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A
première vue, ce
titre peut paraître
contradictoire. En effet,
le plurilinguisme ne supprime-t-il
pas, précisément,
les frontieres culturelles
? Voyons les choses de
plus près. LHistoire
nous montre que le continent
européen a toujours
été un continent
où plurilinguisme
et multiculturalité
se sont côtoyés
et se côtoient toujours,
dune part - et ce
malgré le fait
que le latin ait eu la
suprématie linguistique
pendant des siècles
- et que, dautre
part, des cultures différentes
se sont développées
dans des régions
parlant la même
langue (en loccurrence
en France, en Wallonie/Belgique
et en Romandie/Suisse
ou encore en Autriche,
en Allemagne et en Suisse
alémanique) bien
que ces cultures aient
été marquées
par des facteurs communs
tels que les éléments
du monde antique ou de
la religion chrétienne.
Cest dans ce contexte
que les études
et les recherches effectuées
dans le domaine de la
culture vont jouer un
rôle toujours croissant
dans les efforts réalisés
pour résoudre des
conflits dorigine
linguistique, culturelle
ou ethnique ; en effet,
de nos jours la conscience
de lidentité
et de laltérité
remplace lentement mais
sûrement lidée
de nationalisme telle
quelle se répandit
dans le cours du XIXe
siècle. La prise
de conscience de lidentité
dépend de plus
en plus de lappartenance
à une culture et
de moins en moins du fait
de parler la même
langue et presque plus
du tout du fait de vivre
dans une même nation.
LEurope semble vouloir
sauvegarder durant le
prochain millénaire
la variété
des langues parlées
sur le continent. En effet,
dès sa création,
lUnion Européenne
a fait de la langue de
chaque pays membre une
langue de travail tout
en se limitant à
deux langues pour les
documents écrits.
Cest ainsi que dans
les premières années
du Marché Commun
puis de la CEE, le néerlandais,
lallemand, le français
et litalien furent
les langues utilisées
bien avant langlais.
Cette pluralité
dans le domaine des langues
est un signe de la pluralité
des cultures qui ont à
vivre et agir ensemble
tout aussi bien sur le
plan économique
que politique. Même
si ce nest pas encore
la moitié des langues
existant en Europe, cette
expérience est
une garantie pour lavenir.
Au cours des dernières
années, le Conseil
de lEurope aussi
bien que lUE insistent
de plus en plus sur la
nécessité
dapprendre les langues
étrangères.
Pour le moment, trois
langues vivantes sont
conseillées sans
être expressément
obligatoires durant la
scolarité. La mobilité
croissante à lintérieur
des pays du monde entier
- que ce soit pour le
tourisme ou pour des raisons
dordre économique
- exige une compréhension
mutuelle de plus en plus
effective; cela revient
à dire que la simple
connaissance des langues
étrangères
ne suffit plus, que ces
dernières doivent
être enseignées
dans le contexte culturel
du pays en question. Certains
malentendus peuvent devenir
les germes dun conflit
latent. Dautres
malentendus ont du mal
à disparaître
comme ce fut le cas lorsque
les frontieres de lEst
se sont ouvertes et que
lallemand de lancienne
RDA fut confronté
à celui de la RFA.
Par ailleurs, linterprétation
des métaphores
nest guère
chose aisée et
elle devient encore plus
compliquée lorsquelle
doit être traduite
dune langue à
lautre. Le danger
qui sannonce pour
la société
européenne - mais
pas seulement pour elle
- cest le fait quil
puisse exister un côte
à côte multiculturel
sans quil y ait
de contact interculturel
ni intraculturel entre
les personnes vivant dans
un espace géographique
donné. Ce danger
est surtout latent dans
les pays qui accueillent
beaucoup de migrants dorigines
culturelles différentes;
en effet, la culture dominante
du pays ne cherche pas
forcément un échange
culturel. Cette monoculturalité
en tant quattitude
foncière donne
à létranger
un sentiment de frustration
et sil ne se sent
pas accepté à
cause de son altérité
dans la société
qui lentoure, il
prendra ses distances
et sisolera. Cest
une des raisons pour lesquelles
dans beaucoup de métropoles
ou mégapoles dEurope
ou dautres continents
il y a des quartiers entiers
dont les habitants forment
une société
différente sur
le plan culturel et linguistique
de la société
environnante du pays hôte.
La situation de ces étrangers
vivant en marge de la
vie sociale du pays daccueil
peut avoir de graves conséquences
allant jusquà
des conflits sociaux.
A mon avis, dans le monde
daujourdhui
le contact culturel dans
la vie de tous les jours
laisse encore beaucoup
à désirer.
La bonne connaissance
de plusieurs langues étrangères
est signe de richesse
intellectuelle mais surtout
culturelle. Elle facilite
léchange
culturel au niveau des
individus et, le fait
de connaître les
différences culturelles
sera la base dune
vie en commun pacifique.
Evidemment, cela revient
à dire que lenseignement
des langues ne peut plus
être pratiqué
de façon traditionelle,
que de nouvelles méthodes
et de nouveaux manuels
auront à être
élaborés;
que les scientifiques
devront travailler de
manière interdisciplinaire
et que la communication
interculturelle sera pratiquée
plus quauparavant.
Bien que linformatique
ne dispose pas dune
recette magique pour tout,
elle contribue énormément
à faciliter tout
ce qui est du domaine
des communications. La
préparation de
cette Conférence
en est une illustration
bien concrète.
Même si toute langue
semble posséder
des règles bien
structurées et
fixes, elle nen
est pas moins flexible
et constitue un processus
vivant; des expressions
en disparaissent, dautres
y sont intégrées,
des transformation sémantiques
ont lieu, des emprunts
sont assimilés
et des termes étrangers
sy font leur chemin.
Pour lenseignant,
cest un défi
permanent parce quil
doit suivre les moindres
mouvements de la langue
étrangère
afin de pouvoir lutiliser
et lenseigner comme
si cétait
sa propre langue. Les
échanges au niveau
scolaire et universitaire
sont un moyen excellent
non seulement pour maîtriser
la langue de lautre
mais surtout pour faire
lexpérience
de sa culture qui enrobe
la langue. On ne peut
que se réjouir
de lexistence et
de la fréquence
des échanges dans
le cadre des programmes
de l'UE et des projets
financés par le
Conseil de lEurope.
Un comportement global
ne signifie pas forcément
uniformisation. Cest
pourquoi, à lavenir
les projets favorisant
la diversité des
langues et celle des cultures
seront ceux qui auront
le plus dutilité
pratique parce quils
seront promoteurs de paix.
Dans les années
qui ont suivi la Seconde
Guerre Mondiale, le premier
souci de bien des sociétés
fut de restaurer un certain
niveau de revenus mais
de nos jours, où
les loisirs prennent une
place grandissante dans
la vie quotidienne, la
culture pourra jouer un
rôle prépondérant
même si cest
sous forme de pop culture.
Il est des situations
où lidentité
dune région
peut avoir un effet à
échelle mondiale
rien que grâce à
lusage dune
langue locale. Le meilleur
exemple est celui des
Jeux Olympiques de Barcelone
où le catalan fut
utilisé en même
temps que dautres
langues très répandues
dans le monde comme lespagnol
ou langlais. La
culture catalane a fait
preuve de son atmosphère
et de son identité.
Les répercussions
se font sentir jusquen
Turquie. A Istanbul, on
peut voir des pièces
en catalan lors de festivals
et des ouvrages traduits
habituellement de lespagnol
commencent à être
traduits du catalan.
Prenons maintenant lexemple
inverse: à savoir
le cas où la langue
maternelle a disparu à
cause de lassimilation
mais où les traditions
culturelles sont encores
vives comme chez les familles
dorigine polonaise
du Nord de la France.
Citoyens français
avec des noms de famille
polonais, ils vivent en
France depuis trois générations
ou parfois quatre (selon
lâge darrivée)
et ne connaissent plus
leur langue quils
nont jamais entendue
à lécole
où tout se passait
en français. Venus
chercher du travail dans
les mines, ces Polonais
sont restés. Sur
le plan des études
culturelles, ce phénomène
vaut la peine dêtre
étudié parce
quune langue slave
sest vue remplacée
par une langue romane,
mais est-ce que la mentalité
slave est devenue latine
? Un phénomène
similaire peut être
observé en Autriche
ou en Italie dans le cas
des Slovènes. Une
recherche interdisciplinaire
où psychologie
du comportement, sociologie,
linguistique etc. auraient
leur mot à dire
serait significative pour
ce qui est de ces groupes.
Un autre domaine des études
culturelles qui demande
à être approfondi
est limagologie.
En effet, létranger,
lautre, a besoin
de se sentir compris et
accepté pour se
sentir à laise
dans un environnement
qui ne lui est pas familier.
Or, les préjugés,
les stéréotypes
dune culture différente
constituent des frontieres
culturelles parfois insurmontable
au point quon en
arrive à des conflits
graves. Eviter les stéréotypes
est la conditio sine qua
non pour une compréhension
mutuelle permettant daboutir
à une entente entre
les peuples. Lorsquau
XVIe siècle Martin
Luther répand par
ses écrits que
les Turcs sont le fléau
de Dieu pour les chrétiens
qui ne vivent pas conformément
à leur christianisme
, il répand un
stéréotype
qui est presque naturel
pour certains pays, alors
quen France l'alliance
de François Ier
et de Soliman le Magnifique
laisse comme trace une
expression "fort
comme un Turc", qui
est la phrase prononcées
par le roi de France lorsquil
revêt larmure
turque qui lui fut offerte
("Me voici désormais
fort comme un Turc !"
aurait-il dit). On voit
donc une connotation différente
qui va produire une imagologie
différente.
Comme on aura pu le constater,
le plurilinguisme se doit
dapporter une plus
grande souplesse de pensée
et daction et, ce
faisant, contribuer à
éviter la xénophobie.
On peut franchir les frontieres
culturelles plus facilement
si lon a dans ses
bagages plusieurs langues,
expression des cultures
y attachées. Déjà
les Romains avaient fait
létude des
pays qui leur avaient
été inconnus
(p.ex. De Germania) et
dans les siècles
suivants les nombreux
récits de voyage
ont toujours fourni des
données culturelles
considérables et
constituent une source
très prodigue pour
les recherches culturelles
et interculturelles. Ce
domaine pourrait servir
de pont entre le passé
et lavenir de lentente
entre les hommes.
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