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Civilisation et culture dans la pensée d’Ion Dragoumis (1878-1920) et de Ziya Gökalp (1876-1924) : comment affronter l’occidentalisation ?

Anastasia FALIEROU
Doctorante à l’EHESS - Paris
[Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales]

Le XIXème siècle est considéré comme le siècle du militarisme patriotique et de la construction des identités nationales. En Europe du sud-est le phénomène nationaliste émerge avec la Révolution grecque de 1821, qui est devenue le modèle pour les autres peuples balkaniques, pour aboutir avec le nationalisme turc, un nationalisme de caractère particulier grâce à sa rapidité étonnante. Cependant, le développement du phénomène nationaliste ne peut pas être séparable du contexte de l'occidentalisation, spécialement aux régions des Balkans, autrement dit aux pays de la péripherie. Nous tenterons donc d’étudier le premier et le dernier des nationalismes balkaniques : les nationalismes grec et turc tels qu'ils apparaissent à travers les discours de deux maîtres à penser : Ion Dragoumis (1878-1920) et Ziya Gökalp (1876-1924).
Il s’agit là de deux personnalités qui se considèrent comme les figures les plus représentatives du nationalisme de leur pays. Par conséquent, il paraît que la présentation et l'analyse de leur pensée est déterminante pour la compréhension profonde du phénomène nationaliste lui-même. Tant leurs biographies [1] que leurs idées nationalistes nous permettent d' établir des points parallèles entre ces personnalités légitimant notre étude comparative. Esquissant leurs vies nous remarquons qu’ils ont tous les deux vécu le passage du XIXème au XXème siècle, capital dans le développement du nationalisme en Europe du sud-est. Leurs dates de naissance et de mort concordent ainsi de manière impressionnante. En plus, ils sont socialement issus de milieux comparables c’est à dire de familles notables ayant une tradition au service de l'Etat. Ce sont ces milieux qui leurs ont offert le bagage intellectuel qui leur servit de base pour développer leur pensée. Enfin, mis à part le milieu familial, les milieux au sein desquels ils ont évolué par la suite sont également à bien des égards comparables. Il s’agit des cercles que nous pourrions qualifier d’« intellectuels », mi-politiques, mi-littéraires trouvant leur expression au sein des revues. Ces milieux sont au centre du processus de construction de mythologies nationalistes.
Dans notre effort de présenter leurs idées nous consacrerons notre regard à l'analyse des concepts de la civilisation et de la culture, deux notions dont la définition et la relation sont indicatives de la façon que les deux théoriciens affrontent l’Occident. Nous procedérons donc en deux temps : dans un premier temps nous essayerons d’étudier les deux concepts dans la pensée de Ziya Gökalp. Dans un deuxième temps nous étudierons comment Ion Dragoumis définit-il ces termes afin de pouvoir comparer les deux approches.

L’idéologie gökalpienne se résume à la phrase-clé : « Nous sommes de la nation turque (millet), de la religion islamique (ümmet) et de la civilisation occidentale (medeniyet) » [2]. Il s’agit d'une théorie nationaliste en trois fondements dans laquelle s'intègrent des valeurs tant islamiques qu’occidentales. Cette synthèse se fonde principalement sur la distinction de la culture (hars) et de la civilisation (medeniyet), deux notions qui preséntent des convergences et des divergences [3]. Le théoricien des Jeunes-Turcs remarque que, d’une part, culture et civilisation sont identiques au sens où elles couvrent également les huit vies sociales : linguistique, religieuse, intellectuelle, esthétique, morale, économique, technologique, mais d'autre part, les deux notions se différencient :

La culture est l’ensemble des jugements de valeur, qui existent dans la conscience d’une nation, alors que la civilisation représente l’ensemble des méthodes et connaissances technologiques dérivées des sciences positives [4]. En plus, la civilisation constitue une création rationnelle, résultat des actions conscientes des individus contrairement à la culture qui ne peut être considérée comme produit artificiel car les éléments qui la composent se développent naturellement comme les plantes et les animaux. Il s’agit plutôt d’un ensemble de sentiments qui ne peuvent pas être transmis d'une nation à l’autre et qui donnent à chaque nation son caractère unique.

En 1918 dans son article intitulé « Medeniyet (Civilisation) », Gökalp soutient que la culture est une notion de caractère national tandis que la civilisation est internationale : « La civilisation est un livre écrit de façon internationale, ses chapitres sont composés de la culture de chaque nation » [5]. La culture est composée du systhème intégrant les huit sphères de la vie de chaque nation, alors que la civilisation est constituée de l’ensemble des institutions sociales partagées par les nations diverses attachées au même niveau du développement. « La civilisation est un vêtement pour les nations. Tout comme les individus, les nations changent aussi leurs vêtements » [6]. Adoptant l’interprétation allemande de la culture comme âme de la nation, le maître à penser turc affirme que toutes les nations peuvent coexister partageant une civilisation commune mais non une seule culture car cette dernière reflète le génie de chaque peuple. Quant au peuple turc, Gökalp est à la recherche de son originalité à l’époque préislamique des conquerants turcs célèbres comme Attila.

Bien que Gökalp déclare la nécessité vitale que la Turquie s’attache au char de la modernisation, il ne favorise pas une occidentalisation exagérée. Que veut-il prendre de l'Occident ? L’adoption de la civilisation européenne se restreindrait aux méthodes et techniques industrielles et non au mode de vie occidental car selon l’intellectuel turc les civilisations européennes reposaient sur des fondements corrompus ; par conséquent, elles sont condamnées au déclin et à l’anéantissement « (...) nous ne prendrons pas seulement les résultats des sciences de l’Europe. En plus, nous prendrons et nous utiliserons les méthodes des sciences pour arriver à la vérité nous mêmes » [7].

Gökalp soutient que pendant les trois stades de leur développement social les Turcs ont embrassé des civilisations différentes, celles de l’Extrême-Orient, de l’Orient et maintenant de l’Occident. Le problème qui se pose est de savoir comment ils pourront profiter du progrès européen et préserver en même temps leur intégrité culturelle. Parallèlement, il critique les promoteurs de Tanzimat [8], qui ont essayé d'imiter toutes les institutions et les systèmes administatifs de l’Occident sans tenir compte de la culture folklorique du peuple. Les conséquences de cette imitation étaient néfastes à cause de la création des dichotomies (système des élites ottomanes, système du peuple turc) dans tous les domaines de la vie sociale : les arts, la langue, l’éducation.

Dans son effort de légitimer la participation des Turcs à la civilisation européenne, il instrumentalise l’Histoire. Faisant une rétrospective au passé mythifié, Gökalp affirme que la civilisation occidentale est la continuation de la civilisation des anciens peuples méditerranéens, qui sont des peuples touranies. Il est intéressant de voir qu’il n’hésite pas à intégrer sous l’étiquette « touraniens » [9] des peuples dont les origines ne sont pas turques mais qui avaient acquis un niveau de culture très élevé comme les Scythes, les Hittites et les Sumériens. De cette façon, les Turcs se présentent comme ayant une sorte « de droit héritier » sur la civilisation européenne, droit tiré de l’histoire elle-même. Il est par définition évident que, dans la pensée du théoricien du kémalisme, la distinction entre hars et medeniyet prend la forme de la distinction entre les valeurs spirituelles et matérielles, le coeur et le corps. La civilisation s’idéntifie à la rationalité occidentale, tandis que la culture est synonyme des sentiments et des vertus innés des Turcs. C’est exactement ce côté émotionnel de la culture qui la sanctionne comme « nationale », car « aucune nation ne peut imiter les sentiments moraux, religieux et esthétiques d'un autre peuple » [10]. Par conséquent, les deux notions ne sont pas antinomiques. Pour appuyer son opinion, Gökalp distingue [11] les deux genres de la culture : a) le hars, synonyme de la « culture populaire » et b) le tehzib, synonyme de la « culture savante ». La première est democratique car elle correspond aux créations authentiques du peuple, alors que la deuxième est aristocratique et s’adresse aux intellectuels de l’époque, qui avaient reçu une éducation superieure. Selon Taha Parla « cette distinction n’implique pas une différence qualitative mais une question du dégré de sophistication. L’élite intellectuelle en question était encore une élite nationale et non cosmopolite » [12].
De son côté, l’intellectuel grec affirme que la naissance d’une civilisation dépend de trois préalables [13] : le lieu, le temps et la nation. Une remarque importante soulignant que « Seules les nations donnent naissance aux civilisations. Et cela est leur grande valeur » [14]. Dragoumis associe le concept de la nation avec la civilisation en lui attribuant un sens national, point de divergence avec Gökalp. Puis, il distingue deux catégories de nations : les nations-créatrices de leur propre civilisation et les nations-imitatrices ; les premières évoluent, contrairement aux deuxièmes qui restent dans un état de stagnation. Le peuple grec appartient à la première catégorie car il a crée une civilisation originale et est devenu le modèle pour les civilisations suivantes.

Mais qu’est-ce que la civilisation selon lui ? Partage-t-il la définition gökalpienne ? Dans la pensée de Dragoumis la civilisation est liée à l’esprit hellénique, à la force assimilatrice de la civilisation grecque. La civilisation grecque, produit et synthèse [15] des éléments les plus rémarquables des civilisations du passé, est considérée comme le comble des civilisations humaines. Quant à la deuxième notion, celle de la culture, il la considère comme branche de la civilisation et signale une continuité incessante entre la civilisation hellénique et la culture populaire. « Les branches de la civilisation sont les arts, les sciences, les philosophies, une certaine religion et la morale. Tout cela élève l’homme en dehors des patries, tout en ayant ses fondements en une patrie, comme branche de la civilisation, qui elle aussi a une patrie » [16]. En effet, la nation de la civilisation prend dans la pensée de Dragoumis un contenu moral et spirituel, sens pareil à celui que Gökalp attribue à la notion de la culture.

Pour faire valoriser son argument concernant la superiorité de la civilisation grecque il étudie ce concept en trois temps historiques : le passé, le présent et le futur. Dans un premier lieu, il compare la civilisation de son peuple aux autres [17] civilisations (indienne, phénicienne, égyptienne, chinoise) de l'antiquité pour en déduire : « Aucune civilisation n’est arrivée plus haut de la civilisation grecque et aucune n’y arrivera » [18]. Dans un deuxième lieu, Dragoumis nous présente les Grecs comme créateurs des civilisations égéenne, grecque classique, hellénistique, byzantine, autrement dit des civilisations de haute valeur [19], puis il soutient dans un troisième lieu que la civilisation néohellénique [20], dont l'intellectuel grec visionne la domination, est le fruit de la tradition populaire byzantine [21]. Dans sa pensée l’écoulement du temps prend la forme d’une ligne évolutive, d’une évolution ininterrompue, qui aboutit à la fusion des toutes les civilisations du passé en une, la civilisation néohellénique.

De cette façon le passé devient une sorte d’abri dans lequel se sauve l’idée de l’immortalité d’une société ainsi qu’un terme de comparaison avec le présent et le futur. « Autant des siècles de civilisation, elle est déjà entrée dans le sang et les nerfs du peuple grec, elle est entrée jusqu’à ses os. Le squelette, les nerfs et les sang du Grec sont vieux et civilisés (...). Les Grecs sont formés de plusieurs et vieilles civilisations, qu’ils ont eux-mêmes créées avec la même intelligence » [22] affirme Dragoumis. La source de vie et d'énergie qui rassure l’existence et la continuité de cette chaîne des civilisations mentionnée au-dessus n’est que la notion de la tradition. « Le jus de l'arbre est la tradition populaire. Elle a son commencement bien avant que la race grecque ne crée aucune civilisation (...). Elle est comme un courant chaud de la vie, qui passe maintenant depuis des siècles au fond de l’âme des Grecs et tient avec son flux éternel l’unité ou l’homogénéité de sa forme » [23]. Selon Dragoumis la tradition [24] fonctionne comme un socle culturel, comme la boucle conjonctive de l’« esprit hellénique » à travers les siècles.

Un deuxième point à éclairer est la relation de Dragoumis avec l’Europe. S’agit-il d'une rélation complémentaire ou contradictoire ? Tout comme Gökalp, Dragoumis affirme que les Grecs sont dépourvus de la connaissance technologique et non des valeurs morales de l’Occident. L’extrait suivant est indicatif de la répugnance de l'intellectuel grec envers le monde européen : « Les idées modernes complotent contre nous, la civilisation contemporaine avec sa franc-maçonnerie, sa charité, sa solidarité, son parlementarisme, son aplanissement, qui fait tous les hommes égaux de plus petits. C’est l’influence de cette civilisation que nous devons combattre si nous voulons vivre » [25]. Les civilisations étrangères doivent être utilisées comme facteurs d'une émulation culturelle et motiver les Grecs à adopter le niveau scientifique de l’Europe pour qu’ils puissent après être indépendants de l’intervention occidentale.

Le maître à penser grec ne s’oppose pas à l’interaction culturelle parmi les nations ; la rencontre de la Grèce avec la civilisation européenne constitue une nécessité vitale pour le progrès et le developpement du pays. Selon lui, les Grecs se placent tant à l’Orient qu’à l’Occident « Sans cesser d’être un peuple oriental nous avons des capacités européennes » [26]. Dragoumis rejette, en effet, l’idée d'une soumission possible des Grecs à l’Occident sous la forme d’une soumission exagérée. C’est pour cette raison qu’il attaque contre les politiciens, les savants et en générale tous ceux qui ont envie d’imposer au peuple grec les systèmes et les habitudes occidentales : « Ils imaginent que la civilisation européenne peut nous changer et ils pensent que la civilisation européenne est meilleure et plus noble ou ils pensent que la civilisation hellénique n’existent pas » [27].

Afin de monter que la rencontre des Grecs avec les Européens ne comprend aucun danger d’assimilation, il fait encore une rétrospective au passé soulignant que tout au long de l’histoire la race hellénique s’est imposée par sa force civilisatrice aux autres peuples, et même aux conqu’rants. Dragoumis cite à ce point l'exemple [28] des Grecs anciens, qui ont « conquis » la Rome avec leur civilisation ainsi que la domination des Byzantins en Russie à travers le processus de christianisation. De cette façon l’intellectuel grec trace une sorte de prédominance diachronique de l’élément hellénique en Orient. Le nationalisme hellénique rêvé par Dragoumis s’élève en une valeur humanitaire supranationale ; il faut seulement que les Néohellénes prennent conscience du caractère oriental de leur civilisation et conservent la tradition populaire qui est « la boucle la plus intérieure et la plus authentique qui nous connecte avec les vieilles civilisations grecques » [29].
Au terme de cette étude comparative, nous constatons que malgré leur divergence notionelle, Gökalp et Dragoumis s’accordent sur un point fondamental : l’occidentalisation ne peut être la base unique dans la construction de leur nationalisme, si son utilisation constitue un moyen de progrès, il n’en demeure pas moins qu’elle doit être limitée. Il s’agit là d’un paradoxe qui est à la base d'une relation plus qu’ambiguë des nationalismes « orientaux » avec leur modèle venu de l’Occident.

NOTES

[1] Mehmet Ziya, plus connu après 1911 sous son nom de plume de Ziya Gökalp est né le 23 mars 1875 ou 1876 à Diyarbak¦r. Il était issu d’une famille de notables de province. Gökalp a commencé ses études à Diyarbak¦r, puis il a continué au Collège Vétérinaire d’Istanbul. Parallèlement, il entra au Comité de l’Union et du Progrès [CUP] par l’intermédiaire du Qocteur Abdullah Cevdet. Ses activités politiques lui valurent dix mois d’emprisonnement. Après la libération il fut éxilé à Diyarbak¦r. En 1902, il devint Secrétaire de la Chambre de Commerce de Diyarbekir, puis en 1904 Secrétaire assistant-Général de la Comission Exécutive du Conseil de Province et quatre ans plus tard inspecteur des organisations du CUP au nord-est de Diyarbak¦r. En 1909, il participa en tant que délégué de Diyarbak¦r au congrès de Salonique et publia dans le journal local Peyman. Une nouvelle période fut inaugurée pour Gökalp en 1910 car il devint membre actif de la CUP en participant à la revue Genç Kalemler (Jeunes Plumes), dont le but était la purification de la langue. Il a été élu à la commission éditoriale de la revue Türk Yurdu (Le Monde turc) et participa avec ses articles à d’autres revues comprenant parmi eux Halka Dogru (Vers le Peuple), ‹slam Mecmuasi (La Revue de l’Islam), Yeni Mecmua (Nouvelle Revue) etc. Au cours de la même période Gökalp publia deux volumes de poésie intitulées K¦z¦l Elma (La Pomme rouge) et Yeni Hayat (Nouvelle Vie). En 1918 il publia son livre Türklesmek, Islâmasmak, Muasirlasmak (Tuquification, Islamisation, Modernisation). Après l’Armistice et l’occupation d’Istanbul par les Alliés, il fut arrêté et emprisonné. Libéré deux ans plus tard, il est rentré à Diyarbekir où il publia la revue Küçük Meçmua (Petite Revue). En 1923, il participa à la campagne du parti kémaliste, et publia Dogru Yol (La Juste Voie). En même temps, il a rédigé Türk Medeniyeti Tarihi (Histoire de la Civilisation turque), Alt¦n I¦k (La Lumière d’or) et Türkçülügun Esaslari (Les Principes du Turkisme). Pour la vie de Ziya Gökalp, voir les étrudes des U. Heyd, The Fondations of Turkish nationalism : The life and teachings of Ziya Gökalp, London, 1950, p. 17-40 et T. Parla, The social and Political Thought of Ziya Gökalp, Leiden, 1985, p. 1-22.
Issu d’une famille originaire de Vogatsiko en Macédoine du Sud ayant une longue tradition sur la scène politique, Ion Dragoumis est né le 2/14 septembre 1878 à Athènes. Les années de son adolescence se croisent avec la guerre sanglante de 1897. En 1902, il reçut le poste de Vice-consul au Consulat de Monastir où il commença avec la collaboration de son père et de Pavlos Melas, à organiser la défense des communautés orthodoxes et hellénophones de Macédoine contre les comitadjis bulgares. Entre 1903 et 1906, il occupa la position consulaire à Serres, à Pyrgos, à Philippoupoli, à Alexandrie d’Egypte et à Dedeagaç. Une nouvelle période commença dans la vie Dragoumis en 1907 quand il fut nommé en place à l’ambassade d’Istanbul. Il publia sous son nom de plume Idas son livre Iroon ke Martiron Ema (Sang des Héros et des Martyrs), dédié à la mémoire de P. Melas. Prallèlement, il fonda avec A. Souliotis-Nicolaïdes l’Organisation de Constantinople, qui visait à l’égalité des communautés de l’Empire Ottoman et la coopération des Grecs et des Turcs pour la réalisation d’un Etat d’Orient. Un an plus tard, il fut envoyé à l’ambassade de Rome, puis à Londres. C’est pendant ces années qu’il rédigea son livre Samothraki (Samothrace). Après l’occupation du Dodècanese par les Italiens (1911), il a envoyé A. Gavalas à Patmos pour organiser un congrès demandant soit l’union des îles avec la Grèce soit un régime d’autonomie. Au cours de cette période, il publia son livre ‹ssi Zontani (Ceux qui sont vivants) dans lequel il présentait ses idées concernant le rôlé de l’Hellénisme au Levant. Après 1913, il fut Chargé d’Affaires aux ambassades de Saint Peterbourg, de Vienne et de Berlin, puis Ambassadeur de Grèce en Russie. En même temps il publia son livre Ellinikos Politismos (Civilisation grecque). En mai 1915, Dragoumis a été élu député indépéndant de Florina et de Castotria. Il lança avec G. Bousios et A. Karapanos la publication de la revue Politiki Epitheorisi (Revue Politique) à travers laquelle Dragoumis exerça une critique sevère contre la politique extérieure favorable à l’Entente qu’exerçait Venizelos. Ayant protesté contre l’intervention des Grandes Puissances dans les affaires intérieures du pays, il fut éxilé en Corse, puis à Scopelos. A la fin de 1919 il rentra à Athènes où il travailla à la réédition de la Politiki Epitheorisi (Revue Politique). La même année, en août Dragoumis fut assasiné par des officiers venizelistes en réprésailles à la tentative d’assassinat de Venizelos à Paris quelques jours plutôt. Pour la biographie de Ion Dragoumis voir : K. Parasxos, Athènes, 1963, p. 5-17.
[2] Z. Gökalp, Türkçülügün Esaslar¦, Devlet K¦taplar¦, Istanbul, 1970, p. 52.
[3] Idem, p. 30-45.
[4] Idem
[5] Z. Gökalp, Yeni Hayat, p. 22.
[6] N. Berkes, Turkish nationalism and Western Civilisation : Selected Essays of Ziya Gökalp, George Allen and Unwin LTD, Motreal, 1959, p. 266.
[7] Z. Gökalp, Makaler, sous la direction de Süleyman Hayri Bolay, Basbakanl¦k Bas¦mev¦, Ankara 1982, p. 40-42.
[8] Z. Gökalp, Türkçülügün Esaslar¦, p. 45.
[9] N. Berkes, op. cit., p. 267.
[10] Z. Gökalp, Türkçülügün Esaslar¦, p. 41.
[11] Concernant la distinction entre hars et tehzib, Idem, p.102-103.
[12] T. Parla, op. cit., p. 33.
[13] I. Dragoumis, Ellinikos Politismos (Civilisation grecque), p. 234.
[14] Idem, p. 182.
[15] I. Dragoumis, O Ellinismos mou kai i Ellines, p. 150.
[16] I. Dragoumis, Ellinikos Politismos, p. 233.
[17] Dragoumis, I Ellinismos mou kai i Ellines, p. 149.
[18] Idem, p. 150.
[19] Dragoumis, Ellinikos Politismos, p. 187.
[20] Idem, p. 217-235.
[21] Idem, p. 188-189.
[22] Idem, p. 187-188.
[23] Idem, p. 189-190.
[24] Pour les idées de Dragoumis sur le sujet de la tradition voir Idem, p. 187-199.
[25] I. Dragoumis, O Ellinismos mou kai i Ellines., p. 78.
[26] I. Dragoumis, Politiki Epitheoririsi (Revue Politique), n. 52, 29 mai 1921, p. 819.
[27] S. Dragoumis, Kinotita, Ethons Kratos : silogi arthron apo ton S. Dragoumi (Communauté, Nation, Etat : collection d’articles par S. Dragoumis), Salonique 1927, p. 45.
[28] Idem, p. 821.
[29] I. Dragoumis, O Ellinismos mou kai i Ellines, p. 189.