 |
|
 |
| |

|
|
|
|
|
©
2000-2004
CFAIT
Tous droits réservés |
|
Plan
du site  |
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |
| |
 |
|
 |
| |

|
|
|
|
|
  |
|
LA
CULTURE POPULAIRE DANS LE CONTEXTE
DE LIMMIGRATION
|
|
Muharrem
KOÇ
Coordinateur
de lASTTU
13 A rue Hohwald - 67000 STRASBOURG
asttu@noos.fr
|
 |
Que
dire de la culture et de
la culture populaire dans
un contexte où limmigration
suscite tant de passion
et de stigmatisation ? Exister
culturellement dans le contexte
de la mondialisation, qui
est également la
monté des sentiments
nationalistes, ethniques
ou religieux, qui se propagent
comme les seules réponses
à lidentification
des uns et des autres.
Néanmoins, dans le
contexte de limmigration
et à la mobilité
physique, traiter la culture
populaire est encore plus
complexe à cause
des enjeux sociaux, politiques
et économiques.
Si les traits culturels
spécifiques des peuples
existent en lien avec leurs
histoires et leurs traditions,
il nest pas évident
darracher la culture
de ses processus sociaux
qui englobent aussi bien
la vie culturelle que la
vie économique et
politique. En général
la définition de
la culture est présentée
comme une procédure
intellectuelle de lesprit,
relative à la pensée.
En réalité
la culture nest pas
seulement une faculté
de lesprit, elle est
aussi ce qui a été
vécu et ce qui est
vécu dans le quotidien.
Dans cette introduction,
il me paraît nécessaire
de souligner la relativité
des représentations
concernant la culture ou
la culture populaire. Car
il existe de nombreuses
définitions de ces
notions en fonction de lappartenance
idéologique, et quil
nexiste pas une vérité
absolue dans les représentations
étymologiques.
La culture trouve son origine
dans le terme latin «
cultura » signifiait
au départ le travail
de la terre. La notion de
culture a donné lieu
à de nombreuses interprétations
depuis le 18ième
siècle et à
des classifications depuis
la naissance de lanthropologie
au début du 19ème
siècle. Une des évolutions
se caractérise autour
de la représentation
de ce qui est symboliques.
Mais je ne traiterais pas
ici lévolution
historique des représentations
de la culture.
Le mot populaire, qui voulait
initialement dire : «
du peuple », est devenu
par la suite ce qui est
apprécié ou
choisit par les masses.
Mais sommes-nous maître
de nos choix, de nos modes
dexpressions ou subissons-nous
les choix des pouvoirs malgré
nous ?
Le terme populaire est également
en pleine confusion avec
le sens du populisme. Il
sagit dune utilisation
simpliste de lespace
et du discours social qui
cherche à banaliser
le débat politique.
Il est possible dentendre
les responsables de lextrême
droite européenne
utiliser le mot populaire
dune manière
requérante pour le
réduire au populisme.
La place des médias
et de la politique de mondialisation
ne sont sûrement pas
négligeable dans
cette évolution.
Une masse dinformations
balancées par les
chaînes de télévisions
et la presse écrite
intervient au jour le jour
dans les représentations
et les symboles. Enfin,
surtout la classification
dexpressions de ce
qui dordre culturel
et artistique, est souvent
utilisé avec beaucoup
darrogances et de
mépris.
Le paradoxe des populations
issues de limmigration
de Turquie en matière
de pratiques culturelles
se trouve déjà
dans des concepts assez
réducteurs dans le
pays dorigine. Ce
qui est appelé la
culture turque se caractérise
dans sa singularité
comme élément
unificateur alors quen
réalité la
Turquie représente
une diversité culturelle
très marquée
par sa composition ethnique,
religieuse ou régionale.
Lindustrialisation
des grandes villes comme
Istanbul, Ankara, Izmir
a suscité notamment
une migration interne conséquente,
qui a transformé
notamment la composition
socioprofessionnelle et
socio-économique
de ces villes. Cette mobilité
interne a été
poursuivie à partir
des années 60 par
des migrations vers létranger,
notamment en Allemagne et
en France à partir
des années 70. La
crise économique
et les coups détats
successifs ont généré
davantage lenvie de
partir. Partir du village
vers des grandes métropoles,
partir de Turquie vers létranger
est devenue ainsi le rêve
collectif pour une meilleure
vie.
Ce départ et cette
installation dans un ailleurs,
pour la plupart des migrants,
constituent une déstabilisation
quant à lidentification
de soi dans la société
daccueil. Les ressortissants
originaires de Turquie sont
fortement marqués
par leur appartenance religieuse,
ethnique et politique. Les
premiers immigrés
ont donné limage
dindividus extrêmement
ouverts lorsquils
étaient seuls, puisquils
navaient pas de problèmes
didentification dans
la société.
Il sagissait dadultes
constitués culturellement
qui avaient souhaité
émigrer. A savoir,
lexil (en turc : gurbet)
est vécu comme une
souffrance, un arrachement
à ses racines et
son cadre traditionnel,
et ce pour des raisons économiques
ou administratives.
Pour la première
génération
de populations issues de
limmigration de Turquie,
cet éloignement de
lAnatolie remonte
à plus de trente
ans aujourdhui. Dailleurs
nous assistons actuellement
et nous allons assister
dans les années à
venir à un massif
départ à la
retraite de ces derniers.
Dautre part la deuxième
génération
arrivée en France
à lâge
de lenfance ou née
en France évolue
dans la société
avec ses difficultés
et ses lacunes. La question
essentielle tant pour les
parents que les jeunes est
celle de lidentification
culturelle et les enjeux
de la transmission. La peur
permanente des parents,
est de voir leurs enfants
séloigner de
la culture traditionnelle.
Démunis de moyens
adéquats pour transmettre
leurs valeurs, les parents
exercent souvent une pression
sociale sur leurs enfants.
Comment cette volonté
de transmission apparaît-elle
dans la vie quotidienne
? Quel sont les formes dexpressions
ou les actes employés
dans le champ culturel ?
Voici quelques exemples
significatifs des moyens
employés en terme
didentification culturelle
: les mariages, les fêtes
de circoncision, les cours
coraniques, les pratiques
religieuses dont ramadan,
prière
, les
visites familiales, les
voyages en Turquie en famille,
les chaînes de télévision
turques, les journaux turcs
(surtout le journal Hürriyet
!), les concerts et spectacles
en turc, le travail dans
les entreprises familiales,
les cours de langue turque
(ELCO), le rapport à
ladministration turque
dont les consulats, les
activités des associations
culturelles, politiques,
religieuses ou ethniques,
les foyers familiaux, les
restaurants turcs, des badges
portant des symboles des
groupes politiques ou religieux
etc.
Il est important de souligner
la stratégie classique
des parents qui poussent
souvent leurs enfants à
se marier avec quelquun
de leur entourage ou tout
simplement avec une personne
de Turquie. Cette stratégie
utilisée également
par dautres communautés
immigrées comme moyen
de sauvegarde des origines
à travers la femme.
Plus particulièrement
dans le contexte actuel
de limmigration originaire
de Turquie cest un
enjeu central des réflexions.
Est-ce dans ce cas toujours
le souci de transmission
ou encore le souci de la
filiation ? Peut-être
les deux à la fois.
Il sagit là
certainement une période
de transition très
douloureuse tant pour les
parents que pour les enfants
qui subissent tout le poids
des traditions. Dans cette
situation nous pouvons constater
encore une fois le décalage
social et culturel entre
les couples qui finissent
souvent par divorcer au
bout dun an et par
fois même au bout
de quelques mois. La cause
de ces mariages est souvent
attribuée aux parents
et ils sont tenus responsables
des drames qui accompagnent
les mariages. Ne prenant
pas en compte les enjeux
auxquels sont confrontés
les parents, lacharnement
sur ces derniers prend parfois
la forme dun jugement
aveugle voire méprisant.
Heureusement quil
existe aussi des mariages
réussis !
Tout dabord on constate
un fort attachement aux
identités et aux
valeurs des groupes du pays
dorigine. Comme précisé
ci-dessus, la diversité
des identités du
pays dorigine se transpose
dans le champ de limmigration
en France et en Europe.
Et dans son ensemble ces
appartenances culturelles
(donc religieuses, ethniques,
politiques) sont exprimées
et défendues en France
dune manière
plus dogmatique quen
Turquie. Les différents
regroupements en France
sorganisent en fonction
des groupes existants dans
le pays dorigine.
Mais leurs évolutions
ne suivent pas toujours
le même parcours.
Car la situation sociale
et économique des
uns et des autres conditionne
leur rapport aux pouvoirs
des états. Ainsi
un groupe en situation de
majorité en Turquie
peut se trouver en situation
de minorité en France.
Si nous essayons de pointer
des regroupements en France,
nous découvrirons
un paysage très varié
en terme dexpressions
culturelles.
Point commun, tous originaires
de Turquie vivant en France,
et tous ont une vision politique
en lien avec le pays dorigine.
Ils sidentifient comme
des individus de gauche,
de droite, laïque,
religieux, turc, kurde,
alevi, sunni, nationaliste,
étatique, marxiste,
etc
Et bien souvent
avec beaucoup de paradoxes.
Puis quil existe un
décalage entre leur
attachement aux valeurs
du pays dorigine et
leur situation en France.
Quil soit de gauche
ou de droite ils sont confrontés
à la même situation,
cest-à-dire
ils sont immigrés,
étrangers ou issus
de limmigration. Ils
ne font pas partis de la
majorité et nont
pas de poids électoral
! Une place de minorité
culturelle ! Mais de quelle
culture sagit-il ?
Bien évidemment de
lappartenance nationale
ou de lorigine ethnique.
Cest une vision qui
reflète la réalité
européenne à
laquelle les populations
issues de limmigration
de Turquie adhèrent.
Cest identification
culturelle se base dabord
sur la culture dorigine
avec toutes ses traditions
et rites. Mais cette identification
et ces pratiques culturelles
sont entretenues par les
pouvoirs de la communication,
créant ainsi un rapport
de consommation et dacceptation
des symboles auprès
des masses. Les immigrés
originaires de Turquie en
France sont à la
foi sous linfluence
des médias turcs,
surtout depuis la parution
des antennes paraboliques,
et sous linfluence
des médias français.
Un exemple concret : la
grande majorité des
personnes de la première
génération
ne regardent que les chaînes
turques. Les expressions
utilisées par Kemal
Sunal dans ses films sont
reprises régulièrement
par les populations originaires
de Turquie dans leur discussion
y compris par les jeunes
générations.
Ces films sadressent
particulièrement
aux couches populaires,
puisquils traitent
dans la plupart des cas
de la vie rurale, et suscitent
une identification à
la culture populaire telle
quelle est ressentie.
Dautre part les analyses
des débats politiques
à partir des émissions
de télévision
sont utilisées par
les médias pour faire
approuver telle ou telle
autre personnalité.
Par exemple les programmes
tels que la place de la
politique « siyaset
meydani », «
ceviz kabugu » et.
sont des références
de jugement de ce qui est
bien et de ce qui est mal
auprès de la population.
Par ailleurs, comment se
fait-il que ses familles
vivant en France depuis
de nombreuses années
restent autant attachés
psychiquement aux valeurs
de leur pays dorigine.
Elles sont certes dans la
protection de leurs identités
existentielles. Et sil
sagit là de
protection, cest quelles
ne trouvent pas le moyen
dadhérer aux
identités dans leur
contexte socio-économique
et socioculturel de leur
lieu de vie.
Dautre part, les masses
populaires sont dirigées
par les médias selon
les intérêts
du pouvoir. Notre temps
est marqué dune
part par une politique de
mondialisation, indexée
particulièrement
sur les bénéfices
économiques et sur
la circulation des capitaux,
et dautre part sur
lindividualisation
des esprits. Eclatement
des valeurs universaux,
renforcement des identités
nationales et des identités
ethniques ou religieuses
ne favorisent guère
la construction des nouvelles
formes didentités
culturelles qui permettraient
de dépasser le cadre
traditionnel et affectif.
Dans lobjectif de
faire partie du cadre général
de la société,
les jeunes issus de limmigration
sont souvent mis devant
le choix de saffirmer
ou bien de rompre avec la
culture de leurs parents.
Ils ont dû mal à
surmonter lobstacle
dêtre à
la fois dedans et dehors.
La vie culturelle se constitue
également en lien
avec le groupe. Quand le
groupe restreint est en
dehors du groupe élargi,
cest-à-dire
quant ce qui est vécu
dans la famille ne trouve
pas sa place, son raisonnement
dans le monde extérieur,
la double appartenance,
vue comme une richesse,
ne devient que la source
de lacculturation
et de lexclusion.
Les analyses relatives à
la culture populaire en
Turquie se basaient particulièrement
sur lexpression culturelle
des villageois dans les
métropoles. Beaucoup
dencres ont coulé
cherchant à expliquer
le style de musique dit
arabesque dOrhan Gencebay
ou de Ferdi Tayfur et celui
du phénomène
Ibrahim Tatlises (dit lempereur)
qui a bouleversé
le regard classique. Alors
que cette expression culturelle
symbolisait une évolution
sociologique en Turquie,
les élites de la
culture lont méprisé
pendant très longtemps.
En France et en Europe la
plupart des immigrés
et leurs enfants suivent
les évolutions en
tant que consommateurs des
produits culturels de Turquie
par le biais des chaînes
et des journaux turcs. Et
une star mondialement connue
comme Tarkan devient parfois
source de fierté
nationale. Même si
les immigrés de la
première génération
ne lapprouvent pas
complètement, les
jeunes et les enfants lapprécient
consciemment ou inconsciemment.
Il sagit avec Tarkan
et les musiciens de son
style dune forme dexpression
créée et diffusée
par le pouvoir de la communication.
Ce qui distingue Tarkan
dune star américain
cest la langue. Mais
son comportement, son image
ressemblent à nimporte
quelle star créée
et mise en avant par les
médias. Aujourdhui
en Turquie comme en France
les Loft Story et les nombreuses
émissions de télévision
ainsi que toutes les images
publicitaires diffusées
incitent à la consommation.
Les populations originaires
de Turquie en France et
en Europe ont un avantage
de plus pour consommer ces
images et ces produits culturels.
Puis quils consomment
les produits de deux pays.
Nous pouvons donc constater
dun coté le
besoin daffirmer son
identité et son appartenance
ethnique et religieuse et
de lautre de consommer
comme tout le monde les
même produits culturels
proposés par les
médias. Les identités
et les pratiques culturelles
au sein des populations
originaire de Turquie néchappent
donc pas au contexte global.
Et si la culture et la culture
populaire sont caractérisées
par les origines ethniques,
religieuses ou nationales,
elles sont aussi et voire
davantage marquées
par la vie sociale composée
de lespace politique
et économique des
individus. Cest pourquoi,
même si les personnes
originaires de Turquie sont
porteuses des pratiques
ou dexpressions culturelles
du pays dorigine,
elles se distinguent des
populations vivant en Turquie.
Leur statut détranger,
dimmigré ou
de personne issue de limmigration
est partagé par dautres
populations en France. En
soi ce statut ne donne pas
une expression culturelle
et une identité.
Mais, la vie des personnes
partageant les conditions
de vie similaires avec les
mêmes difficultés
sociales et économiques
crée des liens sur
le plan culturel. La concentration
des populations issues de
limmigration ainsi
que dautres populations
défavorisées
dans les quartiers dits
de banlieue attribue, quon
le veuille ou non, une identité
commune. Il existe une expression
et un langage propre à
ces espaces de vie. Par
ailleurs, cette expression
nest pas unique, elle
contient une variété
et une complexité
qui perturbe les schémas
classiques de ce qui est
définie comme pratique
et expression culturelle.
La stigmatisation de ces
quartiers en terme de violence
urbaine, montre notamment
quil existe un problème
au niveau des expressions
de ce qui est réellement
vécu.
La culture du Hip-hop ne
commence quaujourdhui
à influencer les
jeunes originaires de Turquie
dans les quartiers. Certaines
jeunes écrivent et
interprètent des
textes de Rap en turc et
en français. Beaucoup
de jeunes sintéressent
à la musique traditionnelle
turque et jouent du baglama
(instrument à cordes).
Il existe de plus en plus
détudiants
dans les filières
artistiques dont le théâtre,
les beaux-arts, le conservatoire
etc.
Cette démarche des
jeunes est également
le lien des expressions
artistiques avec leurs cultures.
Quils soient dans
le théâtre
ou dans chaque discipline
artistique, il existe une
expression individuelle
qui prend ses sources dans
leur vécu et dans
leur rapport à lenvironnement.
Cependant il manque à
ces jeunes la possibilité
daccéder aux
outils nécessaires
à léducation
et à la transmission
du savoir. Si Bourdieu parle
de reproduction sociale,
cest parce quil
nexiste pas forcement
une égalité
des chances dans nos sociétés.
Le seul avantage que les
personnes issues de limmigration
ont cest dêtre
à la fois à
dedans et dehors. Car la
création artistique
nécessite une recherche
et une remise en question
de ce qui est ordinaire.
Pour conclure, les populations
originaires de Turquie représentent
en leur sein une diversité
dexpressions et de
pratiques culturelles. Cela
va de ce qui est populaire
dans le sens du consommateur
des produits médiatiques,
mais aussi de ce qui relève
des formes dexpressions
qui prennent leur sens dans
la vie quotidienne. Les
fêtes comme les moments
de tristesses permettent
aux gens de se retrouver
entre eux autour de valeurs
communes. Mais ce qui est
important, cest que
les uns et les autres puissent
trouver des lieux et des
espaces de rencontre qui
permettraient de dépasser
de ce qui est traditionnel
et de créer des expressions
communes. Peut-être
est-ce une réponse
à linvasion
des micros identités
enfermées sur elles
et à luniformisation
des mentalités. Accepter
la différence de
lautre ne signifie
pas nécessairement
ne pas partager des valeurs
communes. Quelle soit
populaire ou élitiste
nous avons tous un rapport
à la culture extrêmement
complexe et incomplet. Ce
qui nécessite éventuellement
une modestie lorsque nous
la traitons. Comme dirait
Karagöz (le personnage
principal du théâtre
dombres traditionnels
turcs) si jai commis
des erreurs quelles
soient pardonnées
! Car cette réflexion
se veut ouverte à
la discussion. |
|
|
|
|
 |
|
|
|
 |
|
 |
|
|
 |
|
 |
 |
|