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| Portraits
esquissés de ces altermondialistes... |
| Reportage
et photographie : Stéphanie
MALEK |
Le
second Forum social européen
(FSE) sest déroulé
du 12 au 15 novembre dans
quatre villes :
Paris, Saint-Denis, Bobigny
et Ivry-sur-Seine.
Le rendez-vous des altermondialistes
a réuni 51 000 inscrits
payants, soit 60 000 au
total, proposant 55 conférences
plénières
et ses 250 séminaires,
et des centaines dateliers.
Des thèmes comme
le commerce équitable,
le partage de leau,
le droit dasile, la
constitution européenne,
la femme dans la société,
la lutte contre les discriminations,
laccueil des immigrés
ou encore léducation
égalitaire ont fait
lobjet de débats
passionnés. En point
dorgue de cette semaine,
80 000 personnes ont défilé
à Paris avec pour
mot dordre :
« Pour une Europe
des droits dans un monde
sans guerre » |
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Joëlle Bourgeat,
retraitée dune
société
dexport et écrivaine
de mémoires,
habite Les Ulys, elle
a 62 ans et est la
voisine de manif de
Daniel Gailliegue,
retraité de
la SNCF, 67 ans :
« Je suis
une altermondialiste
frustrée de
navoir pas été
à Porto Alegre
! », lance Joëlle
avec bonne humeur,
« alors cette
fois-ci, jai
sauté sur loccasion.
Jai beaucoup
appris dans les 6
séminaires
du FSE où je
suis allée,
et jai surtout
eu le réconfort
de constater que beaucoup
dautres personnes
partagent mes idées.
Il est vrai que cest
frustrant parce que
ça ne débouche
pas sur une action
concrète, mais
après cest
à chacun de
récolter les
petites graines que
lon a semées
ici
Moi je rêve
dune journée
de mobilisation mondiale
contre la faim ».
Daniel, lui, nest
venu que pour la manifestation
du samedi 15 novembre
: « Ce sont
des slogans comme
Une Europe de
la paix, de la solidarité,
de légalité
des droits entre lhomme
et la femme, une Europe
écologiquement
soutenable qui
mont convaincus
de participer. Il
y a toujours eu des
écarts entre
ceux qui possèdent
et ceux qui nont
rien, mais aujourdhui
cette différence
est en train de se
creuser dangereusement.
Les gens ont limpression
dêtre
pris dans une fatalité
et lon manifeste
pour montrer le contraire
». Son mot dordre
: « Partager
! » |
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Cheick-Louis Malikite,
étudiant en
marketing agro-alimentaire,
a 24 ans et habite
à Asnières
:
« Pour moi,
être altermondialiste,
cest refuser
léconomie
telle quelle
est actuellement et
la voie quelle
prend. Bien sûr,
on ne peut pas vivre
sans économie,
mais il faut quelle
soit plus juste. Je
nai pas lhabitude
dêtre
dans les manifestations,
et je trouve que celle-ci
est un peu confuse,
il y a de tout. Par
exemple, je ne me
sens pas proche de
la confédération
paysanne parce quils
sont essentiellement
dans la critique et
pas assez dans la
proposition. Je me
suis joint au mouvement
Ni putes ni
soumises, parce
que je considère
que tout le monde
a le droit de vivre
normalement sans subir
de pressions. En réalité
je ne vis pas ce quelles
peuvent vivre, mais
ça ne mempêche
pas dêtre
solidaire. » |
 |
Paula est anesthésiste,
Doriana est employée
de banque, Titi travaille
dans limmobilier
et Laura fait du commerce,
elles ont fait toutes
les quatre le chemin
depuis Rome pour assister
au FSE :
« Nous faisons
partie du mouvement
des femmes en noir
qui se bat contre
les guerres dans le
monde. Nous militons
également au
sein du parti communiste
italien. Il est très
important de parler
ensemble de tous les
problèmes européens
et planétaires.
Nous voulons stopper
la guerre, le racisme
et la misère
qui sont déterminés
par la mondialisation,
cest-à-dire
par ceux qui ont largent
et le pouvoir. Ces
soldats italiens morts
dans un attentat en
Irak, ce sont comme
nos enfants, nous
condamnons cette occupation
américaine
de lIrak et
nous luttons pour
que le gouvernement
italien se retire
de ce pays. En venant
ici, en manifestant,
nous espérons
que les gens comprennent
que notre espoir est
la justice pour tous
afin de bénéficier
dune vie démocratique.
Nous ne sommes pas
des soldats, nous
navons pas darmes,
mais nous pensons
que par la parole
nous pouvons changer
les choses. Notre
victoire à
nous sera celle de
la paix ! » |
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Esperanza Coppa, 47
ans, est militante
du Parti communiste
français (PCF)
et vient de Charleville-Mézières
dans les Ardennes,
elle est agent comptable
dans un lycée
:
« Laltermondialisme
est une prise de conscience
nécessaire
mais pas suffisante.
Au FSE, il y a eu
beaucoup dateliers
et de séminaires
de réflexion
: rien de concret
en fait. Tout cela
doit déboucher
sur laction
politique, mais le
FSE est déjà
une bonne façon
de faire réagir
les gens. Pour moi,
le commerce équitable
doit être une
priorité de
notre action : trop
de pays sont écrasés,
maintenus dans la
misère et dans
la guerre. Cette situation
ne doit pas saggraver
plus. Il faut vraiment
que lon se prenne
en main pour faire
bouger les hommes
politiques. » |
 |
Jérôme
Martinez a 33 ans
et est salarié
de la Cimade (service
cuménique
dentraide),
il soccupe de
laction en Ile-de-France
:
« Le déclic
pour moi ça
a été
le mouvement étudiant
en 86 contre le projet
de réforme
qui visait à
privatiser luniversité.
Jai alors adhéré
au syndicat étudiant
Unef. Comme jétais
objecteur de conscience,
jai travaillé
à la Cimade
au lieu de faire le
service militaire,
et puis jy suis
resté. Je crois
que la question de
la liberté
de circulation des
immigrés est
un fait planétaire
: on peut refonder
une société
en intégrant
les immigrés
comme des citoyens.
La gestion économique
de limmigration
que lon vit
aujourdhui est
désastreuse.
Mais je suis optimiste
: au FSE, la mobilisation
est là, les
gens ressentent le
besoin de débattre.
Les partis politiques
ont essayé
de récupérer
le mouvement, mais
on sy attendait.
Lorganisation
était un peu
scabreuse avec la
répartition
entre Bobigny, Saint-Denis,
La Villette et Ivry,
les traductions nétaient
pas toujours très
bien assurées,
mais je suis sûr
que dans les mois
à venir les
échanges qui
ont eu lieu ici vont
aboutir à des
réalisations
concrètes.
» |
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Valérie Berthelé,
28 ans, est informaticienne
et passe en moyenne
trois soirées
par semaines au sein
de lassociation
Autre Monde qui lutte
contre lexclusion
et la discrimination
:
« Jai
eu un choc en arrivant
à Paris il
y a cinq ans : jai
été
frappée par
le nombre de mendiants.
Jai décidé
de mengager
dans lassociation
Autre Monde parce
que je ne voulais
pas rentrer dans quelque
chose de trop institutionnel.
Le FSE est très
encourageant parce
quon se rend
compte que des gens
de tous horizons partagent
les mêmes valeurs.
Il y a trois mois
que je prépare
le FSE, et plus intensément
depuis deux semaines.
Avec lassociation
nous avons animé
deux ateliers sur
la précarité
et la responsabilisation
des jeunes. Jespère
que le FSE va entraîner
les jeunes et faire
prendre conscience
au public en général
des réalités.
Le FSE donne une véritable
visibilité
à laction
que lon mène
au quotidien, ça
fait plaisir.
» |
 |
Eric B., 40 ans, est
ingénieur en
bâtiment et
en informatique, il
est caissier et narrête
pas une minute, répétant
presque automatiquement
son discours de réception
aux participants,
avec le sourire :
« Jai
pris une semaine de
congés pour
faire partie de lorganisation
du FSE. Depuis lundi,
jaide à
installer le matériel,
et puis jai
pris mon poste de
caissier (il sert
un couple de quinquagénaires).
Depuis que jai
18 ans je trouve que
le monde ne tourne
pas rond et que lEurope
est menacée
de brésilianisation
(un jeune Espagnol
se présente
à sa caisse).
Je me suis engagé
cette année
à ATTAC. Jespère
que le FSE va permettre
la diffusion dinformations
pour que les gens
se rendent compte
que lultra libéralisme
nest pas une
fatalité. »
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Karin Schlageter a
16 ans, elle est en
classe de seconde
dans un lycée
parisien :
« Le déclic
pour moi ça
a été
le 21 avril 2002 avec
le deuxième
tour des élections
présidentielles.
Lan dernier,
jai manifesté
contre la guerre en
Irak et je me sens
proche du mouvement
ACG (Agir contre la
guerre). Au FSE, jai
assisté à
un séminaire
contre la guerre en
Irak à La Villette.
Mais je trouve quil
y a trop de discussions
et pas assez dactions.
Il faut faire réagir
les gens, le FSE doit
servir à ça.
Je suis un peu déçue
aussi par la tentative
de récupération
politique de ce mouvement
: si on veut militer
dans un parti politique
on peut le faire par
nous-mêmes,
ils nont pas
besoin de venir nous
prendre par la main
! Après le
baccalauréat,
jaimerais bien
faire sciences-po
pour faire valoir
le point de vue altermondialiste.
» |
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