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L'immigration
turque est une immigration
récente, jeune
et essentiellement d'origine
rurale et familiale. Venue
en majeure partie dans
le cadre du regroupement
familial, la population
féminine de Turquie
représente à
peu près la moitié
de la population turque
en France.
La
situation et les aspirations
des femmes originaires
de Turquie sont peu connues
par le public, par les
acteurs sociaux et par
les institutions et font
très rarement l'objet
de recherches spécifiques.
Elles attirent rarement
l'attention sauf lors
d'événements
malheureux et ponctuels,
par exemple la question
du foulard porté
par des jeunes filles
de Turquie à l'école...
Ce manque de recherches
spécifiques sur
les femmes originaires
de Turquie nous montre
l'isolement, la méconnaissance
de cette partie de la
population, de leurs problèmes
spécifiques et
de leurs aspirations.
Cette absence de recherche
est encore plus flagrante
lorsqu'il s'agit de connaître
leur situation sur le
marché du travail.
En revanche, il existe
dans l'inconscient collectif
de nombreuses idées
préconçues,
des stéréotypes
et des préjugés
sur ce que sont et vivent
les femmes originaires
de Turquie.
Isolement
et exclusion des femmes
issues de l'immigration
turque en France
L'immigration
pour les femmes est presque
toujours synonyme d'enfermement
et d'isolement, puisque
leur existence doit maintenant
se dérouler dans
un espace social plus
réduit, plus instable
et mal identifié.
La différence culturelle,
la barrière linguistique,
les limites des droits
accordés aux femmes
immigrées en France,
les difficultés
relatives aux droits de
séjour qui dépend
de leur mari, tels sont
quelques-uns des obstacles
qu'elles rencontrent.
À cela s'ajoute
le contexte de crise économique
qui accentue aussi bien
le racisme envers elles
que l'exclusion dans le
domaine économique.
Effectivement les femmes
sont, après les
jeunes, la catégorie
la plus touchée
par le chômage,
seul un tiers des femmes
originaires de Turquie
travaille. Tout cela impose
aux femmes immigrées
et originaires de Turquie
une vie sociale limitée
à la maison et
à la famille.
Elles
ont tout d'abord un statut
administratif défini
par rapport à celui
de leur mari, même
lorsque ce sont elles
qui font venir leur mari
par le biais du regroupement
familial. Cette absence
de statut autonome créé
de nombreuses situations
d'injustice et de précarité,
surtout lorsque les liens
familiaux sont rompus
lors de divorce ou de
violence conjugale. Certaines
femmes se retrouvent alors
dans des situations extrêmes,
enfermées dans
des mariages insatisfaisants
ou violents et confrontées
à des abus sexuels.
Si
elles décident
de quitter leur mari,
elles tombent dans l'illégalité
et ne peuvent prétendre
à aucun avantage
ou protection. Car même
si elles ont des droits,
elles ne les connaissent
pas. Elles ne parlent
pas le français
: selon l'INED, parmi
les originaires de Turquie
seules 13 % des femmes
parlent bien le français.
C'est un handicap important
qui, au quotidien, leur
pose d'énormes
problèmes et les
empêche de participer
pleinement à la
vie économique,
sociale et culturelle
de la société
française.
Isolées
d'un point de vue linguistique,
économique, sociale
et culturel dans une société
mal connue et dont elles
ne connaissent pas les
codes d'usage, elles se
sentent seules et exclues.
Elles ne savent pas vers
qui se tourner ou vers
quelle institution aller
pour chercher un soutien
dans la résolution
de leurs problèmes.
Des
travailleuses exploitées,
des droits non respectés
Les
femmes turques, comme
l'ensemble des femmes
étrangères,
ont de nombreuses difficultés
à entrer dans le
monde du travail, difficultés
spécifiques, qui
ne sont pas forcément
partagées par les
autres femmes ou par les
hommes étrangers.
Relevons tout de même
une similarité
avec les étrangers
en général,
car les étrangers
ont été
les plus touchés
par la crise économique,
travaillant sans contrat
pour des travaux durs
et pénibles, dans
des petites entreprises
et de petits ateliers.
Même
si le taux de chômage
ou d'inactivité
des femmes est très
élevé parmi
les femmes turques, on
remarque depuis les années
quatre-vingt, une rapide
progression du travail
féminin, liée
à la crise économique.
Les femmes sont de plus
en plus tentées
de travailler pour lutter
contre la vie chère
et pouvoir subvenir aux
besoins de la famille.
Le travail des femmes
devient une nécessité
économique. Mais
lorsqu'elles ont réussi
à intégrer
le monde du travail, la
place qu'elles y occupent
est particulièrement
alarmante.
D'abord,
leurs conditions d'emploi
sont caractérisées
par une dualité
des secteurs, l'une légale,
l'autre parallèle.
En effet, le taux d'activité
réel est supérieur
au taux d'activité
légal, et le travail
non déclaré
est fréquent.
Ensuite,
la plupart du temps, elles
occupent des emplois non
qualifiés, temporaires
et de statut inférieur,
et subissent donc l'instabilité,
la précarité,
l'inégalité
des salaires, l'inégalité
de traitement. Quel que
soit leur niveau de formation
et de compétence,
elles sont cantonnées
à certains secteurs,
la confection, la restauration,
avec des horaires flexibles
et impossibles, des salaires
inférieurs à
la moyenne, des cadences
infernales.
Les
employeurs profitent de
la crise pour payer des
salaires inférieurs
au SMIC. Elles travaillent
souvent plus de 50 heures
par semaine dans des ateliers
avec des cadences très
élevées
où les conditions
d'hygiène et de
sécurité
ne sont pas respectées.
Dans ces ateliers, les
travailleuses subissent
les courant d'airs, l'humidité,
la saleté, et ces
conditions de travail
ont parfois de lourdes
conséquences sur
leur santé.
Beaucoup
n'osent pas réclamer
leurs droits de travailleurs,
même les plus basiques,
tels qu'un contrat ou
un certificat de travail,
de peur de perdre leur
emploi. Oubliées
par les pouvoirs publics,
elles sont obligées
d'accepter les conditions
les plus défavorables
et des pratiques irrégulières.
Travailler dans l'illégalité
n'est pas un choix de
leur part. Elles manquent
d'une protection sociale,
même la plus minimale.
Les congés payés
ou les arrêts maladies
ne sont pas, dans la pratique,
respectés. Beaucoup
de femmes se retrouvent
démunies de tout
droit en matière
de protection sociale,
de retraite, de droit
au chômage.
Exploitées
par les patrons, elles
sont en plus parfois confrontées,
de par leurs vulnérabilités
et leurs incertitudes,
à l'exploitation
et aux harcèlements
sexuels.
On
leur propose peu de formation,
et celles-ci sont souvent
inadaptées au marché
du travail, de qualité
médiocre, avec
peu de perspective d'emploi.
Perçues souvent
comme des perdantes par
les professionnels de
la formation et du travail,
elles sont mal informées,
mal orientées.
L'accès à
l'information est limité.
Les diplômes étrangers
ne sont pas reconnus en
France.
De
nombreuses discriminations
Pour
expliquer cette situation,
on a trop facilement recours
à l'argument culturel
selon lequel les femmes
ne chercheraient pas à
intégrer le marché
du travail et à
s'intégrer à
la société
française. Cela
permet d'occulter une
réalité
aux aspects beaucoup plus
complexes.
En
effet, il ne faut pas
oublier que l'exercice
d'une activité
professionnelle en France
pour les ressortissants
étrangers est strictement
réglementé.
Un
nombre incalculable d'obstacles
et de tracasseries administratives
empêchent les femmes
étrangères
de travailler, en raison
des conditions d'obtention
de la carte de séjour
et de travail. En effet,
l'accès au monde
du travail dépend
de deux éléments
fondamentaux, l'autorisation
de travail, et la nature
du titre de travail conditionné
par la procédure
au titre de laquelle la
femme est entrée
en qualité de travailleur
ou de membre de famille.
L'obtention du titre de
séjour est de plus
en plus difficile, et
pose plus de problème
aux femmes, car la législation
sur les étrangers
a été conçue
dans un contexte de migration
essentiellement masculine,
et ne tient pas compte
des caractéristiques
de l'immigration féminine.
De plus, elle évolue
dans un sens restrictif.
Une
carte temporaire d'un
an entraîne des
formes de chantage sur
le lieu de travail de
la part du patron, lorsqu'il
s'agit de donner les documents
nécessaires au
renouvellement de cette
carte. Les femmes qui
disposent d'une telle
carte sont moins payées
que les autres femmes,
travaillant souvent dans
la clandestinité,
elles vivent avec la crainte
de faire l'objet de dénonciation.
Les
femmes turques sont aussi
complètement absentes
du secteur public, puisqu'en
France il faut être
de nationalité
française. La clause
de nationalité
constitue une forme de
gestion du marché
du travail, et une forme
d'application de la préférence
nationale à l'embauche.
Nous sommes face à
une orientation politique
qui exclut les femmes
de certains secteurs pour
mieux les orienter et
les cantonner vers ceux
nécessitants une
main-d'uvre pas
chère, malléable,
exploitable, et jetable
en fonction des fluctuations
du marché.
Il
existe donc de nombreuses
restrictions sur le plan
juridique qui rendent
difficile l'accès
des étrangères
au marché du travail.
Ce qui explique que les
femmes travaillent peu
et seulement dans certains
secteurs, qui ont pour
caractéristiques
d'être réservés
à certaines nationalités,
avec l'organisation d'une
solidarité communautaire.
En effet, les femmes turques
travaillent principalement
avec les Turcs, dans des
entreprises familiales,
dans des sociétés
turques, et cela essentiellement
dans le domaine de l'habillement,
du textile, du commerce,
de la restauration, ou
les épiceries.
Au
premier regard, nous pourrions
conclure qu'elles refusent
de travailler avec des
Français(es) ou
dans des entreprises non
turques, quelles veulent
rester dans leur communauté.
La réalité
est plus complexe. Confrontées
à de très
nombreuses discriminations
à l'embauche dans
tous les autres secteurs,
elles sont obligées
d'accepter, pour pouvoir
vivre, les emplois trouvés
grâce à la
solidarité communautaire.
Les
femmes de Turquie dans
l'immigration sont traditionnellement
définies comme
des épouses, des
mères, et donc
situées dans le
seul cadre familial. Pourtant,
elles ont de plus en plus
besoin de travailler,
aspirent à des
emplois qui leur assurent
des ressources et plus
d'autonomie, aspirent
à sortir de la
précarité.
Mais elles sont confrontées
à de très
nombreux obstacles, qui
proviennent de l'absence
de droits garantis au
séjour et au travail,
des discriminations sur
le marché du travail,
de leur isolement et de
leur faible qualification
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