vont partir en retraite
anticipée, en 2004
il ny en aura plus
que 150 000. Nous avons
obtenu également
que le patronat garantisse
une évolution des
versements de retraite
suivant linflation.
Nous souhaitions que les
retraites évoluent
comme les salaires pour
garder un lien entre actifs
et retraités et
pour que les retraités
puissent bénéficier
eux aussi des gains de
productivité, ce
qui est tout à
fait possible dans notre
régime par répartition.
Malgré ces points
positifs, il reste encore
un déséquilibre
: la philosophie de la
réforme est que
le financement ne veut
pas mettre de financement
supplémentaire.
Le patronat, sur la durée,
choisit exclusivement
labaissement du
niveau des droits à
la retraite. Nous ne pouvons
pas admettre cette politique,
nous ne pouvons pas sacrifier
les jeunes générations.
On ne va pas demander
à des jeunes de
payer pour des retraités
si eux-mêmes nacquièrent
pas des droits équivalents
! Actuellement et à
moyen terme, cest-à-dire
en 2012-2014, les retraites
complémentaires
ont des réserves.
Mais vers 2020, il faudra
ajouter 5 milliards deuros
pour les complémentaires.
Sil y a un développement
de lemploi et des
salaires qui évoluent
correctement dici-là,
on pourra y faire face.
Mais dune façon
générale,
nous proposons des évolutions
de lassiette de
cotisation qui serait
basée sur la création
de richesse. Ça favoriserait lemploi parce que, dès quon
aurait plus demploi,
on aurait des clés
de répartition
qui abaisseraient un peu
les taux de cotisation
pour les entreprises.

La
réforme du système
de retraites était-elle
si urgente ?
Christian Roche : La question
dune réforme
des retraites était
réclamée
par lensemble des
organisations syndicales.
Dans lunité,
nous avons fait des propositions
en janvier 2003. Nous
voulions garantir la retraite
à 60 ans avec des
possibilités de
départ anticipé
pour les carrières
longues et nous insistions
pour garantir un niveau
de remplacement élevé.
Or, il ny a pas
eu de négociation.
La réforme des
retraites se base sur
des projections démographiques
qui disent que la France
vieillit et que la population
active est vouée
à diminuer. Est-ce
quune solution pour
sauver les retraites nest
pas justement daugmenter
la masse dactifs
en faisant appel à
limmigration ?
Christian Roche : La démographie
est lun des éléments,
que nous navons
pas mis de côté,
mais lélément
le plus pertinent, cest
le niveau demploi.
Avec beaucoup dactifs
qui ne sont pas employés
on a un déficit
énorme. Il reste
des évolutions
démographiques
naturelles qui ne sont
pas en France les plus
catastrophiques dEurope.
Les questions dimmigration
nont pas été
mises dans le débat
avec le gouvernement.
La réforme des
retraites est précisément
basée sur lhypothèse
de la baisse du chômage,
est-ce que cest
paradoxal ?
Christian Roche : On avait
déjà une
discordance entre lâge
effectif de départ
à la retraite et
lâge de cessation
dactivité.
Dans les entreprises aujourdhui,
des hommes et des femmes
sont mis dehors avant
davoir atteint lâge
effectif de la retraite.
On assiste alors à
des transferts : si ce
nest pas la retraite
qui paie, cest le
chômage. Les entreprises
font donc des gains de
productivité sur
le dos de la solidarité.
Avec notre système
de retraite construit
depuis un siècle,
on était arrivé
au milieu des années
1990 à un niveau
de vie des retraités
qui était équivalent
à celui des actifs,
mais depuis ce temps,
on commence à régresser.
Les immigrés
entrent dans la vie active
plus tard que les Français,
est-ce que leur cas a
été pris
en compte ?
Christian Roche : Il y
a eu avec la réforme
un changement de nature
des retraites : avant,
on avait un système
qui essayait de compenser
des inégalités
pour des carrières
incomplètes, par
exemple pour les femmes,
de même pour les
immigrés qui arrivaient
plus tard sur le marché
du travail. Cest
linverse qui est
en train de se passer : on prend
exclusivement ce qui est
contributif, ce que lon a
effectivement cotisé,
travaillé, et on
exige des durées
de plus en plus longues.
Donc on baisse les retraites
de tout le monde mais
plus particulièrement
dune partie de la
population, et les immigrés
vont faire partie de ceux
qui ne vont plus être
en capacité de
pouvoir à 60 ans
bénéficier
dune retraite correcte.
Le rachat des années
détude aboutit
à des sommes exorbitantes,
cest déjà
de la capitalisation.
Les décrets dapplication
ne sont pas encore sortis
donc nous allons essayer
de peser jusquau
bout, mais la logique
de la réforme nest
pas de réintroduire
des notions de solidarité.
Pour ce qui concerne les
immigrés, il y
a encore de légalité
à gagner entre
immigrés de différents
pays parce que chaque
pays passe son accord
avec la France et ça
produit des inégalités.
Est-ce que la réforme
des retraites est une
réponse de la droite
adressée aux 35h
de la gauche ?
Christian Roche : De fait,
les gens ne vont pas travailler
plus longtemps et leur
retraite sera baissée.
La durée qui est
exigée pour avoir
une retraite à
taux plein a de moins
en moins à voir
avec la réalité
des emplois. En même
temps, les 35h ont permis
des gains de productivité
énormes. Les salaires
nont pas été
revalorisés. En
revanche, la réorganisation
des entreprises a offert
des gains de productivité
qui allaient au delà
même de la réduction
du temps de travail. Ce
nest pas un hasard
si la France est devenue
le premier pays au monde,
devant le Japon, sur le
plan de la productivité
horaire.
Pour nous, à lavenir,
il faudra rouvrir le dossier
des retraites, parce que
la réforme Fillon
nest pas équilibrée
financièrement.
Les questions de lâge
de départ à
la retraite et du montant
de la retraite sont les
deux questions-clé
pour une nouvelle négociation.
Est-ce quun gouvernement
de gauche pourrait revenir
sur cette réforme,
ou est-ce quon peut
imaginer une révision
de la réforme si
lévolution
démographique savérait
plus favorable ?
Christian Roche : Cette
réforme des retraites,
nous la réclamons
depuis des années.
Il y a une responsabilité
du gouvernement précédent
à ne pas avoir
voulu engager une réforme
qui réponde à
ce que nous proposions.
Ça aurait pu changer
la situation des élections
davril 2002, si
sur cette question des
retraites il y avait eu
vraiment une réponse
aux aspirations des salariés.
Il ny a pas de remise
en cause du système
par répartition,
mais il y a un faiblissement
de ce système :
on a enlevé tous
les éléments
de solidarité,
notamment la solidarité
entre les générations
parce que les jeunes vont
payer plus. Mais surtout,
quand on baisse le niveau
des droits dans le système
par répartition,
ça laisse de la
place pour autre chose,
pour ceux qui peuvent,
et on arrive dans les
inégalités,
dans la capitalisation.
Le problème de
la capitalisation est
que tous les aléas,
tous les risques, sont
supportés par lindividu.
Dans le système
par capitalisation, on
sait ce que lon
cotise, mais on ne sait
pas ce que lon aura
au bout.
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