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LA SCOLARITÉ DES ENFANTS ISSUS DE L'IMMIGRATION TURQUE ET MAGHRÉBINE EN BELGIQUE FRANCOPHONE
Altay A. MANÇO
Directeur scientifique de IRFAM -Institut de Recherche, Formation et d'Action sur les Migrants-, Liège, Belgique

Sans être essentiellement différent de celle des enfants défavorisés belges, la situation, face à l'école, des enfants issus des couches récentes de l'immigration en Belgique francophone est encore plus préoccupante, car les situations d'échec sont plus aiguës et surtout soumises à d'avantage de tensions de type culturel. En Belgique francophone, les enfants d'origine étrangère représentent environ 30 % des élèves du niveau fondamental. Ces derniers se distinguent des écoliers belges par leur taux très élevé de redoublants : alors qu'environ 20 % des enfants belges du niveau primaire ont perdu une année scolaire, un tiers des enfants étrangers sont dans ce cas. En ce qui concerne les enfants nés hors de Belgique, le taux de retardés pédagogiques est encore plus élevé.

Pourtant l'insertion scolaire est probablement le facteur qui conditionne le plus les différentes formes d'intégration sociale et économique. Elle est mesurée par la qualité, la quantité, le contenu des études suivies, ainsi que par leur réussite : le couronnement des études par les titres requis, le nombre peu élevé d'années perdues, le choix des orientations valorisées et le haut niveau de qualification atteinte en fin de formation sont les critères d'une insertion de qualité. A cela s'ajoute, bien entendu, la possibilité pour les jeunes d'occuper un emploi valorisant et sûr dans leur propre branche.

Ainsi, les structures de formation et leur accessibilité socioculturelle aux familles immigrées sont le creuset d'une insertion réussie ou, selon les cas, d'une relégation sociale précoce. Les données démontrent cependant qu'en Belgique francophone, l'école est plus un lieu d'échec qu'un lieu de réussite pour un nombre important de jeunes issus de l'immigration : les imperfections du système scolaire et, en particulier, son incapacité à gérer la pluralité ethnique et socioculturelle produisent un échec scolaire massif avec tous les risques de marginalisation socio-économique que cette situation comporte, notamment, par le manque de qualifications professionnelles qu'elle induit. Une partie importante des enfants issus de l'immigration et, en particulier, de l'immigration turco-maghrébine, est, dès les écoles maternelle et primaire, scolarisée dans des établissements dits « en difficulté » des quartiers populaires. Commençant, parfois, la scolarité obligatoire avec un échec, une partie d'entre eux n'obtiendront pas leur certificat d'études primaires. Ils seront embarqués dans les filières peu valorisées du secondaire professionnel qui ne donnent pas accès à une formation supérieure. Une part importante de ces jeunes abandonneront l'école après avoir vécu de nombreux échecs. Le risque encouru par ces jeunes est le chômage, c'est-à-dire la marginalisation économique, en plus de la marginalisation culturelle, à l'instar de leurs parents.

Les causes de ce parcours peu valorisant sont multiples. L'échec de l'enfant étranger, voire de l'enfant autochtone issu de la classe ouvrière, provient d'une rupture culturelle et linguistique entre l'école et la famille. L'école de la norme dominante traduit les différences, les écarts à la norme établie, en inégalités. Ces mêmes inégalités ne sont-elles pas à la base de la division sociale peu égalitaire du travail, du pouvoir, du savoir et de l'avoir ?

Le cas des enfants issus de l'immigration musulmane face à l'école belge est en plus aggravé par la non-connaissance du français, par le très faible niveau de scolarisation de leurs parents, par la méconnaissance réciproque entre le milieu scolaire et les familles, ainsi que, pour certains, par leurs difficiles conditions de vie. On sait en effet qu'un des obstacles majeurs à l'insertion en Belgique francophone reste le faible niveau de leur maîtrise du français: en ce qui concerne le groupe turc, par exemple, quelque 5 % de jeunes pratiquent régulièrement cette langue au sein de leur famille, 54 % lisent régulièrement des journaux et 44 % écrivent couramment des lettres dans cette langue. Si 86 % ont fait leurs études primaires en français, 1/3 ne parlait pas cette langue avant l'âge de 7 ans.

DONNÉES

Toutes les nationalités étrangères ne sont pas égales devant l'échec scolaire; ainsi, à titre d'exemple, si 30 % des Italiens échouent au moins une fois à l'école primaire, ce retard concerne la moitié des enfants turcs. On notera également la surreprésentation des enfants d'origine étrangère dans certains types de l'enseignement spécial.

En Belgique francophone, 20 % des étudiants du niveau secondaire sont étrangers. Dans les sections générales des écoles moyennes, le taux d'élèves d'origine étrangère tombe pourtant à 15 %. Ce taux est de 30 % pour les sections professionnelles des mêmes écoles. Selon les nationalités, les situations sont très contrastées : alors que 15 % des Belges à peine sont dans des classes technico-professionnel les, environ 70 % des étudiants Turcs fréquentent ces sections. Ces jeunes qui se concentrent dans des sections peu valorisées et diminuent donc leurs chances sur le marché de l'emploi : on constate, ainsi, des difficultés liées aux dispositifs d'orientation scolaire. Des témoignages semblent, de plus, montrer l'existence de pratiques ouvertement discriminatoires envers les communautés musulmanes dans certains établissements secondaires. Mais, même quand les jeunes ne sont pas contraints de s'orienter vers certaines filières, certains parmi eux choisissent leurs établissement et section d'enseignement secondaire en fonction de motivations mineures : « c'était l'école la plus proche », « c'était l'école la plus facile » ... Dans ces conditions même des jeunes diplômés ne parviennent pas toujours à s'insérer économiquement et accentuent les rapports de méfiance qu'entretiennent les familles envers les écoles.

Ainsi, l'étude des trajectoires scolaires des groupes de nationalités permet d'établir qu'ils sont grossièrement divisés selon trois profils :
- Au regard du pourcentage de sujets ayant obtenu leur diplôme d'études secondaires supérieures, les ressortissants européens installés en Belgique francophone, tracent un profil « haut ». La moitié de ces groupes nationaux sont en effet diplômés du niveau secondaire supérieur et 20 à 30 % de leurs effectifs poursuivent leur scolarité au niveau supérieur. Très peu de personnes abandonnent donc la scolarité dans ces groupes.
- Le groupe national « espagnol, grec et portugais » et celui des Italiens dessinent un profil « moyen » avec 35 à 40 % des sujets diplômés en fin de secondaire, et 10 à 20 % des jeunes scolarisés au niveau supérieur.
- Le troisième profil est dû aux Marocains et Turcs, ces derniers, d'ailleurs, présentant une scolarisation secondaire plus défectueuse que les Maghrébins. +/- 20 % seulement des personnes de ces groupes obtiennent leur diplôme de fin d'études secondaires, à peine 10 % sont aux études supérieures. Présentant un profil « bas », les jeunes Turcs semblent également éprouver beaucoup de difficultés en secondaire inférieur, puisqu'à peine 40 % d'entre eux y ont pu obtenir un diplôme.

ANALYSES

Les facteurs qui expliquent de tels parcours sont sans doute diversifiés. L'exclusion scolaire de l'enfant issu de l'immigration (musulmane) provient d'une double rupture culturelle et linguistique entre l'école et la famille, rupture encore plus forte qu'entre l'école et les immigrés des vagues plus anciennes.

Différents types d'inadaptations majeures sont à souligner :
- inadaptation sociale d'un enfant de la classe ouvrière, peu scolarisée, dans une école de type « classe moyenne » ;
- nadaptation culturelle d'un enfant d'origine paysanne/musulmane, plongé dans la culture urbaine occidentale.
Ainsi, la difficile compatibilité entre les catégories culturelles des familles immigrées et les attentes de l'institution scolaire belge, d'une part, et l'inadéquation entre les besoins d'enfants d'ouvriers étrangers et l'offre d'une école, elle aussi, « inadaptée », mal préparée, d'autre part, expliquent sans doute pour beaucoup le phénomène de l'échec scolaire massif rencontré dans cette population minoritaire.

Les difficultés scolaires rencontrées par les enfants étrangers prennent également leur source dans la crise générale dans laquelle se trouve plongé le système éducatif belge francophone qui tente de redéfinir sa fonction sociale : la formation et le travail des enseignants paraissent difficilement permettre la réussite des enfants « différents ». Mais l'échec n'est pas dû à la concentration d'enfants étrangers dans des écoles de quartiers défavorisés, il provient de l'impuissance du système éducatif à gérer et à valoriser la diversité socioculturelle de ses publics. En particulier, l'inadaptation des méthodes et programmes d'études aux réalités concrètes des enfants et le manque de communication entre écoles et familles sont ici des facteurs d'échecs qu'il s'agit de souligner.

De plus, il s'agit encore, de mettre en relief un ensemble de contradictions dans lesquelles l'enfant immigré, surtout musulman, est plongé. Pour clarifier notre propos, nous allons développer l'exemple des enfants turcs et de leur scolarisation turque et islamique, une réalité scolaire quotidienne vécue par ces enfants, une réalité qui a le mérite d'illustrer clairement un aspect de la rupture culturelle génératrice d'échecs.

L'enfant turc suivant l'enseignement primaire en Belgique est plongé dans trois mondes différents : 
- à l'école belge ; 
- à l'école de langue et de culture turques (en soirée) ; 
- à l'école religieuse et coranique des mosquées.

A chacun de ces niveaux intervient aussi la famille, qui articule ses propres valeurs, ses modalités de vie. Chacun de ces mondes est différent, sur le plan du contenu, des attitudes, des comportements, des valeurs. Lorsque l'on sait que la socialisation de l'enfant passe par une série d'essais de réponse à la question: « Qu'est-ce qu'un adulte dans notre société ? », on comprend qu'il est extrêmement compliqué de s'y retrouver parmi les nombreux modèles contradictoires que les différents milieux proposent. De même, la relation pédagogique est très déconcertante, car elle se définit différemment selon les trois mondes. Un autre exemple qui illustre des phénomènes de même type concerne la situation de multilingualité complexe dans laquelle se trouvent les enfants marocains (pour certains berbérophones) dans une Belgique, elle-même multilingue. Pourtant, une école qui différencie son travail et son accueil selon les milieux socioculturels des enfants et qui tend vers la « construction d'une interculture » avec la collaboration des partenaires éducatifs présents, pourrait être un bastion de choix dans la lutte pour l'insertion et le développement social.
Au niveau de l'enseignement secondaire, deux hypothèses peuvent nous servir de point de départ pour expliciter les relations entre l'école et le public issus de l'immigration. Premièrement, on peut supposer que les élèves d'une même appartenance socioculturelle ont une représentation de l'école et de leurs compétences d'élève différente selon leur trajectoire scolaire. Deuxièmement, on suppose que, parmi les élèves qui ont une même trajectoire scolaire et qui sont issus d'un même contexte socio-économique, existe une différence de vécu et de représentation selon l'origine autochtone ou étrangère de leur famille.

Une série de recherches récentes montrent, en effet, que la nature de la filière fréquentée détermine dans une large mesure la nature des représentations de l'élève, de ses parents et de ses enseignants à propos de sa scolarité. Quelle que soit la nationalité envisagée, l'élève qui fréquente la filière générale a une perception positive de ses compétences d'étudiant. Cette perception est d'autant plus valorisante que l'élève de la filière générale se représente ses enseignants comme « sévères ». En revanche, la perception des compétences est négative parmi les élèves des sections techniques et professionnelles. L'école est jugée injuste et ennuyeuse. Alors que les élèves de la filière technique compensent cette image négative de soi par un investissement du monde extrascolaire et ne vivent pas de graves conflits à l'école, les élèves de la filière professionnelle reflètent une situation dépressive perceptible notamment par une crise de confiance tant en leur personnalité que par une crise de confiance dans l'institution scolaire. On remarque aussi plusieurs différences dans les perceptions des élèves belges et étrangers issus d'une matrice socio-économique comparable et ayant une expérience scolaire identique (la filière professionnelle, par exemple). Les élèves issus de l'immigration sont nettement plus nombreux que les élèves autochtones à relever la « sévérité » de leurs enseignants, ainsi que le « cadre disciplinaire contraignant », voire « injuste » de leur école. Les élèves étrangers sont plus souvent en conflit avec les enseignants que les élèves belges ; ils sont également punis plus souvent. En général, les enseignants ont un avis moins favorable des élèves étrangers que des élèves belges, cet avis est d'autant moins favorable que les relations sont conflictuelles. Les parents étrangers semblent attribuer moins de chances de réussite à leurs enfants que les parents belges. Les parents les moins biens informés sur la scolarité de leurs enfants sont étrangers, comme ceux qui apprécient le moins l'orientation professionnelle de leur enfant. Quelle que soit leur origine, les jeunes issus de l'immigration ont une représentation moins positive que les Belges de leurs compétences d'élèves.

Ces différents constats soulignent la nécessité des actions positives. Les premières mesures importantes de discrimination positive prises pour gérer la pluriculturalité en milieu scolaire immigré apparaissent avec les années 70, au confluent de deux préoccupations. La première est d'ordre pragmatique : il s'agit de trouver réponse aux problèmes que pose la présence dans les classes d'enfants, parfois nombreux, qui ne maîtrisent pas la langue de l'enseignement et dont certaines réactions étonnent ou désorientent. Ces enfants sont très souvent en situation d'échec scolaire et la diversité manifeste qu'ils introduisent dans la population scolaire pose à de nombreux enseignants des problèmes de gestion (gestion des activités, des apprentissages, des comportements) L'autre préoccupation est d'ordre éthique : il s'agit de donner corps au discours ambiant sur le « respect de la différence ». Pour répondre à ces préoccupations, une catégorie de mesures, parmi d'autres, se dessine l'inscription de nouveaux professionnels sur le terrain scolaire, à savoir les animateurs ou médiateurs issus de l'immigration et les maîtres étrangers qui sont des instituteurs ou des professeurs de religion issus, formés et parfois financés par les pays de référence des groupes immigrés en Belgique.

Une seconde ligne de mesures de discrimination positives correspond à une logique territorialisée ~ il s'agit de soutenir des écoles et des « zones » défavorisées de manière à y privilégier un développement social positif. L'investissement dans les « zones d'éducation prioritaires » (Z.E.P.) vise la consolidation des acquis pédagogiques et le développement d'une pratique de coordination locale entre divers acteurs de l'éducation, parfois avec la collaboration d'intervenants issus de l'immigration. Ces expériences ont localement donné des résultats intéressants suscitant une nouvelle dynamique, mais diverses limites des dispositifs ont été mises en évidence lors des évaluations. Des recherches focalisées sur certaines problématiques particulières ont ainsi vu le jour pour informer les acteurs et les décideurs sur les nouvelles tendances visibles auprès de la population issue de l'immigration.

LUTTER CONTRE L'ÉCHEC

On notera, dans ce registre, l'importance des rapports interculturels avec les familles issues de l'immigration à fin de conjuguer leurs influences éducatives plutôt que de les neutraliser. Il en va de même pour les rapports entre l'école et le quartier et les rapports entre l'école et les associations locales. En effet, bien plus qu'un simple contenu d'enseignement ou qu'une méthode plus ou moins « nouvelle », l'optique interculturelle est avant tout une (self) discipline de communication qui permet d'activer les ressources critiques et autocritiques de l'individu et du groupe. Il permet un dépassement (toujours négocié et toujours provisoire) des antagonismes que les systèmes de référents culturels divergeant ne manquent pas dresser entre les personnes et les groupes particuliers.

Au niveau des pratiques quotidiennes, certaines stratégies peuvent se révéler intéressantes. Ainsi, face à des difficultés de gestion d'intérêts et d'attentes différentes, il ne sera pas inutile d'entamer, d'abord, l'exploration de ce qui est commun aux différents membres d'un groupe (classe, ensemble de parents, ... ), porteurs d'identités diversifiées. Il s'agit de constituer un capital de confiance au groupe avant de s'attaquer à une négociation où tout montre que les attentes culturellement marquées seront très différentes.

Des divergences profondes ne manqueront en effet pas de se poser. Si tout n'est pas négociable entre les parties, et si chacun a ses limites éthiques propres, la négociation permet aux positions de se clarifier, aux malentendus de se lever et à des accords partiels de voir le jour même s'ils sont toujours provisoires. Cette démarche permet donc de faire avancer le débat en socialisant mutuellement les uns et les autres. Se présente alors à l'individu un horizon plus large, où deviennent possibles un choix, une synthèse originale entre des éléments jusqu'alors incompatibles.

Ici le rôle de médiation que peuvent jouer certains acteurs sociaux (issus des communautés locales) se révèle très utile ; ce travail prend tout son sens lorsqu'il s'agit d'aménager des zones de rencontre entre deux tendances contradictoires, d'expliciter les règles de la confrontation. L'option interculturelle, synthèse du possible et du souhaitable, permet à tout le moins de favoriser une compréhension mutuelle et engage à un dialogue qui marque le premier pas d'un processus démocratique.

Entre cette volonté de confrontation et les priorités de l'enseignement (à savoir développer les acquis de base pour tous), il s'agit de cerner les conditions d'une action positive et intégrée : le développement de synergies locales, le décloisonnement du temps et des milieux scolaires et extrascolaires... Ces dynamiques et réseaux ne diminuent pas l'importance de l'école ; ils déterminent pour les différents partenaires impliqués (écoles, associations locales, centres P.M.S., parents, ... ) la recherche des donnes changeables qui orientent la résolution des problèmes et la réalisation des initiatives communes. Ils recentrent l'action éducative sur les processus de socioscolarisation, de développement et d'expériences interculturelles. Il est donc important de développer des méthodologies d'enseignement et d' évaluation qui se différencient en fonction des enfants et qui valorisent par ce fait les élèves et leur famille. Il semble en conséquence que le réexamen du programme d'enseignement soit utile de façon à privilégier l'essentiel et, surtout, de façon à le doter de sens aux yeux des enfants et des familles d'origine étrangère. Dans ce cadre, il est également enrichissant d'introduire dans les approches et les contenus d'enseignement des éléments culturels concrets et linguistiques de ces familles, de façon à « ouvrir » l'école - une ouverture réfléchie et stable - sur le monde qui l'entoure. C'est ici que peuvent intervenir les jeunes issus de l'immigration ayant été formés en Belgique. Il paraît dès lors important que, comme c'est d'ailleurs le cas dans certains pays voisins, le secteur public soit ouvert aux enseignants, éducateurs et autres travailleurs sociaux d'origine étrangère. Il faut, en outre, revoir les conditions de travail dans certains lieux éducatifs ; elles sont particulièrement pénibles pour certains enseignants: il faut chercher à construire de nouvelles synergies avec l'ensemble du tissu des services publics et d'associations qui entourent l'établissement scolaire. Enfin, il faut s'attaquer aux politiques discriminatoires de certaines écoles et faire valoir le principe du droit à l'inscription de tous. Il est également nécessaire de combattre les différences de niveau entre écoles, en développant des modalités d'évaluation communes et des programmes comparables. Un soutien matériel supplémentaire pour écoles en difficulté serait également nécessaire, si toutefois cette aide peut être gérée par l'ensemble des partenaires éducatifs concernés. Le racisme, la discrimination et la xénophobie ne peuvent être combattues qu'à travers des expériences communes plaisantes, valorisantes et solidaires. Toutes les initiatives qui vont dans le sens d'une compréhension mutuelle et d'une certaine cohésion seront dès lors à soutenir.

L'enjeu essentiel de telles approches est la qualité de l'éducation dans ses multiples contextes. La compétence des enseignants et autres éducateurs est au centre de la redéfinition de leur qualification professionnelle, de leur formation initiale et des modes de soutien spécifiques qu'il s'agit de leur accorder. Cet objectif - qui conjugue « égalité » et « diversité » - nécessite à la fois des normes de qualité scolaire et des dispositions institutionnelles qui modulent les ressources, selon les niveaux et selon les contextes locaux.


Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur, il est tiré de :
A. MANÇO, « Scolarité des enfants turcs et maghrébins issus de l'immigration en Belgique francophone : difficultés et actions positives », U. MANÇO (éd.), Voix et voies musulmanes de Belgique, Publications des Facultés Universitaires de Saint Louis, Bruxelles, 2000, p. 41-54.