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LIslam
étant à
la fois religion, politique
et culture, lon
notera que le dialogue,
aux deux niveaux politique
et culturel, ne fait pas
difficulté : musulmans
et non-musulmans vivants
en terre dIslam
ont toujours collaboré
et collaborent dans la
vie courante. Par contre
lorsquil sagit
du plan religieux, plusieurs
cas se présentent:
il y a dabord le
dialogue-discussion dans
lequel le croyant cherche
à persuader et
à convertir lautre.
Ce type de dialogue a
droit de cité dans
lIslam. Le Coran
(16, 125) exhorte les
musulmans à sy
adonner de la façon
la meilleure. Mais si
lespoir daboutir
à une conversion
disparaît, il est
inutile de le continuer
et lon se contente
de prôner la coexistence
pacifique [1]. Historiquement
parlant les discussions
théologiques entre
musulmans et non-musulmans
remontent aux premiers
siècles de lIslam.
Une bibliographie très
ample concernant les rapports
islamo-chrétiens
à travers les siècles
a été donnée
dans la publication annuelle
Islamochristiana (Rome)
[2].
LIslam est une religion
qui fait preuve de tolérance
envers toutes les autres
religions. Il recommande
en outre, le respect et
léquité
à légard
des droits et croyances
de leurs fidèles.
A une époque où
la liberté de religion
nétait ni
reconnue, ni approuvée
et où lOrient
saffaissait sous
les oppressions religieuses,
lIslam, dès
son apparition a exposé
une position très
équitable et juste
à légard
des membres des différentes
confessions. En effet,
lÉtat islamique
a reconnu une autonomie
aux non-musulmans vivant
sur son territoire. De
cette manière,
ils ont pu développer
une vie sociale avec des
particularités
propres à eux.
Par conséquent,
on peut affirmer sans
aucun doute quils
ont mené une vie
paisible et en toute sécurité
dans les États
islamiques.
Lélément
principal qui encourage
lIslam et les musulmans
à faire preuve
de cette tolérance
est le Coran lui-même.
Le Coran qualifie les
juifs et les chrétiens
de "gens du Livre",
cest-à-dire
"ceux qui ont reçu
une révélation
écrite", "ceux
qui sont rattachés
aux Livres célestes".
Le Coran commence par
faire allusion aux "gens
du Livre" vers la
fin de la période
mecquoise de la prophétie
de Muhammad. Il prescrit
en premier lieu : "Et
ne discutez que de la
meilleure façon
avec les gens du Livre,
sauf ceux dentre
eux qui sont injustes
; Et dites : Nous croyons
en ce quon a fait
descendre vers nous et
descendre vers vous, tandis
que notre Dieu et votre
Dieu est le même,
et cest à
Lui que nous nous soumettons"
[3]. Le Coran inaugura
ainsi "le plus grand
appel oecuménique
que lhistoire ait
connu".
Par la suite en se rapprochant
de plus près des
chrétiens, le Coran
a fait remarquer ces spécificités
suivantes [4] : "Tu
trouveras certainement
que les juifs et les associateurs
sont les ennemis les plus
acharnés des croyants.
Et tu trouveras certes
que les plus disposés
à aimer les croyants
sont ceux qui disent :
"Nous sommes chrétiens";
C est quil
y a parmi eux des prêtres
et des moines, et quils
ne senflent pas
dorgueil. Et quand
ils entendent sur ce qui
a été descendu
sur le Messager (Muhammad),
tu vois leurs yeux déborder
de larmes, parce quils
ont reconnu la vérité.
Ils disent : Ô notre
Seigneur ! Nous croyons
: Inscris-nous donc parmi
ceux qui témoignent
(de la vérité
du Coran)" [5].
"Dis : "Ô
gens du Livre, nexagérez
pas en votre religion,
sopposant à
la Vérité.
Ne suivez pas les passions
des gens qui se sont égarés
avant cela , qui ont égaré
beaucoup de monde et qui
se sont égarés
du chemin droit."
[6]
"Ô gens du
Livre (Chrétiens),
nexagérez
pas dans votre religion,
et ne dites dAllah
que la vérité.
Le Messie Jésus,
fils de Marie , nest
quun Messager dAllah,
Sa parole quil envoya
à Marie, et un
souffle (de vie) venant
de Lui. Croyez donc en
Allah et en ses Messagers.
Et ne dites pas "Trois".
Cessez ! Ce sera meilleur
pour vous. Allah nest
quun Dieu unique.
Il est trop glorieux pour
avoir un enfant. C
est à lui quappartient
tout ce qui est dans les
cieux et sur la terre
et Allah suffit comme
protecteur." [7]
"Dis : "Ô
gens du Livre, vous ne
tenez sur rien, tant que
vous ne vous conformez
pas à la Thora
et à lÉvangile
et à ce qui vous
a été descendu
de la part de votre Seigneur.
" Et certes, ce qui
ta été
descendu de la part de
ton Seigneur va accroître
beaucoup dentre
eux en rébellion
et en mécréance.
Ne te tourmente donc pas
pour les gens mécréants".
Par ailleurs dans dautres
versets, le Coran nous
informe sur la vie de
Jésus. Il révèle
que Jésus a appelé
les hommes à croire
en un Dieu unique, quil
nétait quun
homme de Dieu, conçu
miraculeusement dune
mère vierge. Sa
mère, la Vierge
Marie éduquée
par Zacharie, avait mené
une vie pieuse dès
son plus jeune âge.
Le Coran nous renseigne
en plus, sur les nombreux
miracles dont Jésus
a bénéficié,
sur sa prophétie
et sur son ascension [8].
De surcroît, la
sourate Maryam portant
le prénom de la
mère de Jésus,
nous conte leur sainteté
avec louanges [9]. On
peut aisément affirmer
que parmi toutes les croyances
la religion qui confirme
la foi des chrétiens
en la virginité
de Marie et en la conception
miraculeuse de Jésus
nest autre que lIslam.
Peut-être que sur
ce point, lIslam
est même plus sensible.
Bien que les Évangiles
mentionnent le fiancé
de Marie, Joseph le menuisier,
le Coran ny fait
même pas allusion
Cette position du Coran
résulte du fait
quil ne veut donner
lieu à aucun soupçon,
ni aucune spéculation
intéressée
à propos de la
virginité de Marie.
Au début de la
période de lhistoire
islamique, les musulmans
et les chrétiens
avaient établi
des relations damitié
exceptionnelles. Lorsque
la persécution
des musulmans par les
idolâtres était
devenue insupportable
à la Mecque, le
Prophète Muhammad,
à la cinquième
année de sa prophétie,
en 615, avait autorisé
ceux qui le désiraient
à émigrer
en Ethiopie. Et cela parce
que le roi Nédjachi
était un chrétien
équitable et que
son territoire représentait
une terre dasile.
Un groupe de quinze personnes
ont émigré
dont Othman et Jafar,
le cousin paternel du
Prophète. Jafar
était chargé
de remettre une lettre
adressée au Roi
dans laquelle Muhammad
le priait daccueillir
en convives ses compagnons.
Nédjachi accepta
et les prit sous sa protection.
Peu de temps après,
les idolâtres mecquois
envoyèrent une
délégation
chargée de cadeaux
précieux pour Nédjachi
afin quil leur livre
les réfugiés
musulmans. Cest
pourquoi Nédjachi
convoqua les fugitifs
mecquois. Jafar
raconta les événements
qui leur étaient
arrivé depuis le
début et sur la
demande du Roi de lire
quelques versets du Coran,
il récita le début
de la sourate Maryam.
Comme cette partie concernait
la naissance miraculeuse
de Jésus de la
Vierge Marie, cela fit
pleurer le Souverain.
Après quoi Nédjachi
déclara quil
ne livrerait pas ces musulmans
aux idolâtres mecquois.
Quand à cette époque
une guerre civile éclata
en. Ethiopie et mit en
danger Nédjachi
; tous les musulmans en
âge de combattre
entrèrent sous
ses ordres et participèrent
à la guerre à
ses côtés.
Et lorsque Nédjachi
envoya une délégation
à Muhammad, celui-ci
les accueillit avec honneur
en raison de la considération
quil avait envers
ce roi et il fit même
des invocations pour lui
après sa mort [10].
A la neuvième année
de lHégire,
une importante délégation
de soixante-dix personnes,
représentant les
chrétiens du Nédjrane
vint à Médina.
La délégation
était composée
de chefs religieux et
séculiers. Ils
venaient pour établir
un dialogue sur le plan
religieux. Le Prophète
Muhammad les a accueillis
avec hospitalité
et leur a même permis
de faire leurs cérémonies
religieuses dans le lieu
le plus sacré pour
lui que représentait
la mosquée [11].Au
sujet de la tolérance
en matière de foi
religieuse, le Coran précise
quil ne peut y avoir
de contrainte [12] "Nulle
contrainte en religion".
LÉtat musulman
assure une liberté
de conscience et de pratiques
religieuses aux non- musulmans
vivant sur son territoire
et ceux qui sy trouvent
provisoirement. Le Prophète
et les califes qui lui
ont succédé
ont reconnu une autonomie
parfaite aux différentes
communautés non-musulmanes
aussi bien sur le plan
individuel, que civique
et pénal, et même
en ce qui concerne tous
les autres domaines de
la vie. Ainsi, ils ont
reconnu à ces communautés
une autonomie juridique.
Daprès certains
auteurs chrétiens,
sous les quatre premiers
successeurs de Muhammad,
les prêtres chrétiens
bénéficiaient
de droits très
larges dans leur vie sociale
et juridique. Sous les
califes Abbassides, le
patriarche chrétien
et le rabbin faisaient
partie de personnalités
qui étaient directement
rattachés au calife.
Au temps de Muhammad,
un traité fut conclu
entre lÉtat
islamique et les chrétiens
du Nédjrane. Ce
dernier leur assurait
non seulement la protection
de leur vie et de leurs
biens, mais aussi le droit
de désigner leurs
prêtres. Peu importe
quil soit musulman
ou non, tout individu
voyait sa personne, ses
biens et son honneur réellement
protégés.
La sépulture dun
"dzimmi" (les
non musulmans vivant dans
un État islamique)
doit être respectée
autant que celle dun
musulman. LÉtat
islamique allait même
jusquà autoriser
aux non - musulmans des
pratiques complètement
opposées aux principes
de lIslam. Par exemple
la consommation de boissons
alcoolisées était
strictement interdite
aux musulmans. Mais les
communautés non-musulmanes
pouvaient non seulement
en consommer librement,
mais aussi en produire,
en vendre et en importer,
à condition de
ne pas porter atteinte
à lordre
public [13].
Le but du message de Muhammad
était détablir
une liberté de
conscience totale dans
le monde. Et le dessein
de la guerre sainte ("djihad")
pour les musulmans était
de faire régner
la justice sur la Terre.
Cette guerre est telle
que lon ne la faisait
pas pour des biens matériels
mais dans un esprit de
sacrifices pour servir
dentrave à
linjustice et assurer
la paix. Dailleurs,
les guerres qui ont un
but autre sont illicites.
Faire la guerre pour contraindre
les personnes à
se convertir à
lIslam nest
en aucun cas envisageable.
La lettre qua fait
rédiger le Prophète
Muhammad à lattention
de tous les musulmans
montre clairement limportance
de la tolérance
quil avait envers
les Chrétiens;
ce texte est écrit
pour certifier la promesse
faite par Mohammed, fils
dAbdullah, à
tous les Chrétiens.
Dieu le nomma dune
part comme annonciateur
de bonnes nouvelles :
la Miséricorde
de Dieu et dautre
part comme gardien de
la chose confiée
aux hommes; cest
pourquoi Mohammed a fait
rédiger ce texte
pour certifier matériellement
son engagement solennel
envers les non Musulmans.
Celui qui agira à
lencontre de cet
engagement, quil
soit Sultan ou non, sera
en rébellion envers
Dieu, sera considéré
comme moqueur de sa religion
et méritera la
malédiction de
Dieu. Si un moine ou touriste
chrétien se trouvant
à la montagne,
dans la vallée,
à un endroit désertique,
dans un oasis, sur un
plateau, fait abstinence,
moi - même, mes
amis, mes compagnons et
tout mon peuple, je lui
ai enlevé toute
forme de difficulté.
Ils sont sous ma protection.
Ils ne sont pas passibles
de tous les impôts
que doivent payer les
autres chrétiens
dans le cadre des actes
contractuels que nous
avons passé ensemble.
Quils ne paient
pas le tribut ou quils
le payent selon leur volonté.
Ne leur imposez aucune
difficulté, ne
les forez à rien.
Ne retirez pas leur leader
religieux de leur poste.
Ne les jetez pas dehors
de lendroit où
ils font leur prière.
Pour ceux qui voyagent,
nentravez pas leur
route. Ne détruisez
pas leur monastère,
ni leur église.
Ne prenez aucun bien de
leur lieu de culte en
vue de les réutiliser
dans les mosquées.
Celui qui napplique
pas ces recommandations,
naura pas obéit
à la parole de
Dieu et de son Prophète
et aura commis un péché.
Ne prélevez pas
dimpôt sur
le patrimoine des personnes
soccupant uniquement
des choses religieuses
et ne pratiquant pas le
commerce. Que ce soit
à la mer, à
la terre, à lest
ou à louest,
cest moi qui suis
garant de leurs dettes.
Ils sont sous ma protection.
Je leur ai donné
lassurance. Ne prenez
pas dimpôt
sur les récoltes
de ceux qui vivent à
la montagne et soccupent
de la religion. Ne calculez
pas de part sur leur récolte
pour le trésor
public. Puisque leur activité
agricole est uniquement
là pour assurer
leur nourriture, ce nest
pas fait pour du bénéfice.
Ne leur faites pas appel
même si cest
nécessaire pour
"Djihad" (guerre
sainte). Si vous êtes
obligés de prélever
limpôt sur
la grande fortune, ne
prélevez pas plus
de 12 "Dirham"
(mesure de poids qui est
égale à
0.31 grammes dor)
par an. Quelque soit leur
fortune, leur richesse.
Ne leur causez aucune
difficulté. Sil
est nécessaire
de faire une négociation
avec eux, il faut agir
uniquement avec miséricorde,
bonté et compassion.
Protégez les tout
le temps avec miséricorde
et bonté. Où
que ce soit ne soyez pas
désagréable
envers des femmes chrétiennes
mariées à
des musulmans. Ne les
empêchez pas daller
à leur église
et de prier selon les
prescriptions de leur
religion. Celui qui nobéit
pas à ces recommandations
de Dieu ou commet des
actes allant à
lencontre de ces
recommandations, sera
en rébellion envers
Dieu et son Prophète.
Il faut apporter son aide
lors de la restauration
de leur église.
Cet acte est valable jusquau
jour du jugement dernier,
ne changera pas jusquà
la fin du monde et personne
nagira à
lencontre de cet
acte [14].
La
position des quatres califes
après le prophète
Le
premier calife Abu Bakr,
au premier jour de sa
nomination monta sur la
chaire et déclara
à sa communauté
: "Lorsque je me
trompe, corrigez-moi,
dire la vérité
est une preuve de fidélité
et de dévouement
et dire des mensonges
est une trahison. Le fort
et le faible sont égaux.
Jappliquerai une
justice impartiale à
légard de
tous. Et si je méloigne
des prescriptions de Dieu
et du Prophète
cessez de mobéir".
Puis il se tourna vers
les administrateurs civils
et militaires et leur
dit : "Nopprimez
pas votre peuple et ne
les provoquez pas sans
raison. Soyez juste et
bon. La réussite
sera votre récompense.
Lorsque vous êtes
en guerre, ne tuez pas
les femmes, les enfants
et les vieilles personnes.
Épargnez aussi
les maisons et les champs.
Si vous concluez un traité
respectez toutes les clauses
de celle-ci. Dans les
pays chrétiens
vous rencontrerez des
religieux qui prieront
Dieu dans les églises
et les monastères,
ne les importunez pas,
ne détruisez pas
leurs lieux de culte"
[15].
Suite à la conquête
de Jérusalem, le
calife Omar émit
la clause suivante lorsque
la ville fut livrée
: "LÉmir
des croyants vous garantit
la protection des vies
et des biens du peuple.
De même que je garantie
lintégrité
de vos temples et de tout
ce qui se rapporte à
votre religion. Non seulement
les églises ne
seront pas détruites
mais elles ne deviendront
pas non plus des lieux
dhabitation"
[16].
Après cela le Calife
visita un à un
les lieux saints et écouta
leur histoire. Lorsquil
atteignit la grande église
lheure de la prière
était arrivée.
Le patriarche linvita
donc à prier dans
léglise mais
Omar refusa en ces termes
: "Si je prie ici
cette église deviendrait
mosquée, et je
ne souhaite pas priver
les chrétiens de
leur église".
Le comportement du Calife
suffit à démontrer
avec quelle délicatesse
les guerriers musulmans
se comportaient envers
les vaincus [17].
La bienveillance et la
tolérance des musulmans
envers les chrétiens
réussit même
à réconcilier
les orthodoxes et les
monophysites. Ce à
quoi Byzance ny
parvint pas. Lors de la
conquête de lEgypte
et de la Syrie par les
musulmans, les chrétiens
nont non seulement
pas opposé de résistance,
mais en plus ils ont manifesté
leur joie due justement
à la tolérance
et au traitement équitable
de ceux-ci vis-à-vis
des non-musulmans [18].
La
position sous les Omeyyades
et les Abbassides
La
liberté de conscience
était à
son apogée sous
le règne des Abbassides
et des Omeyyades. La tolérance
la plus parfaite sur tous
les plans a été
manifestée à
légard du
peuple lorsque lEspagne
fut conquise par les musulmans
sous les Omeyyades. Les
musulmans y sont restés
durant 700 ans. Pendant
cette longue période
ils ont été
très tolérants
envers les chrétiens
puisquils leur ont
laissé une totale
liberté de pensée
et ceux-ci ont pu pratiquer
pleinement leurs croyances
et leurs traditions [19].
Muawiyya et ses successeurs
avaient employé
des fonctionnaires chrétiens.
Par exemple, Al-Akhtal
était un poète
du palais. Sous le règne
du calife Mou tasim
(833-842) il y avait deux
frères chrétiens
qui avaient gagné
la confiance du calife.
Lun deux,
Salmouyah était
le ministre chargé
des affaires étrangères
et le calife ne signait
aucune ordonnance où
son contreseing nétait
pas apposé. Cest
Salmouyah qui transcrivait
personnellement les missives
destinées aux gouverneurs
et aux chefs militaires.
Son frère Abraham
était responsable
du Trésor public
et cest lui qui
détenait le sceaux.
De plus, lorsquil
mourut une cérémonie
funèbre conforme
aux rites chrétiens
fut organisée dans
le palais du calife. A
la mort de Salmouyah,
le calife très
attristé porta
le deuil, et à
la manière des
chrétiens il alluma
un cierge et brûla
de lencens. Lorsque
le corps du défunt
arriva au palais, il exigea
que des invocations soient
faites [20].
Abd-Al-Malik avait pris
comme précepteur,
pour son frère
Abd Al-Aziz un dénommé
Athanasius. Lorsque plus
tard Abd Al-Aziz fut gouverneur
de lEgypte il emmena
son précepteur
chrétien avec lui
et celui-ci fit fortune
là-bas [21].
Entre les années
724 et 738, Khalid-el
Kasri qui avait été
gouverneur dIrak
avait fait construire
une église pour
sa mère qui était
restée chrétienne.
Sous le règne du
calife Mahdi (775-785),
même une église
fut construite à
Baghdad pour les prisonniers
de guerre de Byzance afin
quils puissent pratiquer
leur religion [22].
Le médecin privé
de Haroun Al-Rachid était
un chrétien prénommé
Gabriel dont la richesse
était légendaire.
La communauté chrétienne
disposait dune gestion
autonome parce que le
gouvernement ne simmisçait
pas dans leurs affaires
intérieures. Les
questions juridiques qui
se posaient dans la communauté
étaient réglées
par les prêtres.
Il nétait
pas touché aux
églises ni aux
monastères [23].
La
position des Ottomans
Les
empereurs ottomans ont
clairement confirmé
par des édits aux
patriarches de Jérusalem
et aux évêques
de Tour-i-Sinaï quils
acceptaient telle quelle
la situation établie
aux temps du Prophète,
dOmar et de Saladin.
LÉtat Ottoman
na jamais mené
de politique d islamisation.
Sil avait adopté
cette attitude il lui
aurait été
possible de lappliquer
dans les Balkans. Au contraire,
il a laissé une
liberté complète
aux chrétiens et
ceci dans tous les domaines,
religieux, linguistique,
etc. Dailleurs,
cest pour cette
raison que malgré
la domination des Ottomans
pendant des siècles,
les chrétiens ont
pu vivre tout en sauvegardant
leur identité [24].
Le 29 mai 1453, le sultan
Mehmet le Conquérant
entra à laube
dans la ville de Constantinople
et assiégea la
ville. Lorsquil
sapprocha de Sainte-Sophie
il entendit des lamentations.
Ces voix venaient de léglise
ou se tenait une messe.
Il sarrêta
devant les grandes et
solides portes fermées.
Le prêtre mis au
courant des événements
fit ouvrir grand les battants.
Une partie des habitants
de la ville sétait
réfugiée
de peur dans léglise,
sachant que lempereur
était là
en personne, ils sétaient
enlacés les uns
aux autres, terrorisés,
abandonnant leur prière.
Ils pensaient que la domination
des Turcs allait engendrer
la perte de leurs biens
et éventuellement
la perte de leur vie.
Or, le sultan Fatih Mehmet
était un bon musulman
qui respectait les préceptes
de sa religion. Cest
pourquoi après
sêtre prosterné
pour remercier Dieu il
ordonna au prêtre
de dire à ses fidèles
quils pouvaient
retourner tranquillement
chez eux, que leur vie,
leurs biens et leur honneur
allaient être protégés,
et quils pourraient
continuer à exercer
leurs métiers et
leurs occupations.
Plus tard, Fatih fit réunir
les adeptes de lÉglise
orthodoxe afin quils
élisent leur patriarche.
Lors de la cérémonie
dinvestiture, il
envoya ses vizirs pour
les honorer. Il édicta
des ordonnances pour protéger
et faciliter leur pratique
religieuse. Tous ces exemples
montrent que sous les
Ottomans aussi, les non-musulmans
ont bénéficié
dune indulgence
extrême comme sous
les autres régimes
musulmans. De même,
sous le règne des
successeurs du sultan
Fatih Mehmet, non seulement
les droits des chrétiens
ont été
préservés,
mais aussi des privilèges
nouveaux leur ont été
reconnus. Martin Luther
qui était le contemporain
de Soliman le Magnifique
témoigne des libertés
religieuses reconnues
par les Ottomans dans
ces termes : "Les
Turcs ne pourraient-ils
pas venir en Allemagne
et constituer leur gouvernement
juste et équitable
ici aussi ?". Par
cette phrase Martin Luther
manifeste son voeu dun
régime identique.
Quant à Voltaire,
voyant les difficultés
quavaient les minorités
pour vivre en Europe,
il dut reconnaître
les droits dont bénéficiaient
les minorités qui
vivaient sur les territoires
ottomans et affirma :
"Sortons de notre
petit monde et observons
le reste du continent.
Les Turcs gouvernent une
mosaïque de peuple
de confessions différentes
et administrent vingt
ethnies différentes
dans une atmosphère
de bonheur la plus totale.
Les deux cent mille Grecs
dIstanbul vivent
en sécurité.
Les historiens Turcs ne
recensent aucune révolte.
Cela veut donc dire que
le gouvernement ottoman
reconnaît une liberté
religieuse effective et
assure la justice"
[25].
Les
constatations et les aveux
des historiens européens
La
tolérance de lIslam
à légard
des non-musulmans et plus
particulièrement
des chrétiens,
a été observée
durant toute lhistoire
par les gouvernements
musulmans. Nous jugeons
nécessaire de citer
quelques historiens européens
qui ont fait ces constatations.
Philippe K. Hitti remarque
ceci : "Les communautés
chrétiennes bénéficiaient
de la liberté de
pratiquer leur religion,
de se soumettre au droit
canonique et de relever
des juridictions religieuses
locales. Sur ces questions
ils nont subi aucune
immixtion et aucune frustration.
Par exemple, certaines
libertés publiques
qui nétaient
même pas reconnues
pour le peuple sous les
Wisigoths ont été
reconnues après
la conquête des
musulmans" [26].
Daprès Dozy,
lEspagne a appris
beaucoup de choses après
la conquête de lIslam
sur certaines questions
[27].
Gibbons constate : "Il
est incontestable que
les Ottomans ont été
les premiers à
reconnaître la liberté
religieuse comme principe
de base lors de la constitution
de leur empire [28].
Le Génois Chenier
en 1717, disait : "Les
Turcs manifestent une
indulgence et une tolérance
universelle à légard
de toutes les religions"
[29].
Le maréchal Von
Moltke (1837) a compris
la source de cette tolérance
et la manifesté
par ces phrases "les
Turcs musulmans reconnaissent
une telle tolérance
à notre égard
les chrétiens que
la seule cause ne peut
être que leur foi
inébranlable à
lIslam" [30].
Fernand Grenerd affirme
quaprès la
défaite de Vienne,
Venise occupa pendant
peu de temps lîle
de Chio et pendant une
longue période
le Péloponnèse,
et après leur grande
oppression à légard
des Grecs, ces derniers
accueillirent les musulmans
avec des chants joyeux
et sincères [31].
V. Morritt of Rokebey
écrit quen
1794, à lâge
de 22 ans, il alla à
Istanbul où il
circulait sans inquiétude
parmi les Turcs musulmans,
et il se faisait même
aider à loccasion
[32].
Après tous ces
exemples nous pouvons
conclure que lIslam
a toujours fait preuve
de beaucoup de tolérance
à légard
des croyances et surtout
envers les chrétiens.
Certains événements
historiques qui attestent
à priori dune
certaine intolérance,
ne sont pas dus à
la différence de
religion, mais à
des comportements qui
portaient atteinte à
la sécurité
de lÉtat.
Toutes les personnes qui
ont eu un tel comportement
fautif ont été
punies quelle que soit
leur appartenance religieuse.
Aujourdhui, comme
dans le passé,
dans aucun pays musulman,
les chrétiens ne
subissent pas de mauvais
traitement à cause
de leurs croyances. Et
si tel était le
cas, la faute nen
incomberait pas à
lIslam mais aux
autorités car lIslam
en énonçant
"quil ny
a point de contrainte
en religion" 33 ne
laisse aucun doute sur
ce point.
NOTES
1.
Le Coran 109, 6.
2. Jacques Jomier, Dialogue
Islamo-Chrétien,
Dictionnaire des religions
(Sous la Direction de
Paul Paupard), Paris 1993,
I, 489 et voir, Orientations
pour un dialogue entre
chrétiens et musulmans,
Paris 1981.
3. Le Coran 29, 46.
4. Le Coran 5, 82-83.
5. Le Coran 5, 77.
6. Le Coran 4, 171.
7. Le Coran 5, 68.
8. Le Coran 3, 33-64.
9. Le Coran, 19.
10. Muhammed Hamidullah,
Le Prophète de
lIslam, Paris 1979,
I, 196 et voir Ibn Hicham,
es- Siretün-nebeviyye,
Caire 1936.
11. Hamidullah, Mecmaul-Wesaiq
es-Siyasiyye Li ahdi en-Nebeviyye
vel-Hilafeti er-Râchide,
no: 94, Beyrouth 1969.
12. Le Coran 2, 256.
13. Hamidullah, Initiation
à Islam, p. 230-234.
14. Muhammed Hamidullah,
Mecmaul-Wesâïq,
Beyrouth 1969, p. 658
15. Haydar Bammat, Islamiyetin
Manevi ve Kültürel
Degerleri (Les Valeurs
Spirituel et Culturel
de lIslam), Ankara
1963, p. 58-59 et voir
Muhammed Ibn Sad,
et-Tabakat al-Kubra, Leiden
1904.
16. T. Arnold, The Legacy
of Islam, London 1965,
Trad. en Turc. Halil Halid
"Intichar-i Islam
Tarihi", Istanbul;
1343, p. 70.
17. Haydar Bammat, Islamiyetin
Manevi ve Kültürel
Degerleri, p. 61; et voir,
Jaime Vidal, "Le
Pèlerinage dans
la Tradition Chrétienne",
Concilium 266 (1996),
p. 61.
18. S. Sahin, Fener Patrikhanesi
ve Türkiye (Le Patriarcat
de Fener et la Turquie),
Istanbul 1980, p. 34-35.
19. Hüseyin Algül,
Islam Tarihi (lHistoire
de lIslam), Istanbul
1987, III, 521.
20. Ibn Ebî Usaybia,
Uyun al-Anba fi Tabaqat
al-Atibba, Beyrouth, Mektebe
al-Hayat, II, 234-235.
21. Arnold, Op. Cit.,
p. 76-77.
22. Yakut al-Hamavi, Mucem
al-Buldan, Téhéran
1965, II, 662.
23. Arnold, Op. Cit.,
p. 78.
24. Mithat Sertoglu, Belgelerle
Türk Tarihi Dergisi
(Le Revue dHistoire
de Turc avec les Documents),
n. 25, p. 44
25. S. Sahin, Fener Patrikhanesi
ve Turkiye, p. 49-65.
26. Philip K. Hitti, History
of the Arabs, 1970, Trad.
en Turc, Salih Tus "Siyasi
ve Kulturel Islam Tarihi",
Istanbul 1980, II, 803-804.
27. Dozy, Histoire des
Musulmans dEspagne,
Leiden 1932, I, 278.
28. H. A. Gibbons, The
Foundation of the Ottoman
Empire, Oxford 1916. P.
63
29. J. Von Hammer, Histoire
de lEmpire Ottoman,
Paris 1835, XV,350 ; et
Cf. Yilmaz Oztuna, Osmanli
Devleti Tarihi, II, 144.
30. H. Von Moltke, Briefe
aus der Turkei, München
1938, p.90-91 ; et Cf.
Yilmaz Oztuna, Osmanli
Devleti Tarihi, II, 144-145.
31. Fernand Grenerd, Grandeur
de lAsie, p. 126-128.
32. V. Morritt of Rokebey,
The Letters, Londres 1914,
p. 67-70.
33. Le Coran 2, 256.
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