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Pour
certains, les candidats
à la dernière
élection présidentielle
ont profondément
ignoré la question
de l'immigration. Cette
remarque étonne
après l'affirmation
contraire lors d'élections
antérieures où
l'immigration semblait
trop occuper la scène
politique. Mais s'agit-il
d'un phénomène
réel ou d'une question
de perception ? Touche-t-il
de la même façon
toutes les formations
politiques ? L'analyse
des programmes et professions
de foi des quatre dernières
élections (législatives
de 1993, européenne
de 1994, présidentielle
et municipales de 1995)
permet de se faire une
idée plus précise.
LES
ELECTIONS LEGISLATIVES
DU 21 MARS 1993
La
présente analyse
porte sur les professions
de foi, obtenues de manière
empirique, des 762 candidats
de 82 circonscriptions
dans 34 départements.
De ces 762 candidats,
551 soit 72,3% n'ont pas
employé, dans leur
profession de foi, les
mots immigration, immigrés,
immigrants ou étrangers
(Tableau I). En regroupant
les partis par grandes
familles politiques, il
apparaît que la
gauche (27 citations pour
272 professions de foi),
les écologistes
(15 pour 185), les divers
(6 pour 56) emploient
peu ces mots, la droite
(117 fois sur 167 professions
de foi) et surtout l'extrême
droite (937 fois pour
82 candidats) en fait
un usage plus important
.
En
considérant les
organisations présentes
dans pratiquement toutes
les circonscriptions étudiées,
ce qui correspond aux
« gros partis »
qui ont une audience nationale,
cela donne : FN 937 pour
82 candidats, UPF 77 citations
pour 87 (dans certaines
circonscriptions, deux
candidats se recommandaient
de la même orientation,
UPF, UDF ou RPR), Entente
des Ecologistes 4 pour
82, PS 1 pour 79 et PC
0 pour 80.
Pour
le FN, la profession de
foi,pratiquement la même
dans la plupart des circonscriptions,
tourne autour du thème
: « les Français
d'abord ». Ainsi,
il propose de donner la
priorité aux Français
pour les emplois, l'aide
sociale, les logements,
de créer, pour
les familles françaises,
le revenu parental et
un chèque scolaire,
de lutter contre la pauvreté
des Français par
une allocation nationale
de solidarité.
Quant aux immigrés,
au nombre de « 7
millions », il faut
organiser leur retour
chez eux, abroger la carte
de 10 ans, réformer
le code de la nationalité,
expulser les délinquants
et les clandestins, séparer
leur caisse de sécurité
sociale. Il faut combattre
l'immigration, le chômage,
l'insécurité...
Les mots immigration,
immigrés ou étrangers
apparaissent en moyenne
11,4 fois, la préférence
nationale 7 fois, les
mots France ou Français
16 fois dans la profession
de foi type. Mais le FN
est largement battu par
un candidat de la XIX°
circonscription de Paris
dont la profession de
foi est exclusivement
consacrée à
l'immigration ; les mots
immigrés-immigration
apparaissant 26 fois chez
ce candidat, président
de l'association «
Trop d'immigrés
- la France aux Français
», secrétaire
général
de l'association nationale
« Contre le vote
des immigrés ».
Celui ci ne manque pas
de citer les bons auteurs
dont Giscard d'Estaing
: « Immigration
ou invasion ? Le type
de problème auquel
nous aurons à faire
face se déplace
de celui de l'immigration
vers celui de l'invasion.
Il faut revenir à
la conception traditionnelle
de l'acquisition de la
nationalité française
par le droit du sang »
(Le Figaro, 21/09/1991).
Michel Poniatowski : «
Cette invasion, en effet
prévisible, doit
être rejetée.
Il y va de notre propre
survie. Nous allons vers
des Saint Barthélémy
si l'immigration africaine
n'est pas strictement
contrôlée,
limitée, réduite
et expurgée »
(Que survive la France,
décembre 1990).
Alain Peyrefitte : «
Pourquoi conserve-t-on
des immigrés comme
chômeurs de longue
durée alors que
leur chômage constitue
une lourde charge pour
la communauté nationale,
une incapacité
de s'assimiler, sans parler
de l'incitation à
la délinquance
?... Pourquoi 150 000
demandeurs d'asile déboutés
de leur demande n'ont
ils pas été
reconduits aux frontières
mais demeurent sur notre
territoire ?... Pourquoi
perpétuer l'erreur
dont en 15 ans on a démontré
la gravité, le
regroupement familial
? » (La France en
désarroi, novembre
1992). Jacques Chirac
: « L'augmentation
de l'immigration nourrit
la délinquance
» (Le Figaro, 20
février 1993).
Le commissaire divisionnaire
C. Pellegrini : «
Voir débarquer
des bandes de zoulous
dans des quartiers tranquilles
va devenir monnaie courante
» (Demain la guerre
civile, décembre
1992).
Les
candidats de l'AP (Alliance
populaire), s'ils n'ont
pas la même obsession,
ont cependant des positions
qui ne sont pas très
éloignées
de celles du FN. Ils veulent
aussi donner la priorité
aux « nationaux
Français »
avec un revenu parental
pour les familles françaises
dès le premier
enfant et la mise en place
d'une politique de l'immigration
claire et cohérente
: instauration des quotas,
intensification de la
lutte contre l'immigration
clandestines, refus de
la société
pluriculturelle, serment
d'allégeance et
de fidélité
à la nation...
Proche
aussi, l'UDI (Union des
indépendants) qui,
dans la profession de
foi commune à la
plupart de ses candidats,
écrit sous le titre
Immigration : «
Aujourd'hui, la France
ne peut plus fournir du
travail à la terre
entière (dixit
le socialiste Michel Rocard).
Demain, avec l'UDI, exigeons
une politique de fermeté
concernant les travailleurs
clandestins, les passeurs
ainsi que les dirigeants
des sociétés
utilisatrices de cette
main d'oeuvre ».
Et dans le paragraphe
Insécurité
: « expulsion des
délinquants étrangers
récidivistes condamnés
à plus de 6 mois,
expulsion définitive
à l'exécution
de la peine vers leur
pays d'origine des délinquants
étrangers condamnés
à 12 mois ».
Mais certains candidats
ne se satisfont pas de
cette plate-forme. L'un
reprend des thèmes
bien connus : 4,5 millions
de chômeurs, 4,5
millions de travailleurs
étrangers. «
Rien ne pourra être
réussi contre le
chômage, la pauvreté,
l'insécurité
tant que nous n'aurons
pas pris des mesures humaines
mais énergiques
contre une immigration
excessive, ruineuse et
que plus rien ne justifie.
Tout en respectant les
étrangers vivant
en France en situation
régulière
et justifiant d'un emploi
ou de revenus légaux,
il est indispensable de
: procéder à
l'expulsion effective
et non symbolique des
clandestins, remettre
les délinquants
aux autorités de
leur pays d'origine, rapatrier
dans leur pays d'origine
les travailleurs étrangers
sans emploi, réviser
le code de la nationalité
en donnant la priorité
au droit du sang. Ces
mesures déjà
en application dans tous
les pays industrialisés
permettraient en quelques
années de réaliser
une économie de
15 milliards de francs
».
Pour
une autre, la France doit
rester une terre d'asile
mais les clandestins et
tous ceux qui ne se plient
pas à ses lois
doivent la quitter rapidement.
Il y a même un original
qui veut combattre le
racisme, l'antisémitisme
et la xénophobie
et enseigner les Droits
de l'homme à l'école.
Mais, la profession de
foi note bien : «
Notre candidat est originaire
d'un département
d'outre-mer ». «
Le projet de l'Union pour
la France » (UPF),
le programme commun du
RPR et de l'UDF pour les
élections législatives,
consacre une partie du
chapitre « Reconstruire
l'Etat et partager les
responsabilités
» à la maîtrise
de l'immigration. Il demande
l'application stricte
des lois existantes, bafouées
par le gouvernement socialiste,
des contrôles efficaces
aux frontières
et sur le territoire national,
il propose d'abolir les
lois Joxe sur les reconduites
à la frontière
et assurer l'exécution
des décisions prises,
de mettre fin aux détournements
« manifestes »
de procédure pour
les mariages mixtes et
les demande d'asile, ainsi
qu'aux « situations
contraires à notre
droit et à nos
traditions, telle que
la polygamie »,
d'accentuer la répression
du travail clandestin,
de réformer le
regroupement familial
et le code de la nationalité.
Par ailleurs, il affirme
la nécessité
de développer les
économies des pays
les plus pauvres dans
le souci d'éviter
à leurs habitants
d'être poussés
à émigrer.
En fait, dans les professions
de foi des candidats de
la droite, seuls 2 thèmes
sont repris avec constance
: la maîtrise de
l'immigration (34 fois)
et la lutte contre le
travail clandestin (27
fois). Même la réforme
du code de la nationalité
qui était déjà
engagée au Sénat
et que la droite devenue
majoritaire s'est empressée
de mener à bien
n'est signalée
que par 10 des 87 candidats.
Les autres questions ne
sont abordées que
de façon marginale
: intégration (4
fois), application des
lois existantes, droit
d'asile, délinquance
(3 fois), entrée
et séjour, cohésion
nationale, exécution
des décisions,
identité nationale,
cartes infalsifiables,
regroupement familial
(2 fois).
La
tonalité varie
cependant d'une profession
de foi à l'autre.
Si certains ne disent
rien, d'autres sont plus
prolixes. Ainsi tel candidat
sous le titre «
Un Etat qui maîtrise
l'immigration »,
affirme : « Nous
sommes résolument
contre une société
à l'image du Liban.
On sait comment cela finit.
Les décisions de
justice rendues à
l'encontre d'étrangers
en situation irrégulière
doivent être exécutées.
Il est inadmissible que
le droit des femmes, le
statut de la famille,
le code civil soient bafoués
par des étrangers
vivant en France ».
Un autre, sous le même
titre : « La France
ne peut plus être
une terre d'immigration.
Il faut revenir à
la loi Pasqua-Pandraud
pour lutter contre l'immigration
clandestine et rendre
notre pays moins attractif.
Il faut limiter le regroupement
familial, proscrire les
mariages blancs, la polygamie.
Il faut remettre en chantier
la carte d'identité
infalsifiable dont le
gouvernement socialiste
n'a pas voulu... Est-ce
normal de trouver sur
notre autoroute une camionnette
remplie d'étrangers
clandestins ? »
Un autre : « Prévenir,
c'est ne pas héroïser
les voyous, notamment
quand ils sont maghrébins,
toxicomanes ou récidivistes,
ainsi que le font systématiquement
certains médias
et les partis de "gauche"...
La nationalité
française ne doit
pas être une défroque
que n'importe qui puisse
acquérir au rabais,
quitte à la jeter
aux orties quand cela
lui plaît par exesmple
pour aller faire son service
militaire dans l'armée
du FLN ».
Dans
son « Contrat pour
la France 1993-1998 »,
le P.S. consacre quelques
lignes à l'immigration
dans le paragraphe «
Des règles pour
la vie publique ».
Il préconise de
faire respecter les principes
fondamentaux de la République,
c'est à dire la
laïcité, la
liberté des cultes
et les lois réprimant
le racisme et l'antisémitisme,
de maîtriser les
flux d'immigration, de
lutter contre le travail
clandestin et les détournements
de procédure, de
préserver la tradition
du droit d'asile politique.
Des 79 candidats du PS,
un seul emploi le mot
immigration : «
maîtriser l'immigration
en développant
le dialogue nord-sud ».
Même si quelques
rares candidats rappellent
leur attachement aux Droits
de l'homme, à la
tolérance et affirment
leur opposition aux exclusions
et au racisme...
Quant
aux candidats du P.C.,
la plupart reprennent
les mêmes thèmes,
aucun ne souffle mot de
l'immigration même
si plusieurs dénoncent
le racisme (7 cas). Pourtant,
le programme du PC est
clair. Ainsi, dans «
Six propositions pour
la France », au
chapitre « démocratie
» : « Combattants
de toujours contre le
racisme, l'antisémitisme
et la xénophobie,
nous exigeons l'application
rigoureuse de la loi antiraciste
adoptée sur proposition
des députés
communistes. Dans cet
esprit, une politique
d'égalité
de droits et de devoirs
vis à vis des immigrés
installés en France
doit être menée
notamment en facilitant
l'acquisition de la nationalité
française, avec
le droit de vote aux élections
locales et européennes
après cinq ans
de présence en
France, et en liaison
avec une maîtrise
nationale, démocratique
et solidaire de l'immigration.
Celle-ci passe par l'action
pour stopper l'exode de
la misère que provoque
le pillage des ressources
du tiers-monde ».
Mais les électeurs
n'en sauront rien.
Parmi
les candidats de l'Entente
des écologistes,
4 seulement emploient
les mots immigré-immigration-étranger
: l'une se demande si
l'insécurité
et l'immigration sont
bien traitées.
Les autres affirment :
droit de vote aux élections
locales pour les étrangers
résidents depuis
plus de 5 ans, vote des
étrangers aux élections
locales après cinq
ans ou droit de vote des
résidents étrangers
aux élections locales.
Ils ne sont cependant
pas les seuls à
parler du droit de vote,
neuf autres y sont favorables
en employant des formulations
diverses : garantie pour
chaque personne vivant
dans notre pays d'exercer
ses droits civiques, possibilité
d'intervenir en permanence
dans les choix des décisions
qui engagent la vie publique
ou en garantissant des
droits fondamentaux et
civiques de tous celles
et ceux qui vivent dans
notre pays, droit de vote
pour tous les résidents
ou élargissement
du droit de vote à
tous les résidents
quelle que soit leur nationalité
ou possibilité
pour tous les citoyens
vivant sur le territoire
d'être associés
aux décisions qui
les concernent, participation
de tous les habitants
à la vie locale.
Plusieurs sont aussi préoccupés
par le racisme et surtout
par le développement
du tiers-monde.
Parmi
les listes qui ont touché
un nombre significatif
de circonscription de
l'échantillon,
Les nouveaux écologistes
et Lutte ouvrière
ont envoyé la même
profession de foi dans
respectivement 64 et 48
circonscriptions, elles
ne portaient de façon
directe ou indirecte aucune
proposition sur l'immigration.
Il en était de
même pour des listes
moins présentes
comme celles du Parti
des travailleurs ou du
Parti de la loi naturelle
qui voit l'identité
nationale dans l'unité
dans la diversité
et veut vivifier toutes
les traditions culturelles
et religieuses tout en
maintenant l'intégrité
de la nation française.
Ou le CNI qui souhaite
une France forte qui inspire
en Europe et dans le monde,
le respect que méritent
ses traditions, son identité
et les qualités
profondes de son peuple.
Les
quelques représentants
du Mouvement des démocrates
ne font aucune allusion
à l'immigration.
Pourtant, dans «
Références
et objectifs »,
sous le titre «
Une France accueillante
», ils affirment
: « De tous temps,
les flux migratoires ont
accompagné l'histoire
des hommes. Notre civilisation
est le produit du mélange
des diverses populations
qui se sont succédées,
sur notre sol, au cours
des âges. L'assimilation
a été, jusqu'ici
une constante réussite
et celle-ci peut être
maintenue. Notre pays
doit faciliter l'intégration
à la nation française
de communautés
qui sont appelées
à vivre parmi nous
notamment, en améliorant
leurs conditions de vie
et d 'éducation,
en facilitant les conditions
d'accès à
la nationalité
française qui impose
des droits et des devoirs,
en ayant le courage d'affronter
le problème de
l'immigration clandestine
organisée par des
intermédiaires
qui exploitent des étrangers
sans défense est
sans protection et de
surcroît consentants.
L'octroi du droit de vote
aux étrangers,
pour les élections
locales, doit être
étudié dans
la perspective de la construction
européenne. La
tradition du droit d'asile
en France doit être
respectée, aussi
bien par ceux qui en bénéficient
que par ceux qui l'administrent.
La lutte contre le "terrorisme
international" ne
peut justifier les manquements,
toujours possibles, aux
règles et à
l'inspiration de l'état
de droit. Les étrangers,
comme les Français,
doivent bénéficier
dans notre pays de toutes
les garanties judiciaires
». Mais, tous ces
points sont absents des
professions de foi.
Sur
les vingt candidats de
l'Union pour la démocratie
et l'écologie,
une seule avance des propositions
sur l'immigration. Sous
la rubrique Démocratie
réelle... «
en écoutant et
donnant des droits à
ceux qui sont exclus du
jeu actuel : enfants,
immigré-e-s, personnes
âgées, jeunes...
Droit des minorités
: respect de toutes les
langues et de ces minorités
qu'elles soient le fait
de l'âge, "ethnico-culturelles"
ou régionales...
Dialogues et laïcités
: Dans ces temps de monte
de l'intolérance
, du "racisme",
notre campagne se veut
aussi un témoignage,
pour la démonstration
du plaisir pris dans une
communication à
dimension multiculturelle...
»
Pour
le Mouvement des citoyens,
il n'est pas question
d'immigration alors que
le relations avec le tiers
monde sont traitées
dans pratiquement toutes
les professions de foi.
L'immigration apparaît
cependant dans deux candidatures
atypiques présentées
en association avec Solidarité
Ecologie. Dans l'une :
« Le refus de l'exclusion
xénophobe et raciste,
l'intégration des
immigrants, le code de
la nationalité,
l'entrée des jeunes
dans la vie active, la
retraite, la santé...
les drogues sont des questions
dont la signification
politique est évidente
et dont le débat
démocratique ne
peur être confisqué
par la télévision
et les experts ou les
soi-disant tels... »
et dans l'autre : «
Pour l'égalité
des droits, contre la
montée de Le Pen...
Dans le cadre de nouveaux
progrès démocratiques,
élargir le droit
de vote aux résidents
étrangers ».
Sur
les 11 candidats de Solidarité
Ecologie Gauche Alternative,
trois seulement emploient
le mot immigrés,
mais huit abordent les
questions du racisme,
la montée de l'intolérance
ou le droit de vote. Un
veut l'élargir
à tous les résidents,
un autre aux résidents
non communautaires, aux
sans domicile fixe, aux
personnes résidant
sur le sol français,
un troisième se
prononce pour le droit
de vote, d'être
élu, le maintien
du droit d'asile, l'interdiction
de toute discrimination.
Dans un département
les deux professions de
foi sont superposables
: « L'absence d'emploi
créée le
chômage et la pauvreté
pousse à l'exclusion,
à l'intolérance
et au racisme... Pour
moi une société
solidaire, c'est aussi
le respect de l'Autre,
en permettant à
tout résident permanent
de participer, quelle
que soit sa nationalité,
aux choix démocratiques.
Il s'agit de permettre
à tous et à
toutes d'avoir sa place
dans une société
plus juste ». Ailleurs,
un candidat propose :
« Pour la démocratie
et la citoyenneté
: développer des
structures de concertation
au niveau des quartiers
qui associent les habitants
aux décisions qui
les concernent : étendre
la citoyenneté
à tous les résidents
et un autre : Extension
des droits du citoyen
- quelle que soit sa nationalité
- dans les institutions
locales où se joue
leur vie quotidienne (entreprise,
armée, école,
services publics ou collectivités
territoriales ».
Enfin, un autre rappelle
: « Citoyen, nous
le sommes lorsque nous
déposons un bulletin
de vote. C'est important.
Pourtant, toute une partie
de la population (résidents
non-européens,
sans logis) n'a pas accès
à ce moyen d'expression...
»
Les
15 candidats de «
Vraiment à gauche
» parlent des immigrés
et à peu près
dans les mêmes termes
: « les immigrés
doivent être égaux
en droits, à commencer
par le droit de vote »,
« il ne saurait
y avoir de démocratie
digne de ce nom... sans
droit de vote pour les
immigrés à
toutes les élections...
tous ceux et celles qui
vivent et travaillent
dans un pays doivent y
avoir des droits égaux,
indépendamment
de leur origine confessionnelle,
nationale ou ethnique
», « Le Pen,
c'est vraiment le pire
de tous. Il veut transformer
le désespoir en
haine raciste et imposer
reculs sociaux et régime
totalitaire... »
(dans 11 cas), «
En finir avec les inégalités
qui alimentent le racisme
: égalité
des droits à commencer
par le droit de vote pour
les immigrés »
(3 cas), « Egalité
des droits entre français
et immigrés : Le
droit de vote à
toutes les élections
pour tous ceux qui vivent
en France de leur travail
ou des droits ouverts
par leurs cotisations
sociales » (1 cas)
: « Imposons les
droits des immigrés,
notamment celui de voter
à toutes les élections
» (8 cas). Une profession
de foi est plus personnelle
: un candidat, militant
antiraciste actif en lutte
pour le droit à
l'égalité
civique, pour des papiers
et le droit de vote et
d'éligibilité
pour les étrangers
résidant en France,
affirme : « Face
au racisme, en refusant
le droit de vote aux étrangers,
en refusant les mariages
mixtes à ceux qui
sont en situation précaire
au regard du séjour,
en agitant le spectre
des "clandestins",
on accrédite les
idées racistes
de Le Pen. Ils prétendent
défendre l'intégration,
ils nourrissent en fait
l'exclusion de tous les
étrangers et de
leurs enfants ».
Le
Mouvement des Réformateurs
se dit constitué
de citoyens de toutes
origines, de toutes religions,
de tous milieux, unis
dans le désir de
continuer à vivre
ensemble « le mieux
possible », mais
sans parti pris, sans
exclusion et sans outrance.
Sur 14 candidats, 11 avancent
21 propositions dont la
vingtième est :
« Nous voulons une
politique plus généreuse
et plus efficace d'aide
aux pays du Sud ainsi
qu'aux pays de l'Est et
un contrôle plus
strict des flux migratoires
». Plus prolixe,
il est un candidat réformateur
pour préciser :
« L'immigration,
c'est un problème
qu'il faut traiter avec
le coeur et la raison,
loin des hargnes racistes,
mais loin aussi de l'angélisme
de l'antiracisme de salon.
La France ne peut plus
supporter l'entrée
de 100 000 immigrés
chaque année. Il
faut fermer les frontières
et refouler les clandestins.
On doit accorder la nationalité
française aux résidents
étrangers qui la
demandent. Mais devenir
Français, c'est
accepter la langue, la
culture et les lois françaises,
les droits et les Devoirs
de tous les Français
».
L'échantillon
comprend deux candidats
« Ensemble aujourd'hui
», proche de France
plus. Tous deux, se prononcent
pour l'avènement
d'une politique d'intégration
républicaine, dans
le respect des droits
et des devoirs de chacun,
pour lutter contre toutes
les formes d'exclusion
mais n'avancent aucun
point concernant directement
l'immigration. Sur les
trois régionalistes,
il en est un pour dire
: « Halte à
l'immigration non européenne.
Il est urgent de réformer
le code de la nationalité.
Il ne faut pas accorder
le droit de vote aux immigrés
non européens.
Il faut abroger les décrets
Giscard-Chirac qui autorisent
le regroupement familial.
Il est nécessaire
d'encourager les immigrés
non européens qui
ne peuvent justifier d'un
emploi stable et utile
à la collectivité,
à se réinstaller
dans leur pays d'origine.
Les aides sociales seront
réservées
aux seuls européens
».
Quelle
conclusion tirer de ce
tour d'horizon ? L'immigration
n'est pas un thème
fondamental des élections
législatives de
mars 1993. S'il est présent,
avec une importance variable,
dans le programme de toutes
les organisations, il
apparaît de façon
plus discrète dans
les professions de foi,
à l'exception de
celles du Front national.
Ici, il est le thème
central pour ne pas dire
unique. Les professions
de foi de la droite en
font un usage variable
mais toujours avec une
visée répressive,
allant d'un silence complet
à une tonalité
proche de celle du Front
national. Les accords
de Schengen qui devaient
établir la libre
circulation « si
possible avant le 01 janvier
1990 », ne sont
jamais abordés
par les candidats alors
que leur application était
prévue, au moment
des élections,
pour le 01 décembre
1993 ! Comment vouloir
maîtriser l'immigration,
l'immigration clandestine
sans aborder la question
? Le traité de
Maastricht, signé
le 07/02/1992 et ratifié
par le référendum
du 20/09/1992 n'est jamais
mis en cause, ni pour
demander l'extension du
droit de vote des non-communautaires
aux élections européennes
et municipales, ni pour
contester la participation
des communautaires. S'il
est cité par certains,
c'est pour rappeler leur
opposition à ce
traité, sans aucune
référence
à l'immigration.
Seuls deux candidats de
SEGA veulent la construction
d'une confédération
politique européenne,
démocratique et
ouverte, avec renégociation
du Traité ou d'une
Europe sociale, écologique
et ouverte sur le monde...
En
lisant les professions
de foi de la droite appelée
à gouverner, nul
n'aurait pu prédire
que la réforme
du Code de la nationalité,
cependant engagée
au Sénat avant
les élections,
et les lois Pasqua allaient
être abordées
« en urgence »
dès l'ouverture
de la session parlementaire.
Que la Constitution allait
même être
modifiée à
propos de l'asile politique
! Dans la gauche parlementaire,
c'est le silence - gêné,
honteux ?- complet. De
même que dans certaines
formations d'extrême
gauche. « Àgauche,
vraiment » est la
seule formation à
traiter systématiquement
de la question. Les propositions
les plus intéressantes
sont celles d'une partie
des écologistes
qui reprennent certaines
positions du mouvement
associatif notamment le
droit de vote aux élections
locales en fonction de
la résidence et
non de la nationalité.
Finalement,
la question de l'immigration
est abandonnée
au Front national et à
la droite dure. A gauche,
elle n'est abordée
que par l'extrême
gauche et la partie contestataire
des écologistes.
L'ELECTION
EUROPEENNE DU 12 JUIN
1994
Lors
de cette élection,
sur 16 professions de
foi étudiées,
3 seulement utilisent
les mots immigré-immigration
ou étranger. En
tête, la liste «
Allez la France »
présentée
par le Front national
qui les utilise 6 fois.
Cette profession de foi
qui se flatte d'être
la seule à avoir
le mot France dans son
intitulé, l'utilise
22 fois (France ou Français)
et reprend l'idée
de la priorité
aux Français, de
la défense des
valeurs morales nationales
et familiales... Elle
propose 5 priorités
dont l'inversion de l'immigration,
euphémisme pour
le renvoi des étrangers.
Elle critique l'aspect
« faussement restrictif
des lois Méhaignerie/Pasqua
qui laissent entrer plus
de 130 000 étrangers
par an et rendent impossible
d'expulser des casseurs
algériens et des
clandestins africains
: quand les immigrés
entrent, les emplois sortent
». Elle affirme
que les émeutes
raciales se multiplient
en citant Toulon, Rouen,
Paris, Vaulx en Velin...
et demande que s'organise
la reconquête des
villes, des banlieues
et des campagnes sur l'immigration-invasion.
La
liste de la « Majorité
pour l'autre Europe »,
conduite par Philippe
de Villiers n'utilise
qu'une fois le mot immigration,
accolé à
clandestine, et 6 fois
le mot France, mais traite
de plusieurs façons
de la question. En attaquant
Dominique Baudis dont
la liste entendrait poursuivre
et même accélérer
le démantèlement
des contrôles aux
frontières en application
de l'accord de Schengen
qui ouvrirait davantage
la France à l'immigration
clandestine, à
la drogue et à
tous les trafics criminels...
La « Majorité
pour une autre Europe
» veut une Europe
de la sécurité
avec contrôles aux
frontières, coopération
entre les services de
police et de justice,
mais refuse « l'Europe-passoire
de Schengen ».
Le
« Parti de la loi
naturelle » veut
préserver la spécificité
et la grandeur de la culture
française au sein
de l'Union et se propose
de fonder la politique
étrangère
sur l'aide et la coopération
avec tous les pays pour
développer la paix
et l'autosuffisance et
résoudre ainsi
les problèmes liés
à l'immigration.
La
liste « Régions
et peuples solidaires
» signale la présence
sur sa liste de représentants
des communautés
kurde (6ème place)
et arménienne (9ème
et 19ème places).
Elle se prononce pour
les droits des peuples
et les droits de l'Homme
et oppose aux Etats unificateurs
la recherche de voies
d'un développement
identitaire. Si elle utilise
7 fois le mot France ou
Français, c'est
essentiellement pour demander
que l'Etat français
s'adapte aux réalités
et abandonne sa nature
jacobine.
L'Union
des écologistes
pour l'Europe déplore
la misère des pays
de l'Est et du tiers monde
et se prononce pour une
Europe démocratique
qui garantisse les libertés
fondamentales... et le
plein exercice d'une citoyenneté
européenne dont
le contenu n'est pas explicité.
Sur les 16 professions
de foi, c'est la seule
qui parle de citoyenneté
européenne. C'est
aussi la seule liste à
présenter comme
tel, un candidat européen,
en 36ème position.
En effet, lors de cette
élection, les ressortissants
de l'Union européenne
résidant en France
pouvaient voter et figurer
sur les listes. Les partis
politiques français
ont été
silencieux au niveau des
initiatives comme des
professions de foi (il
est question du traité
de Maastricht dans 5 pr |