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LE
PUBLIC, TYPOLOGIE
L'immigration
turque et maghrébine
est essentiellement d'origine
rurale. De ce fait elle
est porteuse de culture
orale et rurale dans sa
diversité. Cette
culture n'est pas confrontée
à la culture urbaine
dans le pays d'origine.
Actuellement, ce que nous
constatons en Alsace,
c'est que cette culture
et le mode de vie du milieu
rural sont confrontés
à la fois à
la culture urbaine et
à la culture d'une
autre nation (France).
Cette immigration est
en train de vivre une
double situation qui n'est
pas facile. Les difficultés
que nous rencontrons sont
aussi à double
caractère. Car
avec la circulation des
hommes, les idées
et les éléments
culturels circulent aussi.
Ils véhiculent
leur propre culture, même
si ces populations ne
sont pas homogènes
au niveau du pays. Ces
femmes et ces hommes ont
leurs croyances, leurs
repères, leurs
idéologies, leurs
formes d'expression.
Plusieurs études
ont montré que
le grand saut vers l'émigration
a pu s'opérer du
village anatolien à
une ville européenne
sans transition par le
relais d'une grande ville
turque. Le modèle
avec relais semble mieux
caractériser les
immigrés «
d'Allemagne que ceux de
France, directement issus
de leurs villages »
1.
Le glissement de la population
rurale vers la ville,
que l'Europe a connu à
l'époque de l'industrialisation,
est aujourd'hui loin d'être
terminé en Turquie.
En 1985, 58% de la population
vivait de l'agriculture
contre 41% en 1990. Ce
glissement interne vers
les grandes villes avec
l'immigration s'oriente
vers l'Europe.
La
concentration géographique
(spatiale) permet, grâce
au contrat social qui
s'établit, de maintenir
des liens de solidarité
et de transmettre la langue
et la religion aux générations
suivantes. Riva KASTORYANO
2
souligne qu'ainsi les
migrants de Turquie ont
développé
un « traditionalisme
de défense »
qui a renforcé
leur sentiment d'appartenance
nationale et religieuse.
Ils élaborent un
discours sur la «
supériorité
» de leur culture
et de leurs propres valeurs,
cristallisé autour
de la religion, élément
défini comme noyau
dur de l'identité
qu'il faut protéger
à tout prix des
risques d'« assimilation
». La plupart ne
possèdent pas assez
la culture du pays d'origine,
leur scolarité
a été courte
(souvent école
primaire) et leur milieu
d'origine (un petit village)
ne leur a pas donné
cette chance. D'où
le rôle de la religion
comme élément
essentiel de la culture
qu'ils souhaitent protéger
et transmettre aux futures
générations.
Le manque de connaissances
dans les domaines de la
danse, de la musique,
de la littérature,
du théâtre,
de l'opéra, de
la langue... laisse un
champ réduit autour
de la tradition, coutumes
vestimentaires ou alimentaires,
murs qui renforcent la
religion. C'est ce vaste
ensemble qui peut être
qualifié de «
culture » 3.
Le
mode de sociabilité
dans les quartiers fait
penser à une transposition
des pratiques du pays
d'origine selon que les
familles venaient d'une
zone rurale ou urbaine
de Turquie. En France,
des mesures juridiques
ou politiques, visant
à favoriser l'intégration,
ont donné une légitimité
à la différence.
Ces différences
ne s'expriment pas seulement
par rapport à la
France, elles émergent
aussi à l'intérieur
des représentations
nationales en terme d'identification
ethnique ou religieuse.
De ce fait, « les
turcs constituent une
communauté très
divisée à
l'intérieur et
très fermée
à l'extérieur
» 4 . La référence demeure nationale, malgré
des identifications de
plus en plus « communautaires
», ethniques. Cette
attitude est renforcée
par la télévision
turque qui fait irruption
dans les familles kurdes
ou turques, sunnites ou
alévites. De fait,
les familles vivent quotidiennement
la Turquie à travers
les images que transmettent
une douzaine de chaînes
privées et publiques.
On peut dire d'une manière
générale
que le corps de l'immigration
turque est en France,
mais la tête est
en Turquie. Mis à
part les effets évidents
des télés
sur leur intégration
en France, les émissions
suivies en même
temps que les habitants
de la Turquie brouillent
le lien « entre
territoire et identité
: le territoire d'appartenance
devient régional,
le territoire de référence
devient national - religieux
et le territoire de résidence
français ».
5
D'autre
part, l'Etat turc cherche
de son côté
à créer
une image de « communauté
unie » qui représente
les intérêts
de la Turquie. Il redéfinit
les différents
aspects de l'identité
turque, nationale, religieuse,
politique pour influencer
l'immigration et d'une
manière générale
l'opinion publique.
L'immigration de Turquie
est une immigration de
caractère familiale.
Les primo arrivants ont
fait très rapidement
venir les membres de la
famille. L'arrêt
officiel de l'immigration
a accéléré
cette démarche.
L'arrivée des originaires
de Turquie par regroupement
familial en 1963-1973
s'élève
à 6176. Ce chiffre
s'élève
à 127 314 dans
les années 1974-1993.
LE
AUTORITES DES PAYS D'ORIGINE
Suite
aux accords bilatéraux
signés avec la
France concernant l'ELCO
(Enseignement Langue et
Culture d'Origine) en
1978 pour « reconnaître
l'identité culturelle
des enfants et assurer
une meilleure intégration
au retour dans le pays
d'origine », la
Turquie a envoyé
des enseignants, et dès
les années 1980,
ce sont des conseillers
religieux et des imams
qui ont suivi cette politique.
Ces derniers sont envoyés
par le Diyanet, administration
dépendant du Premier
Ministre. Les deux corps,
les enseignants et les
imams sont rattachés
au consul de leur zone
géographique.
Le Diyanet constitue un
réseau d'associations
religieuses important,
parallèle au réseau
consulaire dans la mesure
où il est rattaché
à l'Etat turc.
Il prône un Islam
national officiel comme
l'Enseignant ELCO qui
fait la même chose
en langue et culture officiellement
reconnue. La diversité
linguistique (kurde...)
ou religieuse (alévite...)
n'est pas représentée.
Le Diyanet se place sur-le-champ
islamique de l'immigration
turque au même titre
que les autres associations
telles que Milli GORUS
(Vision Nationale) représenté
en Alsace par le COJEP,
PNF (Perspectives féminines)
et plusieurs mosquées
du Suleymanci à
la fois. Ces organisations
échappent au contrôle
de l'état et elles
sont implantées
à l'intérieur
du Diyanet. Elles suscitent
une plus grande identification
de la part de la population
immigrée de confession
sunnite.
LA
DIVERSITE DU PUBLIC
Il
faut être attentif
aux diversités
culturelles, ethniques
et religieuses. Il ne
faut pas prendre le groupe
comme une réalité
homogène, aplanir
les différences,
ignorer les contradictions
au profit d'une définition
des catégories
socioprofessionnelles,
des classes sociales ou
d'un pays d'origine. On
est loin du fonctionnement
social traditionnel où
la personne était
appelée à
se conformer à
un unique modèle,
même si de l'extérieur
l'apparence semble être
uniforme.
En raison de la diversité
des populations, les liens
sont pluriels et multiples.
Il n'y a pas un immigré,
un étranger mais
des populations différenciées.
Une vision trop souvent
simplificatrice empêche
de saisir la réalité
beaucoup plus complexe
qu'un certain vocabulaire
unificateur pourrait laisser
supposer. C'est ainsi
que communément
les « communautés
turques » ou «
maghrébines »
sont présentées
sous un vocable unique.
Pourtant chacune est composée
de groupes différents.
Même différenciation
au sein d'une même
nationalité avec
l'ethnicité culturelle
où des langues
variées se manifestent.
Ceci est visible au sein
de la communauté
turque, avec les Turcs,
les Kurdes, les alévites,
les sunnites, etc.. et
la communauté maghrébine
avec les Kabyles, les
Berbères, les arabophones,
etc.. 6
Quant à la religion
qui pourrait jouer un
élément
unificateur, les personnes
issues d'une même
confession de l'Islam
ne sont pas aussi unies
qu'on peut le penser.
Les pratiquants de confession
sunnite de l'islam fréquentent
« leur mosquée
» par nationalité
d'origine et en plus par
engagement politique au
sein de la même
nationalité. L'évaluation
et l'histoire de chaque
pays, ses coutumes, ses
traditions... jouent un
rôle important.
L'immigration de l'Est
et du centre de la Turquie
est dominante. Les différences
culturelles, linguistiques
et ethniques sont importantes.
De ce fait « les
Turcs constituent une
communauté très
divisée à
l'intérieur et
très fermée
à l'extérieure
». La Turquie possède
une richesse culturelle,
ethnique et religion au
sein de sa population.
Cette diversité
se transpose également
en France. Les membres
de la communauté
de la Turquie sont de
toutes origines, régionales,
sociales, ethniques et
confessionnelles mais
aussi de tous horizons
politiques. Cette immigration
bien qu'elle soit nourrie
de laïcité
et de jacobinisme est
contesté aujourd'hui,
par l'intégrisme
religieux et de nationalisme
kurde.
| Ethnicité,
identité culturelle |
Confession,
croyance |
| Turc |
Sunnite |
| Kurde |
Alévite |
| Laz |
Catholique |
| Caucase |
Orthodoxe |
| Asurien |
Juif |
| Arménien |
Chiite |
| Arabe |
Dans
cette démarche,
nous avons constaté
les plus riches diversités
d'approches possibles
des partenaires (enseignants
et parents) qui s'unissent
sur un seul point : la
réussite scolaire
de l'élève.
L'essentiel de cette diversité
qui devient problématique
est dû à
une méconnaissance
mutuelle : les parents
ne maîtrisent pas
le système scolaire,
son fonctionnement, et
l'école de manière
générale
ne connaît pas les
références
et les codes culturels
des parents concernant
l'école.
DIFFICULTES
- LA PEUR DES PARENTS
- LEURS ATTENTENT
Les
parents, étant
donnée leur origine
étrangère,
parlent peu le français,
ignorent la culture et
le fonctionnement du système
scolaire français.
Ils ne sont pas en mesure
d'apporter un soutien
scolaire et de créer
chez l'enfant l'ambition
de la réussite.
Les parents qui parlent
difficilement le français
ont peur de montrer cette
difficulté, d'être
mal appréciés,
d'être vus comme
des parents qui ne seraient
pas en mesure d'assumer
leurs responsabilités
éducatives. Ils
pensent ne pas être
reconnus dans leurs différences
(avec leurs difficultés
aussi). Garder ses distances
avec l'école permet
d'éviter l'angoisse
provoquée par la
relation entre détenteur
du savoir et parents démunis.
Un immigré, en
intériorisant une
image négative
de lui-même et de
son groupe, « peut
appréhender qu'une
telle interaction ne le
renvoie à son appartenance
minoritaire et à
l'ensemble des stéréotypes
véhiculés
sur le groupe auquel il
est identifié »,
sans parler des sentiments
liés à leur
propre échec scolaire
et la frustration. Ces
parents n'accordent aucune
importance aux apports
de l'école en matière
d'ouverture d'esprit,
de culture générale
ou d'épanouissement
relationnel (lire des
B.D., des magazines ou
des romans est mal supporté
par les parents).
Un certain nombre de parents
(maghrébins, turcs),
en particulier des pères
imprégnés
par un héritage
religieux et culturel
très conservateur
en matière de condition
féminine, n'arrive
pas à gérer
positivement la disparité
culturelle. Souvent les
grands frères reproduisent
davantage cette attitude
par rapport à leurs
surs. D'autres parents
se sentent coupables et
faibles parce qu'ils n'ont
pas pu assurer la transmission
du modèle (être
incapable d'élever
ses enfants dans la tradition).
Ils utilisent la violence
physique. Ils souhaitent
retrouver une harmonie,
échapper à
la confusion, et pour
cela, ils se tournent
vers la religion. Il n'est
pas rare que ces difficultés
soient à l'origine
d'un repli sur soi-même
qui peut se traduire par
une « religiosité
exacerbée »,
accompagnée d'un
renforcement du contrôle
des filles et de la femme.
Ils sont nombreux à
ne pas montrer leur opposition
aux valeurs modernes tant
que celles-ci ne concernent
pas l'honneur familial
qui dépend du comportement
sexuel de la jeune fille.
Ils sont rigides à
propos de l'émancipation
des femmes. Le fait qu'une
jeune fille puisse avoir
une vie privée
en dehors du mariage peut
être l'objet de
conflits très sérieux.
Le décalage normatif
entre les parents et les
enfants produit des conflits
intergénérationnels.
Certains parents s'efforcent
d'accepter la transformation
des murs et des pratiques
culturelles dans leur
entourage, mais d'autres
s'enferment et se durcissent
davantage.
Nous avons rencontré
aussi des parents animés
par le souhait de voir
leurs enfants réussir
et s'intégrer.
Ils ont fait le choix
de leur « épargner
» un héritage
culturel, religieux et
linguistique. Ces parents
sont essentiellement d'origine
urbaine. Souvent, ils
quittent leur quartier
d'HLM pour éviter
à leurs enfants
« les mauvaises
» fréquentations
qui pourraient déboucher
sur l'échec scolaire.
La plupart d'entre eux
ne savent ni lire ni écrire,
non seulement en français,
mais aussi dans la langue
apprise au pays d'origine.
Ils montrent le plus souvent
une incapacité
à se projeter dans
l'avenir, à élaborer
une stratégie claire
pour la famille, stratégie
où serait inscrite
la réussite scolaire
des enfants. L'institution
scolaire est pour eux
un univers méconnu,
étranger tant dans
son fonctionnement que
dans ses programmes. Pour
eux, l'institution scolaire
doit assumer toutes les
tâches d'éducation
et d'enseignement. Ils
souhaitent la réussite
scolaire de leurs enfants,
mais démunis des
moyens et de « capacités
», leur participation
restent très limitée
: ils rappellent de temps
en temps à l'enfant
son devoir scolaire et
de ce qu'on attend de
lui. Certains parents
expriment leur conviction
que leurs enfants ne sont
pas en mesure de réussir.
Car pour eux la scolarité
(étude, langue)
est une question qui concerne
les enfants des autres,
ceux des riches, des intellectuels,
des Français.
Ils valorisent la connaissance
en général
et un respect pour le
corps enseignant. Cette
représentation
de l'enseignement a été
construite au pays d'origine
et concerne l'école
de celui-ci. Est-ce le
même rapport qui
est maintenu avec celle
de la société
d'accueil ? Ils entretiennent
une attitude « ambivalente
envers le système
scolaire français
». D'une part, ils
estiment que l'école
peut préparer à
une meilleure insertion
socioprofessionnelle,
mais d'autre part, ils
pensent qu'elle risque
de creuser le fossé
entre eux et leurs enfants
en raison du contenu qu'elle
livre et des valeurs qu'elle
transmet.
Ils se rendent compte
que sur la catégorie
« immigrés
» sont projetés
de multiples stéréotypes
et fantasmes (démissionnaire,
analphabète, délinquant,
échec scolaire...).
Non-implication
des parents dans la scolarisation
de leurs enfants : on
peut l'expliquer essentiellement
par la non maîtrise
de la langue française,
par la méconnaissance
du mécanisme scolaire,
de son fonctionnement
et par les difficultés
à se positionner
en tant que partenaire
éducatif.
Surtout au sein de la
communauté turque,
le problème majeur
est la langue française.
La communauté turque
est la plus grande communauté
par le nombre en Alsace,
également la seule
communauté qui
« parle difficilement
ou pas du tout »
le français et
85% comprennent «
difficilement les informations
à la télévision
» 7.
D'autre part, le rôle
de l'école et le
rôle des parents,
les attentes, l'organisation
et le fonctionnement de
l'école, la discipline
et le respect des écoles
françaises ne correspondent
pas à leurs références
par rapport à l'école.
Car leur image de l'école
s'est construite à
partir de l'école
qu'ils ont fréquentée
en tant qu'élève
et parfois en tant que
parent dans leur pays
d'origine.
Discipline
et respect des différents
critères : laxisme
Les
parents ont l'impression
que cette notion de respect
dû à l'autorité
et à tout adulte
n'est pas transmise par
l'école. Car les
sociétés
des pays d'origine ont
tendance à être
des sociétés
rigides où le respect
dû à l'autorité
est très pesant
et fait partie intégrante
de l'éducation
de l'enfant. Surtout ils
se réfèrent
aux pratiques des pays
d'origine de leur époque.
Les enseignants utilisaient
jusque récemment
la « baguette »
magique pour intervenir
et punir physiquement.
Regardons les constats
de ces enseignants qui
étaient en Turquie
en 1992. « Il se
dégage l'impression
d'une fourmilière
où règne
une ferme discipline.
Les uniformes bleus sont
de rigueur. Pas de cohue,
de bagarres ou de désordre
lors des déplacements.
Les classes sont surchargées,
trois enfants par banc.
L'enseignant donne, l'élève
reçoit et enregistre.
Les enfants sont polis,
respectueux... Nous sommes
loin des climats tendus
de nos écoles »
8.
D'autre part, ces parents
ne connaissent pas l'école
de l'intérieur.
Leur connaissance des
relations au sein de l'école
est souvent limitée
à une vue extérieure,
récréation
ou entrée et sortie
d'école. Le fait
de voir les enfants trop
dynamiques, criant, courant
et lançant des
gros mots est considéré
comme une atmosphère
d'anarchie où il
n'y a pas de respect et
de discipline. Ils ne
peuvent appréhender
ce qui se passe à
l'intérieur des
salles de classe.
En ce qui concerne le
pays d'origine, on pourrait
parler d'un contrôle
social car chaque adulte
peut encore intervenir
auprès d'un enfant
qui aurait transgressé
les règles. Les
parents turcs pensent
bien souvent que l'école
française est quelque
peu laxiste sur les questions
de discipline et de respect.
Leur souhait est qu'une
discipline ferme soit
appliquée et ils
sont prêts à
soutenir l'enseignant
à condition qu'elle
soit valable pour l'ensemble
des élèves.
D'après eux, le
bon enseignant doit se
faire respecter et avoir
des règles de discipline
stricte.
Organisation
et fonctionnement de l'école
Il
faut rappeler que l'immigration
en Alsace est essentiellement
d'origine rurale. Les
immigrés viennent
des campagnes et des villages.
Dans un contexte villageois,
les relations avec l'instituteur
sont quotidiennes et non
formalisées. On
le croise régulièrement
et on peut aborder toutes
sortes de questions liées
aussi bien à la
scolarité de l'enfant
qu'à la vie du
village. Il a une place
reconnue dans la vie du
village. C'est un interlocuteur
privilégié,
une référence
qui reste parfaitement
accessible et disponible.
En France ce n'est plus
le cas. Pour pouvoir discuter
avec l'enseignant, il
faut prendre rendez-vous.
Les parents qui ne maîtrisent
pas assez la langue française
ne peuvent faire cette
démarche, surtout
par téléphone.
Prendre le rendez-vous
signifie s'organiser à
l'avance, faire un planning.
Quand on sait que dans
le milieu populaire turc
ou maghrébin on
vit presque au jour le
jour et que planifier
d'avance n'est pas encore
dans la coutume, on arrive
à mieux comprendre
pourquoi le fonctionnement
scolaire en France est
perçu comme «
bureaucratique ».
L'école est assimilée
à une administration
d'État. Franchir
la porte d'une telle institution
n'est pas aisé.
En turc, on parle de «
Devlet Kapisi - La porte
d'Etat » qui traduit
la peur de rentrer dans
un monde qu'on ne maîtrise
pas. D'autant plus que
les relations des immigrés
avec les administrations
en France, du fait de
leur situation (difficultés)
sont loin d'être
agréables. Elles
sont parfois conflictuelles.
Ceci peut expliquer aussi
ces réticences.
Lors des réunions,
j'ai rencontré
des parents qui disaient
que les enseignants n'étaient
pas assez ouverts pour
les accueillir. Un papa
turc de Colmar qui se
rend à l'école
dans une classe sans rendez-vous
est invité par
l'enseignante à
prendre un rendez-vous
pour discuter. Le papa
en question refait la
même chose quelque
temps plus tard. L'enseignante
redit la même chose
en disant qu'elle ne peut
le recevoir que pendant
un temps hors scolaire.
Le papa perçoit
cette attitude d'enseignante
comme un refus de dialogue
et un non-respect à
son égard. Il claque
la porte en accusant l'enseignante
d'être raciste.
Lors d'une réunion,
il disait qu'en Turquie,
on dit : « même
si ton ennemi ouvre ta
porte, tu ouvres tes bras
».
D'autre
part, en Turquie, une
partie des élèves
ne vient que le matin,
l'autre l'après-midi.
Cela fait cinq heures
d'enseignement effectif
par jour pendant cinq
jours de la semaine. Le
samedi est considéré
avec le dimanche comme
le jour familial. Là-bas,
les écoles font
plusieurs récréations
durant la matinée
ou l'après-midi.
Ceci aussi permet aux
enseignants de recevoir
des parents.
Il est possible de prolonger
ces listes de points soulevés
par des parents et des
enseignants. L'absence
de suivi, de dialogue
et de soutien est un problème
réel des parents
qui a des conséquences
directes sur la réussite
scolaire de leurs enfants.
S'ils n'arrivent pas à
accomplir ce travail,
c'est que le problème
linguistique, le niveau
socioculturel et la méconnaissance
du système scolaire
jouent un rôle primordial.
L'ensemble des parents
considère que l'école
est importante et souhaite
que leurs enfants puissent
réussir, mais sans
se mobiliser pour favoriser
ce souhait. Beaucoup de
parents m'ont confirmé
que dès que l'enfant
rentre de l'école,
il lance son cartable
dans la chambre et il
sort pour jouer. Le soir,
c'est pour manger, regarder
la télé
(jusque tard) et se coucher.
Les parents ont des attentes
très fortes à
l'égard des enfants,
des enseignants et de
l'école française
dans son ensemble.
Nous devons agir pour
favoriser progressivement
l'intégration des
personnes en étant
attentifs à leurs
difficultés, dans
l'équilibre entre
la vie publique et la
vie privée. Car
la difficulté à
maîtriser le français
est importante pour beaucoup,
surtout pour l'immigration
la plus récente
et tout particulièrement
pour les mères.
La moitié des mères
algériennes (19%
des pères) déclarent
parler difficilement ou
pas du tout le français.
Le taux est de 30% chez
les Portugaises et monte
à 93% chez les
Turques. Une large majorité
des parents maghrébins
et turcs (84%) et des
portugais dit se sentir
« très souvent
dépassée
pour aider » leurs
enfants pour leurs devoirs.
Les contacts avec les
établissements
scolaires sont rares :
38% des Portugais, 24%
des Algériens,
64% des Turcs et 15% des
Français ne rencontrent
pas les enseignants.
Pourtant l'abandon progressif
de la langue d'origine
et le choix du français
pourra apparaître
comme un signe d'intégration.
LANGUE
D'ECOLE - LANGUE DES PARENTS
Lors
de relations directes
ou indirectes, il est
très important
d'avoir d'un langage adapté
et compréhensible
par le public visé.
Par exemple, il n'est
pas suffisant de parler
et de faire traduire l'information
concernant l'orientation
où les classes
spécialisées
si ces structures n'existent
pas dans les références
culturelles et scolaires
des parents (c'est le
cas des parents turcs).
Donc l'explication du
contexte et du contenu
s'impose pour que le message
soit compréhensible.
Le langage « codé
» de l'école
n'est pas forcément
le mieux adapté
aux réalités
des parents du milieu
populaire surtout d'origine
immigrée. Il ne
faut pas perdre de vue
que ces parents peuvent
avoir des références
scolaires tout à
fait différentes,
d'où l'importance
de maîtriser leurs
acquis dans ce domaine,
d'adapter son discours
et son attitude pour faire
comprendre le message
et développer un
partenariat. Nous essayons
de sensibiliser les équipes
pédagogiques à
ce type de décalages
pour que le travail de
partenariat se réalise
dans des bonnes conditions.
LETTRES
D'INVITATION ET D'INFORMATION
Toutes
les rencontres et toutes
les réunions avec
les parents d'origine
turque sont précédées
de lettres rédigées
en français et
en turque. Ces lettres
donnent l'information
concernant l'objet de
la réunion, les
noms et les titres des
participants, ainsi que
la présence du
médiateur qui facilitera
la compréhension.
Le langage de ces courriers
et la manière de
dire les choses nous semble
importants pour que les
parents se sentent interpellés,
à l'aise et désireux
de venir.
Quand les parents ne réagissent
pas aux lettres d'invitation
-car les lettres sont
détournées-,
les contacts téléphoniques
deviennent alors un moyen
efficace comme outil d'invitation
à une rencontre.
Outre ces lettres d'invitations
concernant les réunions
et les rencontres, le
médiateur est aussi
sollicité par les
établissements
scolaires pour traduire
des documents (orientation,
règlement intérieur...)
à destination des
parents.
MANQUE
DE REFERENCES
Les
structures et les activités
pour lesquelles les parents
n'ont pas de références.
Nous
avons en France des structures
(école maternelle...),
des activités (classe
verte, découverte,
piscine..., jeux éducatifs...)
et des intervenants scolaires
(psychologue scolaire,
éducateur, conseiller
d'orientation...) qui
ne sont pas connus par
ce public dans le pays
d'origine. Il est très
important d'expliquer
le rôle, l'importance
et la nécessité
de ces structures et des
intervenants aux parents.
Ecole
maternelle
D'une
manière générale,
l'immigration en Alsace
n'a pas de référence
antérieure à
l'école maternelle
avant d'arriver en France.
Depuis leur arrivée,
l'école maternelle
peut s'être développée
dans le pays d'origine,
mais ils ne l'ont pas
connue à leur époque
en tant qu'élève
ou en tant que parent.
Car les écoles
maternelles qui existaient
dans leur temps étaient
peu nombreuses et elles
ne se trouvaient que dans
les grandes villes et
étaient payantes.
Ceci est le cas des Turcs,
Marocains, Tunisiens,
Algériens (sauf
pour ceux qui sont venus
des grandes villes) et
les migrants du Sud-Est
asiatique.
De
ce fait, un travail d'information
et de valorisation du
rôle de l'école
maternelle prend une importance
non négligeable
sur le terrain.
Voici quelques points
à prendre en compte
dans ce travail :
· pour les parents,
l'école ne commence
qu'à 7 ans même
si dans le pays d'origine
l'école est comme
en France, le chiffre
7 est repéré
dans le milieu populaire
comme étant l'âge
de l'école. Avant
7 ans, l'enfant est considéré
comme un bébé
qui n'a pas à fréquenter
une structure dite «
école ».
· un fort sentiment
de maternité de
la part des mères
qui ne font pas confiance
aux « autres »
qu'ils soient enseignants
ou non. La séparation
avec l'enfant devient
dramatique pour celui-ci,
mais surtout pour la mère.
· expliquer l'importance
des jeux éducatifs
dans l'apprentissage avec
les exemples en les montrant.
Faire comprendre que la
future réussite
scolaire de leurs enfants
réside dans les
jeux effectués
à l'école
maternelle.
· l'école
maternelle est souvent
la première structure
où l'enfant est
confronté à
une autre langue que la
langue maternelle.
De
ce fait :
1. dans un premier temps,
comme il ne maîtrise
pas le français,
l'enfant ne veut pas venir
à l'école,
il se sent exclu. Sa situation
nécessite une attention
particulière de
la part de l'enseignant.
2. les enfants qui maîtrisent
la même langue se
rencontrent et ils créent
un ghetto de copains de
même origine, donc
ils ne sentent pas forcément
l'intérêt
de s'investir, certains
refusent d'apprendre et
de parler le français.
3. un enfant qui ne fréquente
pas régulièrement
l'école maternelle
est en situation d'échec
à l'école
élémentaire
(au moins au niveau du
français). Dans
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