© 2000-2004
CFAIT
Tous droits réservés

Plan du site

 
 
 
 
 
 

Portraits esquissés de ces altermondialistes...
Reportage et photographie : Stéphanie MALEK
Le second Forum social européen (FSE) s’est déroulé du 12 au 15 novembre dans quatre villes :
Paris, Saint-Denis, Bobigny et Ivry-sur-Seine.
Le rendez-vous des altermondialistes a réuni 51 000 inscrits payants, soit 60 000 au total, proposant 55 conférences plénières et ses 250 séminaires, et des centaines d’ateliers. Des thèmes comme le commerce équitable, le partage de l’eau, le droit d’asile, la constitution européenne, la femme dans la société, la lutte contre les discriminations, l’accueil des immigrés ou encore l’éducation égalitaire ont fait l’objet de débats passionnés. En point d’orgue de cette semaine, 80 000 personnes ont défilé à Paris avec pour mot d’ordre :
« Pour une Europe des droits dans un monde sans guerre »
Joëlle Bourgeat, retraitée d’une société d’export et écrivaine de mémoires, habite Les Ulys, elle a 62 ans et est la voisine de manif de Daniel Gailliegue, retraité de la SNCF, 67 ans :
« Je suis une altermondialiste frustrée de n’avoir pas été à Porto Alegre ! », lance Joëlle avec bonne humeur, « alors cette fois-ci, j’ai sauté sur l’occasion. J’ai beaucoup appris dans les 6 séminaires du FSE où je suis allée, et j’ai surtout eu le réconfort de constater que beaucoup d’autres personnes partagent mes idées. Il est vrai que c’est frustrant parce que ça ne débouche pas sur une action concrète, mais après c’est à chacun de récolter les petites graines que l’on a semées ici… Moi je rêve d’une journée de mobilisation mondiale contre la faim ». Daniel, lui, n’est venu que pour la manifestation du samedi 15 novembre : « Ce sont des slogans comme “Une Europe de la paix, de la solidarité, de l’égalité des droits entre l’homme et la femme, une Europe écologiquement soutenable” qui m’ont convaincus de participer. Il y a toujours eu des écarts entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien, mais aujourd’hui cette différence est en train de se creuser dangereusement. Les gens ont l’impression d’être pris dans une fatalité et l’on manifeste pour montrer le contraire ». Son mot d’ordre : « Partager ! »
Cheick-Louis Malikite, étudiant en marketing agro-alimentaire, a 24 ans et habite à Asnières :
« Pour moi, être altermondialiste, c’est refuser l’économie telle qu’elle est actuellement et la voie qu’elle prend. Bien sûr, on ne peut pas vivre sans économie, mais il faut qu’elle soit plus juste. Je n’ai pas l’habitude d’être dans les manifestations, et je trouve que celle-ci est un peu confuse, il y a de tout. Par exemple, je ne me sens pas proche de la confédération paysanne parce qu’ils sont essentiellement dans la critique et pas assez dans la proposition. Je me suis joint au mouvement “Ni putes ni soumises”, parce que je considère que tout le monde a le droit de vivre normalement sans subir de pressions. En réalité je ne vis pas ce qu’elles peuvent vivre, mais ça ne m’empêche pas d’être solidaire. »
Paula est anesthésiste, Doriana est employée de banque, Titi travaille dans l’immobilier et Laura fait du commerce, elles ont fait toutes les quatre le chemin depuis Rome pour assister au FSE :
« Nous faisons partie du mouvement des femmes en noir qui se bat contre les guerres dans le monde. Nous militons également au sein du parti communiste italien. Il est très important de parler ensemble de tous les problèmes européens et planétaires. Nous voulons stopper la guerre, le racisme et la misère qui sont déterminés par la mondialisation, c’est-à-dire par ceux qui ont l’argent et le pouvoir. Ces soldats italiens morts dans un attentat en Irak, ce sont comme nos enfants, nous condamnons cette occupation américaine de l’Irak et nous luttons pour que le gouvernement italien se retire de ce pays. En venant ici, en manifestant, nous espérons que les gens comprennent que notre espoir est la justice pour tous afin de bénéficier d’une vie démocratique. Nous ne sommes pas des soldats, nous n’avons pas d’armes, mais nous pensons que par la parole nous pouvons changer les choses. Notre victoire à nous sera celle de la paix ! »
Esperanza Coppa, 47 ans, est militante du Parti communiste français (PCF) et vient de Charleville-Mézières dans les Ardennes, elle est agent comptable dans un lycée :
« L’altermondialisme est une prise de conscience nécessaire mais pas suffisante. Au FSE, il y a eu beaucoup d’ateliers et de séminaires de réflexion : rien de concret en fait. Tout cela doit déboucher sur l’action politique, mais le FSE est déjà une bonne façon de faire réagir les gens. Pour moi, le commerce équitable doit être une priorité de notre action : trop de pays sont écrasés, maintenus dans la misère et dans la guerre. Cette situation ne doit pas s’aggraver plus. Il faut vraiment que l’on se prenne en main pour faire bouger les hommes politiques. »
Jérôme Martinez a 33 ans et est salarié de la Cimade (service œcuménique d’entraide), il s’occupe de l’action en Ile-de-France :
« Le déclic pour moi ça a été le mouvement étudiant en 86 contre le projet de réforme qui visait à privatiser l’université. J’ai alors adhéré au syndicat étudiant Unef. Comme j’étais objecteur de conscience, j’ai travaillé à la Cimade au lieu de faire le service militaire, et puis j’y suis resté. Je crois que la question de la liberté de circulation des immigrés est un fait planétaire : on peut refonder une société en intégrant les immigrés comme des citoyens. La gestion économique de l’immigration que l’on vit aujourd’hui est désastreuse. Mais je suis optimiste : au FSE, la mobilisation est là, les gens ressentent le besoin de débattre. Les partis politiques ont essayé de récupérer le mouvement, mais on s’y attendait. L’organisation était un peu scabreuse avec la répartition entre Bobigny, Saint-Denis, La Villette et Ivry, les traductions n’étaient pas toujours très bien assurées, mais je suis sûr que dans les mois à venir les échanges qui ont eu lieu ici vont aboutir à des réalisations concrètes. »

Valérie Berthelé, 28 ans, est informaticienne et passe en moyenne trois soirées par semaines au sein de l’association Autre Monde qui lutte contre l’exclusion et la discrimination :
« J’ai eu un choc en arrivant à Paris il y a cinq ans : j’ai été frappée par le nombre de mendiants. J’ai décidé de m’engager dans l’association Autre Monde parce que je ne voulais pas rentrer dans quelque chose de trop institutionnel. Le FSE est très encourageant parce qu’on se rend compte que des gens de tous horizons partagent les mêmes valeurs. Il y a trois mois que je prépare le FSE, et plus intensément depuis deux semaines. Avec l’association nous avons animé deux ateliers sur la précarité et la responsabilisation des jeunes. J’espère que le FSE va entraîner les jeunes et faire prendre conscience au public en général des réalités. Le FSE donne une véritable visibilité à l’action que l’on mène au quotidien, ça fait plaisir. »
Eric B., 40 ans, est ingénieur en bâtiment et en informatique, il est caissier et n’arrête pas une minute, répétant presque automatiquement son discours de réception aux participants, avec le sourire :
« J’ai pris une semaine de congés pour faire partie de l’organisation du FSE. Depuis lundi, j’aide à installer le matériel, et puis j’ai pris mon poste de caissier (il sert un couple de quinquagénaires). Depuis que j’ai 18 ans je trouve que le monde ne tourne pas rond et que l’Europe est menacée de brésilianisation (un jeune Espagnol se présente à sa caisse). Je me suis engagé cette année à ATTAC. J’espère que le FSE va permettre la diffusion d’informations pour que les gens se rendent compte que l’ultra libéralisme n’est pas une fatalité. »
Karin Schlageter a 16 ans, elle est en classe de seconde dans un lycée parisien :
« Le déclic pour moi ça a été le 21 avril 2002 avec le deuxième tour des élections présidentielles. L’an dernier, j’ai manifesté contre la guerre en Irak et je me sens proche du mouvement ACG (Agir contre la guerre). Au FSE, j’ai assisté à un séminaire contre la guerre en Irak à La Villette. Mais je trouve qu’il y a trop de discussions et pas assez d’actions. Il faut faire réagir les gens, le FSE doit servir à ça. Je suis un peu déçue aussi par la tentative de récupération politique de ce mouvement : si on veut militer dans un parti politique on peut le faire par nous-mêmes, ils n’ont pas besoin de venir nous prendre par la main ! Après le baccalauréat, j’aimerais bien faire sciences-po pour faire valoir le point de vue altermondialiste. »