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LA CULTURE (POPULAIRE) DANS LE CHAMP MIGRATOIRE

Ebru AY - Mehmet DEMIRTAS
Associations HORIZONS TURCS R.A.
13, Chemin de la Ferme - 69120 Vaulx-en-Velin
horizonsturcs@yahoo.fr

Si on veut faire la définition de la culture on peut dire que la culture est le "développement de certaines facultés de l'esprit par des exercices intellectuels appropriés ; ensemble des connaissances acquises. Dans un deuxième sens elle est l'ensemble des aspects intellectuels d'une civilisation." [1]
Durant cet exposé, on va utiliser le mot "culture" dans les deux sens.

La culture dans la migration

Dans la communauté turque en France, tout est fait pour préserver l'identité issue du pays d'origine, et cela va même jusqu'à surprendre les nouveaux arrivants qui se trouvent plongés en France dans la ruralité turque.
Ces propos d'un instituteur récemment arrivé en témoignent : "Les racines de la communauté, c'est le petit village, l'esprit petit village, ici les gens sont beaucoup plus traditionnels qu'en Turquie !"
Pour ce dernier, apôtre du kémalisme en migration, car envoyé par le gouvernement, le terme traditionnel renvoie à l'islam et aux pratiques qui accompagnent la vie du croyant, mais ce registre n'incarne pas, loin s'en faut, toute la tradition.
L'identité des migrants turcs apparaît plurielle, fonction de l'histoire culturelle du lieu d'origine. La question de la prépondérance de telle ou telle composante identitaire selon les circonstances reste ouverte, et rien ne nous autorise à privilégier l'islam si ce n'est la parole de notre interlocuteur lorsqu'elle s'y déploie.
Les dispositifs de soins qui mettent uniquement l'accent sur cette dimension ne conduisent donc qu'à réifier, pétrifier la culture des consultants, alors qu'au contraire, l'identité est une création dynamique perpétuelle. Elle n'est pas réductible à une seule de ces dimensions.
Dans ce sens, la substitution de la culture à la religion d'islam nous explique scientifiquement les interactions entre la culture d'origine, la culture dans la migration et la culture française des enfants, adolescents et des adultes. [2]
Ceci fait intervenir les notions de "dedans/dehors" et de frontière, sachant que le sujet peut se situer dans chacun de ces espaces y compris sur la limite.

1. Le mouvement d'autonomisation des adolescents met en exergue le désir d'une plus forte adhésion à la culture française. Ils investissent des lieux scolaires comme de tremplins vers les acquisitions de connaissances et la possibilité d'effectuer des rencontres.
Ce désir d'ouverture s'accompagne d'une très forte ambivalence qui complexifie la situation. L'adolescent se trouve à l'interface des deux cultures. Chacun des ses choix engage l'ensemble de la famille et remet en cause son inscription dans la culture turque. C'est une responsabilité lourde à endosser. Il est porteur des désirs ambigus des parents qui projettent sur lui des possibilités de réparation en rapport avec les pertes dues à la migration dont ils n'ont pu eux-mêmes faire le deuil. Sommé de réussir, on lui demande aussi implicitement d'échouer pour préserver les liens de son affiliation turque. La question de l'être et du devenir est essentielle à l'adolescence. C'est un mouvement d'allers et retours brusques sans
possibilité de fonder des assises solides dans l'un ou l'autre des espaces.

2. Un enfant jeune n'est ni "dedans", ni "dehors", il n'appartient à aucune culture sans l'intermédiaire de ses parents qui vont l'affilier à la culture turque. La mise en place des interactions précoces entre la mère et son bébé est essentielle, mais une dyade mère/enfant ne peut exister sans le cadre culturel dans lequel elle s'inscrit, c'est à dire le cadre culturel turc.
L'enfant d'âge scolaire s'adapte aux passages nécessaires entre les deux cultures grâce au clivage. Cette organisation d'un monde en deux espaces entre lesquels il n'est pas possible de créer des liens entraîne des difficultés d'ordre psychoaffectif et cognitif qui retentissent sur les apprentissages. La résolution de la problématique des enfants est dépendante de l'autorisation des parents à aller vers l'autre culture et de la reconnaissance par les enseignants, les éducateurs, et, de l'importance de la culture d'origine.

3. Pour les adultes souffrant de troubles psychopathologiques, les interactions se raréfient au profit d'un repli sur la culture turque. Cette hypothèse devient heuristique lorsqu'on s'intéresse aux rapports qu'entretient le malade avec sa culture d'origine. Il devient alors possible de percevoir la densité de ces liens. Retrouver un équilibre psychique accompagné du désir d'occuper à nouveau un espace social est un projet pertinent s'il envisage le lien psychisme/culture. Or les soins habituellement dispensés se réfèrent à la culture occidentale. Ils se veulent "neutres culturellement". Les patients turcs démontrent l'importance de leur culture pour donner du sens à l'impensable ; c'est le rôle des théories étiologiques.
L'exploitation de quatre situations mettant en scène des migrants de sexe et d'âge différents montre l'aspect dynamique de la problématique migratoire. Chaque sujet, engagé dans une situation singulière, est constamment pris entre cadre interne et enveloppe culturelle externe. Cependant, ces rapports ne semblent jamais formalisés de manière immuable. La souplesse des liens peut être prise comme un gage de bonne santé. Les thérapies qui prennent en compte la culture d'origine du patient visent à la restauration de ce lien de signification entre culture et psychisme.

Les acteurs de la culture

En France, la culture des turques est la culture rurale. Ce manque de culture leurs a orienté vers la religion d'islam qu'ils ont remplacé avec.
La raison qui se cache sous la situation d'un père qui a tué sa fille au motif d'être amie avec les Français peut être expliquée par ce manque et substitution. Cette soi-disant "crime d'honneur" n'est-elle pas en vérité une "loi du clan" ?
"Le clan est une société qui, dans de très dures conditions extérieures, offre à ses membres protection physique et valeur sociale au prix d'engagements clairs et sans condition. Celui ou celle qui trahit ses engagements envers le clan perd à la fois protection et valeur. On ne trahit pas facilement un clan. En tout cas pas tant que l'on doute de l'existence d'une vie hors du clan." [3]
Elle était tuée car un membre du clan devrait faire preuve de contrôle et de la loyauté pour assurer la protection et l'honneur. Or il ne faut pas oublier que l'honneur ne peut pas s'octroyer. Dans une société moderne, les engagements les uns envers les autres sont organisés dans un cadre juridique et politique. Le père qui a tué sa fille ne croyait pas en France, ni à ses engagements.
Les immigrés turcs pour se sauver de ses carcans conceptuels et pour ne pas être dans une forme de société fondée sur un étroit contrôle social comme le clan et la tribu, ont commencé à s'exprimer par des moyens cités ci-dessous :

• En fondant des associations socioculturelles plus souvent devenues aussi le lieu de culte ; les associations socioculturelles d'immigrées. Ainsi, la 1ère population immigrée a pu, selon leur moyen, sauvegarder leur "identité turque" face l'assimilation et la communauté a utilisé cette pratique comme un moyen de pression.
• En faisant des fêtes de mariages où ils peuvent se rappeler ses traditions.
Pour la famille turque, les sorties culturelles n'existent presque pas. Les fêtes de mariages sont les seules occasions pour se divertir, danser, de se rencontrer, de pratiquer la musique traditionnelle turque etc. Par contre on constate aussi que les jeunes générations se sont intégrées aux diverses activités dans leur vie sociale. (avec un besoin de s'amuser)
• En lisant des écrivains turcs qui peuvent avoir l'influences sur les jeunes immigrés.
Avec une génération plus en plus intégrée, le niveau d'éducation augmente, la pratique de lecture aussi. Les jeunes lisent plus, s'intéressent plus à la culture turque, utilisation Internet pour le savoir est fréquente. (même pour trouver d'autres immigrés turcs)
• En s'intéressant aux médias (des émissions radios etc.)
• dans les fêtes nationales
• Les restaurants où on peut connaître la cuisine turque.
• Etc.

On peut conclure que la culture populaire turque est mal connue par les turques immigrées, donc, mal préservait et mal présentait.
Les possibilités pour créer des liens par le biais de la diversité de la culture des immigrés sont très importantes pour ne pas négliger. La communauté venant de Turquie vivant en France n'a pas profité cet atout qu'ils ont pour aider leur intégration. Leur culture aidera à leur compréhension par la société d'accueil.
Nos propos dans ce texte de travail de réflexion sont subjectifs. Nous avons voulu susciter une plate-forme de discussion pour analyser la situation, pour améliorer les moyens intégrations que nous disposons.

NOTES

1. Micro Robert, Alain Rey, 1988.
2. Nadine Theillaumas, Entre être et devenir… Etude psychologique de migrants turcs dans la région de Bordeaux, Thèse de doctorat en Psychologie [Psychologie Clinique et Psychopathologie], 18 décembre 1999.
3. Goran Rosenberg, Courrier International, 27 mars 2002, N° 594, p. 24.