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LA LAÏCITE AUX PAYS-BAS
(CE N’EST PAS PARCE QUE ÇA N’A PAS DE NOM QUE ÇA N’EXISTE PAS)

Laurent CHAMBON
Docteur en Sciences Sociales de l’Université d’Amsterdam, chargé de cours à l’Université d’Utrecht
Correspondant aux Pays-Bas du quotidien Libération

La question de la laïcité aux Pays-Bas est loin d’être simple : le mot ‘laïcité’ n’existe pas en néerlandais, et si on veut aborder le sujet il faut alors parler de ‘séparation entre l’Église et l’État’ [1]. Cela ne veut pas dire que l’idée de laïcité est absente du débat politique, bien au contraire, surtout depuis l’épisode Pim Fortuyn *.
Les Pays-Bas, souvent considérés comme un refuge idéal pour les sectes et les mouvements communautaristes, sont en tous cas bien loin du républicanisme laïque à la française. Pourtant les principes politiques de base qui animent les Néerlandais sont extrêmement proches de ceux des Français : culte des droits de l’homme et de l’émancipation individuelle, État de droit, et surtout séparation de l’Église et de l’État.

LE COMPARTIMENTAGE ET SES CONSEQUENCES SUR LE RAPPORT AUX RELIGIONS

Les différences entre les deux pays sur la façon dont la laïcité est vécue est en mettre en relation avec leur histoire respective : alors que la loi de 1905 en France peut être considérée comme une victoire des anticléricaux sur les catholiques, le compromis néerlandais de 1917 est avant tout l’échec des libéraux anticléricaux au profit des chrétiens. La fin du XIXème siècle et le début du XXème sont des périodes de conflits intenses entre les groupes religieux et séculiers dans les deux pays, avec trois questions centrales sur lesquelles ils se déchirent : l’enseignement, le financement des cultes et la nature du système politique.

Les groupes religieux néerlandais étaient et restent très variés, allant des protestants les plus libéraux aux catholiques, en passant par les réformés conservateurs, les re-réformés, les évangélistes et tout l’arc-en-ciel des groupes chrétiens fondamentalistes. Cette variété dans l’organisation et la nature de l’expression religieuse explique en partie la faiblesse numérique et politique des anticléricaux, mais aussi le fait que les protestants réformés, dans leur domination multi-séculaire, ont oppressé les autres groupes religieux, en particulier les catholiques. En néerlandais, religieux ne rime donc pas nécessairement avec oppresseur obscurantiste, mais aussi parfois avec minorité opprimée.

Le compromis de 1917 a eu des conséquences très lourdes, aussi bien sociétales que politiques, sur le pays. Une sorte de décentralisation sociale des prérogatives étatiques est alors mise en place : le compartimentage [2], basé sur le principe de proportionnalité. Dans ce système compartimenté, les différents piliers religieux ou politiques [3] organisent leur propre enseignement (écoles, lycées, universités), leur système de santé (hôpitaux) et même leurs média publics (les omroepen) qui sont financés par l’Etat au proratat de leur puissance numérique. Ainsi, si le pilier catholique représente 35 % des élèves du secondaire, il reçoit 35 % du buget national pour le secondaire. Si la société de diffusion radiophonique (puis télévisée) des socialistes, la VARA, représente 15 % des auditeurs/téléspectateurs, elle doit recevoir 15 % du budget public alloué aux média publics.

En politique, le compromis de 1917 a pour conséquence de consacrer le culte du consensus, analysé avec beaucoup de clairvoyance par le politologue Arendt Lijphart [4]. L’idée centrale de la démocratie néerlandaise moderne est que, comme aucun groupe n’est majoritaire, il est susceptible d’être mis en minorité ; et puisque personne ne veut se retrouver en quasi-guerre civile comme avant 1917, chacun est d’accord pour ne pas remettre publiquement en question les principes et valeurs propres à chaque groupe. Cela veut dire concrètement que les grandes décisions (menaçant éventuellement un groupe constitué et son mode de vie) doivent être prises dans le consensus le plus parfait possible.

De ce fait, jusqu’à très récemment, l’atmosphère politique néerlandaise était assez feutrée, les élites de chaque pilier passant beaucoup de temps à négocier des compromis, parfois dans le plus grand secret. Les électeurs se contentaient de légitimer, par leur vote, les décisions de leurs leaders respectifs, et les grands débats de principes étaient quelque chose d’extrêmement rare. Le compartimentage néerlandais, c’était donc, selon Lijphart, le consensus, le culte du secret, le droit de ne pas être d’accord, la proportionnalité, et l’interdiction absolue de critiquer les autres groupes.

Les années 1960 vont remettre en question ce compartimentage : la sécularisation est en marche, mais c’est surtout une ‘protestantisation’ des catholiques qui va épicer la vie politique et sociale néerlandaise. En effet, une fois émancipés en tant que groupe de la tutelle réformée, les catholiques ne vont avoir de cesse de s’émanciper individuellement : le système doctrinaire de l’Église est remis en cause ainsi que sa structure autoritaire et surtout sa dépendance vis-à-vis de Rome.

Ce processus d’émancipation catholique, aussi paradoxal que cela paraisse d’un point de vue français, va avoir de grandes conséquences pour les homosexuels, dont beaucoup sont traités dans des hôpitaux psychiatriques catholiques. Les médecins constatent alors que ce ne sont pas les homosexuels qui sont à traiter, mais les causes de leur rejet par la société, en particulier l’homophobie motivée par des questions de doctrine [5]. La remise en cause de la société traditionnelle, en particulier l’autorité (étatique, religieuse ou familiale), de la soumission des femmes et de la société de consommation ont beaucoup d’influence sur la politique néerlandaise des années 1970 et 1980 à tel point qu’on parle de décompartimentage [6]. Cependant, si la société se sécularise et se décompartimente assez rapidement pendant cette période, les systèmes politique et socio-éducatif demeurent fortement compartimentés : les écoles, les hôpitaux, les universités et les média restent largement dominés par les piliers traditionnels, et les principes politiques hérités du compartimentage sont encore en vigueur.

Avec l’arrivée des immigrés musulmans de Turquie et du Maroc, le système s’adapte et les facilités jadis offertes aux chrétiens leur sont ouvertes, débouchant sur la construction de mosquées, l’ouverture d’écoles musulmanes et une politique culturelle très favorables aux communautés constituées. Cette ouverture est alors appelée ‘multiculturalisme’, mais il ne faut pas se méprendre sur son contenu : le multiculturalisme américain originel est vidé de sa substance et ce terme ne sert qu’à légitimer le communautarisme des leaders immigrés et la mainmise des chrétiens sur la politique néerlandaise.

En effet, le communautarisme américain avait été créé dans les années 1920 par Horace Kellen, un Américain d’origine allemande qui avait beaucoup souffert de la germanophobie et qui déniait aux WASP ** le monopole de l’identité américaine, qui selon lui puise au contraire son universalisme dans l’acceptation de la diversité des cultures [7]. Une remise en question de la domination des bourgeois blancs hétérosexuels réformés de Hollande [8] n’est pas au programme de la version néerlandaise du multiculturalisme, et sa dimension individualiste est passée à la trappe : pour recevoir les aides étatiques, les nouvelles minorités doivent s’organiser collectivement, ce qui est loin de favoriser l’émancipation des individus du poids de la communauté, mais aussi des traditions misogynes et homophobes. Selon le politologue néerlandais André Krouwel, ce droit à l’existence collective est utilisé par le pilier chrétien [9] pour justifier son rôle incontournable au sein des coalitions politiques, malgré son poids électoral et démographique moindre [10]. Les partis religieux sont en effet au pouvoir sans interruption de 1917 à 1994, et marquent fortement les orientations du pays jusqu’à l’arrivée de Wim Kok.

Le multiculturalisme superficiel des années 1980-1990 explique en grande partie l’étrange exception à la loi anti-discrimination de 1994 : l’idée d’une loi bannissant officiellement toutes les discriminations religieuses, politiques, raciales et sexuelles a été discutée aux Pays-Bas depuis le début des années 1980. Il a fallu une quinzaine d’années pour obtenir son vote à cause de l’opposition des chrétiens fondamentalistes à l’article interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, en particulier dans l’enseignement. Le fait de ne pas pouvoir licencier les enseignants homosexuels découverts dans leurs écoles a poussé les chrétiens à bloquer l’adoption de cette loi, en particulier en utilisant un argumentaire tout droit issu de la période compartimentée, mais assaisonné à la sauce multiculturelle : ce qu’ils considèrent quasiment comme une obligation d’embauche de dangereux pervers irait à l’encontre de leurs valeurs fondamentales.

La conséquence de ce lobbying est que, si l’article premier de la constitution est changé [11], et une nouvelle loi interdit absolument toutes les discriminations et crée même une commission (la CGB [12]) pour s’assurer de son application, est conservée la très notable exception du cas des écoles chrétiennes, qui peuvent donc licencier les enseignants gais pour des raisons ‘éthiques’ de ‘liberté de conscience’.

ÉVOLUTION DE L’IDEE LAÏQUE

La période Paars (‘violette’, à cause de l’union des libéraux en bleu et des travaillistes en rose, 1994-2002) de Wim Kok est marquée par une idéologie laïque clairement revandiquée : c’est en particulier à cause de l’orientation morale trop conservatrice des chrétiens-démocrates que les partis laïques se mettent d’accord pour les exclure de la coalition gouvernementale en 1994. C’est à ce premier gouvernement laïque que l’on doit, ce n’est pas un hasard, la législation sur la prostitution, l’euthanasie et l’accès des gais au mariage universel.

Cependant, l’arrangement avec les chrétiens n’est réellement remis en question qu’à partir de 2000, avec la visibilité accrue de groupes fondamentalistes musulmans qui considèrent que ce qui est accordé aux groupes chrétiens ne devrait pas leur être refusé. L’essayiste (de gauche) Paul Scheffer publie alors un article dans le NRC Handelsblad [13] dans lequel il reproche aux hommes politiques néerlandais de ‘Paars’ d’avoir permis la mise en place de véritables ghettos ethniques au cœur des villes néerlandaises, et surtout de ne pas avoir su maintenir l’identité nationale. S’ensuit un débat houleux entre d’une part la droite libérale anticléricale et assimilationniste, et de l’autre la gauche, prisonnière d’un multiculturalisme qui fait la part belle aux intégristes religieux et n’a pas réussi à émanciper les immigrés en tant qu’individus.

Un peu plus tard, l’imam rotterdammois El Moumni fait scandale en déclarant publiquement que les homosexuels sont des malades qu’il faut éliminer. L’émoi est grand, non seulement dans les organisations gaies pour qui l’hostilité de certains Marocains commence à devenir intolérable, mais aussi au gouvernement, qui rappelle que la tolérance envers les homos, mais aussi les femmes et les juifs, fait partie des avancées historiques dont les Pays-Bas sont fiers et qui ne peuvent pas être négociées. Lors du procès qui s’ensuit pour incitation à la haine homophobe, les associations gaies sont déboutées au nom de la liberté religieuse, mais le mal est fait : la question de l’intolérance religieuse est au centre des débats.

L’ascension du très populiste Pim Fortuyn début 2002 ne fait rien pour inverser cette tendance : il utilise de façon provocante son homosexualité pour légitimer son mépris de l’Islam, déclarant qu’il connaît assez de musulmans, en particulier en tant que prostitués, pour savoir de quoi il en retourne, et qu’il se sent personnellement menacé par leur homophobie. Lors des élections de 2003, c’est au tour d’une femme politique de faire scandale : Ayaan Hirsi Ali, d’origine somalienne, quitte le parti travailliste (PvdA) pour figurer sur la liste des libéraux du VVD, officiellement parce qu’on ne lui avait pas donné l’espace politique pour parler de la question de l’émancipation des femmes immigrées. Surtout, elle déclare que l’Islam oppresse les femmes et les homosexuels, et que c’est à l’État de s’assurer que les musulmans qui battent leur femme et/ou font preuve d’antisémitisme soient châtiés. Plus tard, elle explique que c’est la personnalité du Prophète, un ‘tyran pervers’, qui légitime la violence domestique des hommes musulmans. Autant dire que ces tirades sont loin de passer inaperçues.

En fait, Hirsi Ali permet certes de légitimer un discours très critique vis-à-vis de l’Islam au sein du parti libéral, puisqu’en tant que femme, anciennement musulmane, promise à un mariage forcé en Arabie Saoudite et réfugiée aux Pays-Bas, elle semble savoir de quoi elle parle, mais surtout elle libère la parole sur la question religieuse aux Pays-Bas, en particulier les concessions faites aux chrétiens fondamentalistes depuis plusieurs décennies.

Beaucoup de Néerlandais semblent se rendre compte que ce qui est tenu pour intolérable venant d’un imam a longtemps été considéré comme acceptable, voire même adorablement folklorique, venant des partis de la petite droite [14], au sein duquel les femmes ne sont pourtant pas admises. Ils se rendent compte que même si la petite droite ne représente pas un danger numérique, les valeurs qu’elle promeut sont porteuses d’une violence qui ne cherche qu’à s’exprimer contre les femmes, les juifs et les gais, mais aussi, depuis le 11 septembre, contre l’individualisme occidental en général.
Le succès populaire d’Ayaan Hirsi Ali procède bien plus, à mon avis, d’un mouvement séculier qui ne veut plus tolérer les outrances des religieux, au premier rang desquels les ultras musulmans, mais aussi les fondamentalistes chrétiens, que d’un mouvement xénophobe et islamophobe, qui existe peut-être, mais qui met très mal à l’aise de nombreux Néerlandais, par ailleurs très attachés aux valeurs ‘nationales’ de tolérance.

On peut donc dire que les Pays-Bas, à travers une histoire bien différente de celle que les Français ont pu vivre avec l’opposition à une Église catholique omniprésente, ont malgré tout atteint une forme de laïcité assez poussée, même si, dans les faits, les ruines du compartimentage sont encore bien visibles. Le politologue Jan-Willem Duyvendak [15] parle de francisation de la politique néerlandaise : un durcissement des motivations laïques des Néerlandais est en effet indéniable, surtout depuis Pim Fortuyn. La population néerlandaise étant l’une des plus sécularisée au monde, il me paraît évident que, ne serait-ce que d’un point de vue sociologique et démographique, cet attachement à la laïcité va aller s’accentuant. D’ailleurs, même si lors des deux dernières années les allochtones [16] ont été les boucs émissaires du mécontentement général et du ras-le-bol de la politique traditionnelle néerlandaise, leur émancipation, en tant que groupe et en tant qu’individus, a désormais beaucoup plus de chance de réussir, maintenant que l’hypocrisie ‘multiculti’ est démasquée.

Lors de mon premier séjour aux Pays-Bas en 1994, le Français républicain et laïque que je suis avait été très choqué par cette exception à la politique néerlandaise avant-gardiste de tolérance (en particulier vis-à-vis des femmes et des gais) accordée au bastion religieux, chrétien et musulman. Je ne cacherai pas que les évolutions laïques récentes (d’aucuns diront ‘francisation’) me rassurent. La question est maintenant de savoir si tout cela ne va pas dégénérer en anticléricalisme aveugle, autre spécialité bien française, hélas.

* Pim FORTUYN : Leader populiste et xénophobe qui fut assassiné en mai 2002 [NDLR]
** WASP : [White Anglo-Saxon Protestan] Population blanche anglo-saxonne et de confession protestante qui détient la quasi-totalité du pouvoir au États-Unis. [NDLR]

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Baumann, G. (1999) The Multicultural Riddle. Rethinking National, Ethnic and Religious Identities. London, Routledge.
Chambon, L. (2002) Le sel de la démocratie, L’accès des minorités au pouvoir politique en France et aux Pays-Bas. Amsterdam, Universiteit van Amsterdam.
Duyvendak, J.-W. (1996) 'De verfransing van Nederland'. De Groene Amsterdammer.
Lacorne, D. (1997) La crise de l’identité américaine. Du melting-pot au multiculturalisme. Paris, Fayard.
Lijphart, A. (1968) The Politics of Accommodation, Pluralism and Democracy in the Netherlands. Berkeley, University of California Press.
Oosterhuis, H. (1992) Homoseksualiteit in Katholiek Nederland, Een sociale geschiedenis 1900-1970. Amsterdam : SUA.
Stuurman, S. (1983) Verzuiling, kapitalisme en patriarchaat. Nijmegen: SUN.
Taylor, C. & Gutman, A., eds (1992) Multiculturalism and "The Politics of Recognition". Princeton, Princeton University Press.
Tielman, R. (1982) Homoseksualiteit in Nederland. Amsterdam, Boom.

NOTES

[1] Scheiding tussen kerk en staat
[2] Verzuiling, de ‘pilier’, zuil en néerlandais, se traduit généralement par compartimentage en français.
[3] Les historiens distinguent traditionnellement quatre piliers principaux : protestants, catholiques, socialistes et libéraux.
[4] Lijphart 1968.
[5] Oosterhuis (1992) mais aussi Tielman (1982).
[6] Ontzuiling
[7] Lacorne (1997) pour les Etats-Unis, mais aussi Stuurman (1983) pour les Pays-Bas.
[8] La Hollande et surtout la Randstad protestante, sévère et commerçante (Amsterdam, La Haye, Rotterdam et Utrecht) ont toujours dominé économiquement, culturellement et militairement le reste du pays, en particulier le Sud, nettement plus catholique, rural et bon vivant.
[9] Les différentes mouvances protestantes (sauf les fondamentalistes) et les catholiques se sont unis au sein de l’Appel Chrétien-démocrate (CDA) pour tenter d’enrayer leur déclin. On ne fait donc plus vraiment de distinction entre les protestants et les catholiques en politique.
[10] Voir aussi le livre de Baumann (1999), très drôle malgré son titre.
[11] Article 1er : « Ceux qui se trouvent aux Pays-Bas sont traités de façon identique dans des circonstances identiques. La discrimination pour religion, conviction, opinion politique, race, sexe ou quelque autre raison que ce soit, n’est pas autorisée. »
[12] Pour plus d’information voir (en anglais) http://www.cgb.nl/english/default.asp
[13] ‘Het multiculurele drama’, le drame multiculturel.
[14] Klein rechts en néerlandais, formée du SGP et de la Christen Unie, qui veulent abolir la possibilité des unions pour les couples de même sexe, la prostitution, l’avortement, l’euthanasie et, bien sûr, la séparation entre l’Église et l’État.
[15] 1996.
[16] Terme qui désigne les Turcs et les Marocains ; les Surinamiens et Indonésiens étant quasiment assimilés.