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INTRODUCTION
Cette
contribution s´inscrit
dans le cadre d´une
recherche, "Les lieux
de l´interculturalité"
- PNR39 "Migrations
et relations interculturelles-
dont les fondements théoriques
reposent simultanément
sur la géographie
sociale et les progrès
de l´éthno-méthodologie
1. La recherche en question
s´attache à
étudier les lieux
d´échange
et de transaction au sein
de l´agglomération
lausannoise entre population
autochtone et immigrants
- mais aussi entre les
différents groupes
d´immigrés-
ainsi que le contexte
de leur émergence,
leur histoire et les discours
qui les supportent (Racine,
Marengo, 1995 et 1996).
Cette démarche
permet de rendre compte
de ces mêmes lieux,
de leur rôle dans
la ville et des différents
types de relations qui
peuvent s´y nouer,
en privilégiant
les représentations,
la construction du sens,
la manière de structurer
l´espace (Gilbert,
1986). L´intérêt
pour ces "lieux hybrides"
est né, en réalité,
de l´idée
que l´immigration
dans les centres urbains
favorise de plus en plus
des "cultures de
la mixité"
qui représentent
un enjeu central en matière
de cohabitation et d´intégration
des populations à
l´échelle
urbaine.
Les objectifs que nous
avions définis
dans le projet et auxquels
nous travaillons afin
d´y trouver des
réponses sont les
suivants :
Quels sont les
modes d´inscription
territoriale de l´appartenance/différence
?
Quels sont les
modes de fonctionnement
des lieux où elle
s´inscrit ?
Dans quelle mesure
influencent-ils l´utilisation
stratégique de
traits ethno-culturels
par les populations migrantes
?
Quel rôle
jouent-ils dans l´intercompréhension
et dans la rencontre des
différents acteurs
?
A quelles conditions
peuvent-ils devenir, dans
le continuum où
se distingue classiquement
les situations d´assimilation,
d´intégration,
de séparation et
de marginalisation, voire
d´exclusion, de
meilleurs instruments
favorisant la cohabitation
dans la différence
?
La conscience et la prise
en compte de l´existence
d´une double hermeuneutique
- du chercheur et des
acteurs compétents
2 - nous permet de montrer
un aspect inattendu et
encore partiellement inexprimé
de l´interculturel.
En effet nous nous attachons
à montrer que l´interculturel
existe bien au-delà
de la relation "banalement"
évoquée
entre autochtones et allochtones.
Si l´étude
de ce type de relation
constitue la base de notre
recherche, nous sommes
aussi conscients que le
problème de la
relation à l´altérité
et de la cohabitation
dans la différence
se pose presque davantage
sous forme de "problème
de communication"
entre réseaux sociaux,
officiel et non officiel.
Il s´agit d´un
aspect encore peu et mal
exprimé par les
acteurs eux-mêmes.
Il nous permet cependant
de repenser et de redéfinir
la durabilité urbaine
dans les termes, d´une
part, d´une nouvelle
solidarité associée
à la nécessité
de construire de nouveaux
types de liens sociaux
et, d´autre part,
implique la découverte
et l´analyse des
modalités de mise
en place des nouveaux
liens sociaux susceptibles
de contribuer à
recoudre un tissu social
partiellement déchiré
et multipliant les cas
d´isolement, d´exclusion,
de désafiliation,
de marginalité
et de dépendance
(économique, sociale,
culturelle, existentielle).
Des dynamiques naissantes
se précisent pourtant,
de nouveaux outils, jaillis
du terrain, peuvent contribuer
à la construction
d´une société
plus intégrative.
Nous voudrions souligner
ici que nous évitons
volontairement des définitions
forcément réductrices
des concepts de ségrégation,
intégration, interculturalité,
etc.-, et que nous considérons
que la catégorisation
de nos terrains d´étude
comme lieux d´interculturalité
n´est pas donnée
a priori ni ne dépend
des perspectives ou des
choix théoriques
des enquêteurs,
mais qu´elle est
produite par les acteurs
eux-mêmes dans leurs
pratiques qui constituent
le lieu tel qu´il
se présente (Mondada,
1996). A une approche
qui définirait
a priori les caractéristiques
et les enjeux des contacts
interculturels, nous préférons
une approche qui déplace
la question de la définition
de l´interculturalité
du domaine des débats
scientifiques au domaine
des pratiques quotidiennes
par lesquelles les acteurs
en contexte identifient,
décrivent, caractérisent
des situations d´interculturalité.
L´émergence
de l´interculturalité
est donc un phénomène
à étudier
sur le terrain et non
un objet théorique
prédéfini.
Cette position vient notamment
d´une posture critique
à l´égard
d´une approche de
l´interculturalité
qui relève d´une
comparaison abstraite
entre systèmes
culturels différents
et qui conclut à
leur relative compatibilité
ou incompatibilité.
Contre cette approche,
nous préférons
interroger empiriquement
les formes et les pratiques
manifestant l´émergence
de relations interculturelles.
Pour ce faire, il est
fondamental de développer
une observation in situ
des pratiques ordinaires
des acteurs, et de l´appuyer
sur des enregistrements
de leurs rencontres et
prises de contact (Marengo,
Mondada, 1997).
Dans ce contexte nous
essayerons de montrer
de quelle manière
et dans quelle mesure
les acteurs sociaux mettent
en relation la complexité
des relations à
l´autre et la complexité
urbaine. L´étude
de cas sera développée
sur la base des analyses
de plusieurs entretiens
semi-directifs effectués
avec des acteurs compétents
dans certains des lieux
choisis dans le projet
pour une étude
en profondeur, une fois
réalisée
une première étape
ayant permis de les dégager
comme représentatifs
au sein de la trame multiethnique
lausannoise.
DE
LA THEORIE A LA PRATIQUE
: LA PAROLE DES ACTEURS
OU LA DECOUVERTE DUN
UNIVERS FLUIDE, MOUVANT
ET COMPLEXE
Toutes
les hypothèses
faites au moment de la
formulation du projet
de recherche ainsi que
pendant la première
année d´analyse
exploratoire des lieux
potentiels d´interculturalité
ont dû être
remises en cause ou reformulées
de manière plus
pertinente à partir
du moment où nous
avons commencé
notre travail dans les
sept lieux choisis pour
l´enquête
en profondeur 3. Le but
de cette partie de la
recherche n´est
pas, en effet, de théoriser
l´interculturalité
mais plutôt celui
de mettre en évidence
comment la complexité
des relations au quotidien
s´est révélée
au travers de notre enquête
sur l´interculturalité.
L´émergence
de cette composante nous
paraît d´autant
plus importante qu´elle
nous a été
apporté non par
des lectures ou des réflexions
scientifiques mais par
les acteurs sociaux que
nous avons mobilisés.
Nos interlocuteurs nous
ont amené dans
un univers interculturel
bien plus articulé
et mouvant par rapport
à celui que nous
avions envisagé,
sur la base de nos connaissances
préalables - soit
du terrain, soit théoriques
- au moment de formuler
et de rédiger notre
projet de recherche. En
réalité
nous nous sommes trouvé
face à un terrain
tout à la fois
vivant, mouvant, fluide
et sensible dont le niveau
de complexité le
fait échapper à
toutes les tentatives
de conceptualisation faites
en première analyse
(Marengo, 1997b ; Racine,
Marengo, 1997).
Les parcours individuels
: l´expression d´une
complexité privée
Au cours des premiers
entretiens nous avons
demandé à
nos interlocuteurs - les
responsables des lieux,
voire dans certains cas
leurs fondateurs- de reconstruire
les parcours qui les avaient
amenés soit à
participer à la
construction "officielle"
du lieu - création
d´une association,
ouverture d´un local,
etc.- soit à analyser
leurs besoins et leurs
aspirations, soit enfin
à vouloir comprendre
les besoins des autres
: Et puis voir s´il
y avait d´autres
qui avaient le même
besoin
Au début
ils se sentent assez perdus
quand ils arrivent ici.
Puis le fait de trouver
un livre dans leur langue.
Pas seulement au niveau
de la lecture
(Globlivres).
De nombreux récits,
souvent des histoires
de vie condensées,
nous ont permis de comprendre
qu´il existe - malgré
les différences
entre origines, niveaux
de formation scolaire
ou professionnelle et
appartenance sociale -
une constante dans le
choix de leurs "investissements"
dans un lieu et pour un
lieu: une appartenance
culturelle au moins double
sinon multiple et une
confrontation quotidienne
à la différence
et à l´autre
dans leurs vie privées
: Mon mari est musulman
et donc dans ma famille
il faut composer avec
des cultures et des religions
différentes (Français
en Jeu) et/ou professionnelles
: Bon, quand j´avais
les enfants petits, je
trouvais que ça
me manquait, soit les
livres en italien soit
le fait de retrouver les
choses qui étaient
les miennes. xxxx aussi
a plusieurs cultures dans
sa famille. Il y avait
d´autres personnes
qui étaient
qui
dans leur famille
avaient cette double ou
triple chose
et qui
dans le métier,
dans l´école
(Globlivres).
La nécessité
de composer entre différentes
appartenances culturelles
et/ou linguistiques ainsi
que le besoin d´y
parvenir afin de pouvoir
gérer de manière
sereine et harmonieuse
les relations familiales
ou professionnelles ont
amené nos interlocuteurs
à sortir du milieu
strictement familial ou
professionnel et à
tenter d´exploiter
leurs compétences
individuelles dans la
création d´un
lieu de médiation
culturelle et sociale.
Dans d´autres cas,
ils se sont engagés
dans une participation
active dans un lieu déjà
existant mais ayant besoin
de plus de personnes disponibles
pour jouer ce rôle
de composition et de médiation
entre cultures et langues
différentes.
La mise à disposition
des compétences
acquises, de manière
volontaire ou involontaire,
ainsi qu´une volonté
de partager ces expériences
personnelles avec d´autres
individus aux appartenances
"multiples"
est une constante des
récits de la plupart
de nos interlocuteurs
:
on s´est
tout simplement réunis
comme ça, cinq
ou six, et on a décidé
d´essayer. Donc
ont est partis comme ça.
On avait fait un petit
peu le tour des bibliothèques
de la région pour
voir s´il y avait
une possibilité
de s´installer chez
quelqu´un, s´il
y avait un coin dans la
région lausannoise
qui nous serait ouverte
mais ce n´était
pas le cas. Donc on a
dit:"On essaie tout
seuls" (Globlivres).
Dans certains cas la volonté
de partage de ces expériences
a eu besoin de plusieurs
étapes de transition
avant de s´affirmer
de manière explicite
: Après de nombreuses
réunions par petits
groupes on avait fait
une grande assemblée.
Il y avait a peu près
200 personnes. Et on est
partis comme ça
(Colonia Libera). Dans
d´autres cas, en
revanche, une dimension
"locale", comme
celle du quartier, a rendu
la tâche plus facile
aux fondateurs des lieux
: Au début ce n´était
pas encore le centre de
rencontre mais le centre
de quartier. Ils étaient
dans une ancienne buanderie,
au rez-de-chaussée
d´un immeuble. C´était
tout petit mais il y avait
tout le temps des gens
et des activités.
Les gens du quartier avaient
envie de participer, de
faire. Certains sont encore
là dans la salle
à côté
qui jouent au bridge (Centre
de Rencontre et de Loisirs
de Chailly).
Le partage des expériences
personnelles et la mise
à disposition des
compétences acquises
ont également permis
une claire prise de conscience
des risques à prendre
pour soutenir les initiatives
entreprises. Risques de
type économique
souvent: Et on a commencé
comme ça. Avec
quelques livres donnés,
des livres prêtés
par la "Bibliothèque
pour Tous". Puis
ça s´est
agrandi tout simplement,
petit à petit.
C´était à
nos frais (Globlivres)
mais aussi de type politique
: Certains étaient
membres du parti de gauche.
Ils venaient d´Italie
comme émigrés
mais là bas ils
avaient été
renvoyés à
cause de leurs idées
politiques, à la
fin des années
50, entre 56 et 59. A
l´époque
le parti communiste en
Suisse était hors
loi mais ils se réunissaient
quand même. Ils
se réunissaient
de temps en temps (Colonia
Libera Italiana).
De la vie privée
et/ou de la vie professionnelle
à l´engagement
social, les appartenances
multiples et les compétences
de médiation acquises
ont petit à petit
changé de statut.
Elles se sont graduellement
transformées en
"cultures du partage",
en outils indispensables
afin d´aider l´autre
à démêler
l´écheveau
de son parcours culturel
et de sa vie familiale
ou professionnelle, souvent
aussi - sinon plus- complexe
à gérer
que ceux des initiateurs
des lieux en question
: A cause de ma situation
personnelle je pense pouvoir
être plus
plus
proche des gens qui viennent
ici
j´arrive
peut-être à
partager leurs angoisses
mais aussi à comprendre
leurs envies (Français
en Jeu). Et cela parce
que les distances culturelles
ainsi que les distances
géographiques -
entre pays d´origines
et pays d´accueil-
ont fortement augmenté
au fur et à mesure
que les nouvelles vagues
migratoires se sont installées
en Suisse.
L´acte fondateur
: du besoin d´une
reconnaissance officielle
à l´exigence
d´un ancrage spatial
La mise à disposition
des compétences
acquises n´a pas
suffi et ne suffit pas
à ancrer ces lieux
dans l´espace lausannois.
Pour ce faire il a été
indispensable, et il l´est
encore, d´obtenir,
en plus d´une visibilité
certaine, une reconnaissance
"officielle"
de la part des autorités
locales. L´acte
fondateur a été,
pour tous les cas considérés
(les sept lieux), la création
d´une association
et donc l´acquisition
d´un statut légal.
Afin d´être
visibles autrement que
du seul point de vue administratif
et de pouvoir concrètement
établir des relations
sociales et interagir
avec d´autres individus
"pluriels" ou
au moins intéressés
à la pluralité
et à la différence,
il leur a été
ensuite indispensable
de s´inscrire de
manière durable
dans l´espace lausannois
: On a créé
l´association et
puis on a cherché
une maison, un endroit
où nous retrouver
où les gens pouvaient
passer un peu de temps
ensemble, discuter de
ce qu´ils voulaient
ou faire les activités
qu´ils aimaient
(Colonia Libera). Dans
tous les cas considérés,
l´ancrage spatial
- l´ouverture d´un
local au nom de l´association-
a été le
véritable acte
fondateur ou mieux celui
ressenti en tant que tel
par les responsables actuels
et/ou les créateurs
des différents
lieux étudiés
:
Je cherchais
des gens à qui
parler ma langue. En 1961
ils n´y avait pas
beaucoup d´espagnols
à Renens
il
y en avait pas beaucoup.
On a établi des
connaissances et puis
en 1963 on a créé
l´association et
on a fait le centre espagnol
de Renens. J´y ai
été depuis
le début (Garcia
Lorca). Les fondateurs
des lieux ont parfois
profité d´opportunités
"non culturelles"
afin de pouvoir s´ancrer
dans l´espace et
y acquérir une
certaine visibilité.
Des localisations "centrales"
et la disponibilité
de locaux à vocation
commerciale ont parfois
été des
atouts indispensables
à leur inscription
durable dans l´espace
lausannois : Pour commencer,
pour avoir un statut on
a loué, de l´autre
côté de la
place [la place du marché
à Renens], un magasin
-un ex-magasin de vin-
qui était libre.
Et on a commencé
comme ça (Globlivres).
L´ancrage spatial
a comporté et comporte
une acquisition de responsabilités,
vis-à-vis des autres
membres de l´association
mais aussi des individus
désirant fréquenter
le local, bien mise en
évidence par nos
interlocuteurs. En premier
lieu les responsabilités
ressenties comme les plus
pressantes sont d´ordre
économique, alliant
gestion financière
du local à court
terme et long terme, la
durabilité de l´inscription
spatiale du local étant
un souci récurrent
: Quand on a signé
le bail ici aux Terraux
on n´avait pas encore
la certitude de la subvention
de la commune. On a fait
une sorte de pari et on
a couru le risque, xxx
et moi (Français
en Jeu). Malgré
le bénévolat,
forme de participation
la plus commune au moment
de la création
des lieux et par la suite,
dans certains cas une
contribution économique
des initiateurs a été
indispensable pour démarrer
:
c´était
à nos frais. Les
premiers temps c´était
tout complètement
à nos frais (Globlivres).
Le problème de
la couverture des frais
de gestion du local ainsi
que de fonctionnement
du lieu est souvent devenu
l´un des soucis
les plus importants pour
les responsables de ces
lieux : C´est là
qui passe la plupart du
budget. Après le
loyer, les livres. On
a toujours acheté
des livres à partir
du moment où il
y avait de l´argent
entre
1000 et 2000 livres par
année, nouveaux
(Globlivres). La volonté
de solvabilité
financière induit
également un contrôle
étroit des velléités
d´expansion manifestés
par certains responsables,
ceci afin d´éviter
une prise de risques économiques
excessive qui pourrait
entraîner la fermeture
du lieu et la fin de l´expérience
de partage : Après
il y a eu des problèmes
avec le club sportif
nous avons fusionné
avec une équipe,
la San Marco. Mais ensuite
il y a eu des gens qui
ont voulu a tout prix
créer plusieurs
équipes de juniors.
Et pour finir ils n´ont
fait que des dettes (Colonia
Libera).
Les problèmes financiers
ont souvent conduit les
responsables, et en particulier
les fondateurs, à
un investissement non
seulement symbolique mais
aussi matériel,
sous forme de travail
bénévole
dans l´aménagement
des locaux : C´était
une vieille maison à
Renens, rue de la Mèbre.
Une maison vieille, plus
que vieille. Nous avons
peint les portes, refait
les murs internes. Nous
avons commencé
de là (Colonia
Libera). Cet investissement
personnel dans les lieux
a souvent mené
les fondateurs, et plus
particulièrement
les bénévoles,
à se les approprier
de manière parfois
excessive, jusqu´à
susciter une opposition
systématique à
toute nouvelle initiative
ou proposition venant
de nouveaux membres.
Toutefois l´appropriation,
mesurée, du lieu
de la part des initiateurs
a été et
reste indispensable. En
d´autres termes,
ce n´est souvent
qu´à la condition
que les responsables éprouvent
une relation fusionnelle
au lieu que leur capacité
à faire comprendre
aux nouveaux arrivés
ce que ce lieu peut leur
offrir et leur apporter
est importante. Il s´agit
en vérité
d´un exercice d´équilibre
assez difficile à
gérer car, si d´un
côté les
initiateurs des lieux
sont obligés de
s´investir à
fond dans la création
et dans la gestion du
lieu - afin de pouvoir
lui conférer assez
d´épaisseur,
de contenus et d´attraits
- ils doivent, dans le
même temps, chercher
à éviter
toute dérive possessive
afin de laisser à
de nouveaux besoins et
de nouvelles initiatives
la possibilité
de s´inscrire dans
le lieu. Ces difficultés
sont particulièrement
évidentes dans
le cas des initiateurs
des associations étrangères:
s´ils continuent
à jouer des rôles
directifs, ils manifestent
parfois des attitudes
de "patrons"
:
après
ils m´ont demandé
de revenir. Et maintenant
je suis encore le président
Je
ne sais pas qui pourrait
prendre ma place (Colonia
Libera Italiana). Les
lieux qu´ils ont
contribué à
créer sont devenus
pour eux des "dépendances"
familiales. De ce fait,
ils acceptent difficilement
toute nouvelle initiative
qui pourrait bousculer
le status quo. Cependant
les initiateurs des associations
étrangères
sont aussi conscients
que la "passation
des pouvoirs" est
indispensable afin de
permettre aux lieux en
question de survivre et
de se renouveler : Il
nous faut des jeunes même
si c´est difficile.
Ils viennent ici mais
ils ne s´investissent
pas beaucoup. Nous devons
trouver une solution pour
qu´ils entrent dans
le comité (Garcia
Lorca) ou encore :
et les jeunes. Tu vois
il y en a
mais dans
le comité il y
a toujours les mêmes
les vieux. Il faut faire
quelque chose sinon ça
va pas tenir longtemps
(Colonia Libera).
LES
RELATIONS AUX AUTORITES
LOCALES : ENTRE LE BESOIN
DUNE RECONNAISSANCE
OFFICIELLE ET LE MAINTIEN
DUNE INDEPENDANCE
DIFFICILE
Une
expression des relations
à l´autre
parfois difficile à
gérer, car elles
peuvent demander un investissement
en temps et en énergie
trop élevé
pour les responsables
des lieux, concerne les
aléas de leur localisation.
Si les changements de
localisation ont été
et sont fréquents
à cause de l´augmentation
du nombre des personnes
intéressées
par les lieux et leurs
activités ou encore
en raison de l´évolution
du type et du nombre d´activités
et/ou de services proposés,
il existe une autre cause
essentielle à ces
déménagements
: la qualité des
rapports instaurés
avec les populations environnantes
les lieux - en particulier
s´il s´agit
de locaux situés
dans des immeubles résidentiels
: Comme on était
un peu bruyant, là
bas on était au
premier étage rue
du Midi, on nous a donné
congé et encore
vu qu´on
était expulsés
de la rue du Simplon et
qu´il fallait faire
quelque chose
(Garcia
Lorca) - mais surtout
avec les autorités
locales. Cela est particulièrement
évident pour les
lieux correspondant aux
associations étrangères.
Les attitudes de méfiance
ou d´hostilité
des autorités créent
souvent des tensions :
Nous avons eu des problèmes
avec la commune de Renens.
Nous avons dû fermer
la Colonia pour des mois.
Ca a été
la première fois
dans le canton de Vaud
qu´une commune s´oppose
au canton. Parce qu´ils
ont fait une enquête
publique, chose qu´on
aurait pu éviter.
Personne n´a fait
opposition. On aurait
dû ouvrir mais la
commune a fait opposition
au canton. (Colonia Libera)
Ces tensions entre autorités
locales et responsables
des lieux, en particulier
si le rôle de ces
derniers dans l´agglomération
n´est pas reconnu
- et cela est surtout
fréquent quand
il s´agit d´associations
étrangères
- peuvent avoir des effets
pervers, par exemple contre
les autres étrangers
présents dans l´agglomération.
Des réactions de
rejet, voire de racisme,
envers les derniers arrivés
peuvent apparaître
au moment où leur
inscription spatiale et
surtout leur statut d´étrangers
stabilisés est
mis en doute : Il nous
ont dit [les membres du
conseil communal] qu´il
y avait trop d´associations.
Qu´il y a les turcs,
les tamouls
Mais
nous ça fait 40
ans qu´on est ici!
Vous ne pouvez pas nous
comparer
[le président
de la Colonia] Je n´ai
rien contre les tamouls,
je n´ai rien contre
les turcs ou les autres
qui sont arrivés
ici après mais
vous ne pouvez pas nous
comparer à eux.
[au maire de Renens] Eux
ils sont arrivés
ici quand tout était
fait. Nous l´avons
fait, nous les italiens.
Parce que nous avons été
les premiers à
arriver, avant les espagnols,
avant les portugais (Colonia
Libera).
L´intervention de
personnalités locales
est parfois demandé
pour résoudre ce
type de tension. Il s´agit
souvent de "notables"
locaux qui jouent les
médiateurs entre
ces interlocuteurs et
les autorités administratives
ou politiques Et puis
pour finir le patron des
locaux, le patron de xxxxx
m´a téléphoné
et m´a dit : "J´ai
arrêté un
rendez-vous avec le maire.
Nous y allons moi, vous
et le gérant".
Nous avons rencontré
le maire, le secrétaire
communal, un municipal
(Colonia Libera). L´ancien
patron d´usine à
l´attitude paternaliste
est en effet un cas bien
exemplaire de ces figures
d´autorité
locale "alternative".
Suffisamment "éclairées"
pour pouvoir s´insérer
dans la médiation
et arriver à des
solutions qui peuvent
tant bien que mal concilier
les deux parties en cause,
elles jouent souvent des
rôles d´interlocuteurs
fondamentaux dans la gestion
des relations entre responsables
des lieux (non seulement
étrangers) et institutions
locales : Le patron de
xxxx a dit que c´était
un scandale et que s´ils
continuaient comme ça
il aurait transféré
son entreprise ailleurs.
Après deux jours
on a eu l´autorisation
de la commune (Colonia
Libera).
LE
MAINTIEN DE LINDEPENDANCE
: UN JEU COMPLEXE DEQUILIBRE
La
gestion des relations
avec les autorités
locales ou étrangère
est l´une des manifestations
les plus évidente
de la complexité
du rôle que ces
lieux et nos interlocuteurs
jouent dans le contexte
urbain lausannois. D´un
côté le besoin
de visibilité et
de reconnaissance officielle
porte les responsables
des lieux à solliciter
ou à demander un
soutien officiel - financier
ou autre : "On n´est
pas intégrés
dans quelque chose. D´une
part nous on a toujours
beaucoup insisté
pour garder une indépendance.
Parce que ça nous
semble indispensable dans
ce travail. Parce qu´il
faut pouvoir choisir suivant
les besoins effectifs.
Quelquefois quand on va
dans d´autres bibliothèques
ils sont obligés
d´acheter là
ou là, de respecter
tel prix. Alors que nous
avons toute liberté
d´achat: dans les
pays où l´on
veut, avec qui l´on
veut
Mais d´autre
part on n´est ni
reconnus ni intégrés
dans rien de stable. Donc
la bibliothèque,
elle peut fermer dans
quelques mois s´il
y a plus d´argent.
C´est comme ça
On
est arrivé assez
près de ne plus
avoir rien du tout. Puis
on a lancé des
appels. C´est reparti.
Mais elle n´a pas
une garantie d´existence"
(Globlivres). De l´autre
côté la volonté
de garder une indépendance
certaine et de ne vouloir
en aucun cas accepter
de compromis rendent ces
relations ambiguës,
voire houleuses, car,
en plus, autorités
locales et représentants
des autorités étrangères
se donnent le relais afin
de mettre en place des
stratégies d´évitement
ou de refoulement du problème,
qu´il soit de type
relationnel ou financier
: Ils nous ont dit que
c´était une
affaire de consulats,
de pays
et de chaque
pays de faire ça
et que ce n´était
pas à la Suisse
(Globlivres). Dans d´autres
cas, en revanche, cette
indépendance des
autorités - locales
ou étrangères
- est considérée
comme l´atout même
du lieu : Depuis sa fondation
le centre s´est
toujours géré
de manière autonome
sans aucun type de subvention
de la part des institutions,
soit des pays musulmans
soit locales. Nous nous
autofinançons
les membres peuvent y
contribuer selon leurs
possibilités, selon
leurs envies (Centre Islamique
de Lausanne).
L´équilibre
entre reconnaissance et
soutien officiels et indépendance
dans la gestion des lieux
est un jeu qui paraît
assez difficile à
gérer. Dans tous
les cas considérés
jusqu´à présent,
nos interlocuteurs ont
bien souligné à
quel point le maintien
de l´indépendance
dans la gestion du quotidien
des lieux soit fondamental.
Sans cela le contrôle
social exercé par
les autorités empêcherait
la spontanéité
des relations à
l´autre et rendrait
inutiles les efforts des
responsables et animateurs
des lieux.
CONCLUSIONS
Par
cette contribution et
ces quelques exemples
nous espérons avoir
pu montrer comment la
complexité des
relations à l´autre
peut émerger, voire
s´affirmer et s´inscrire
durablement dans l´espace
urbain - l´agglomération
lausannoise dans ce cas
particulier, malgré
les difficultés
de gestion de ces mêmes
relations au quotidien.
Il est évident
que la matière
dont nous disposons est
non seulement assez fragmentée
mais aussi en cours traitement
et ne nous permet pas
encore de donner à
nos analyses tout le corps
qu´elles mériteraient.
Par ces récits
qui nous montrent comment
ces lieux ont été
construits et continuent
à se construire,
il nous a toutefois été
possible de pénétrer
dans un univers relationnel
dont la complexité
n´est pas un concept
abstrait mais de la matière
assez concrète
que nos acteurs ont appris
à manier et à
gérer au quotidien.
Et c´est par l´étude
du quotidien et du banal,
au moins apparemment,
que nous espérons
pouvoir continuer notre
recherche et donner des
réponses plus claires
et moins partielles à
nos interrogations ainsi
qu´aux interrogations
de nos acteurs.
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