© 2000-2004
CFAIT
Tous droits réservés

Plan du site

 
 
 
 
 
 
LES IMMIGRÉS DANS LES URNES
Paul ORIOL
Médecin, chercheur

Pour certains, les candidats à la dernière élection présidentielle ont profondément ignoré la question de l'immigration. Cette remarque étonne après l'affirmation contraire lors d'élections antérieures où l'immigration semblait trop occuper la scène politique. Mais s'agit-il d'un phénomène réel ou d'une question de perception ? Touche-t-il de la même façon toutes les formations politiques ? L'analyse des programmes et professions de foi des quatre dernières élections (législatives de 1993, européenne de 1994, présidentielle et municipales de 1995) permet de se faire une idée plus précise.

LES ELECTIONS LEGISLATIVES DU 21 MARS 1993

La présente analyse porte sur les professions de foi, obtenues de manière empirique, des 762 candidats de 82 circonscriptions dans 34 départements. De ces 762 candidats, 551 soit 72,3% n'ont pas employé, dans leur profession de foi, les mots immigration, immigrés, immigrants ou étrangers (Tableau I). En regroupant les partis par grandes familles politiques, il apparaît que la gauche (27 citations pour 272 professions de foi), les écologistes (15 pour 185), les divers (6 pour 56) emploient peu ces mots, la droite (117 fois sur 167 professions de foi) et surtout l'extrême droite (937 fois pour 82 candidats) en fait un usage plus important .

En considérant les organisations présentes dans pratiquement toutes les circonscriptions étudiées, ce qui correspond aux « gros partis » qui ont une audience nationale, cela donne : FN 937 pour 82 candidats, UPF 77 citations pour 87 (dans certaines circonscriptions, deux candidats se recommandaient de la même orientation, UPF, UDF ou RPR), Entente des Ecologistes 4 pour 82, PS 1 pour 79 et PC 0 pour 80.

Pour le FN, la profession de foi,pratiquement la même dans la plupart des circonscriptions, tourne autour du thème : « les Français d'abord ». Ainsi, il propose de donner la priorité aux Français pour les emplois, l'aide sociale, les logements, de créer, pour les familles françaises, le revenu parental et un chèque scolaire, de lutter contre la pauvreté des Français par une allocation nationale de solidarité. Quant aux immigrés, au nombre de « 7 millions », il faut organiser leur retour chez eux, abroger la carte de 10 ans, réformer le code de la nationalité, expulser les délinquants et les clandestins, séparer leur caisse de sécurité sociale. Il faut combattre l'immigration, le chômage, l'insécurité... Les mots immigration, immigrés ou étrangers apparaissent en moyenne 11,4 fois, la préférence nationale 7 fois, les mots France ou Français 16 fois dans la profession de foi type. Mais le FN est largement battu par un candidat de la XIX° circonscription de Paris dont la profession de foi est exclusivement consacrée à l'immigration ; les mots immigrés-immigration apparaissant 26 fois chez ce candidat, président de l'association « Trop d'immigrés - la France aux Français », secrétaire général de l'association nationale « Contre le vote des immigrés ». Celui ci ne manque pas de citer les bons auteurs dont Giscard d'Estaing : « Immigration ou invasion ? Le type de problème auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l'immigration vers celui de l'invasion. Il faut revenir à la conception traditionnelle de l'acquisition de la nationalité française par le droit du sang » (Le Figaro, 21/09/1991). Michel Poniatowski : « Cette invasion, en effet prévisible, doit être rejetée. Il y va de notre propre survie. Nous allons vers des Saint Barthélémy si l'immigration africaine n'est pas strictement contrôlée, limitée, réduite et expurgée » (Que survive la France, décembre 1990). Alain Peyrefitte : « Pourquoi conserve-t-on des immigrés comme chômeurs de longue durée alors que leur chômage constitue une lourde charge pour la communauté nationale, une incapacité de s'assimiler, sans parler de l'incitation à la délinquance ?... Pourquoi 150 000 demandeurs d'asile déboutés de leur demande n'ont ils pas été reconduits aux frontières mais demeurent sur notre territoire ?... Pourquoi perpétuer l'erreur dont en 15 ans on a démontré la gravité, le regroupement familial ? » (La France en désarroi, novembre 1992). Jacques Chirac : « L'augmentation de l'immigration nourrit la délinquance » (Le Figaro, 20 février 1993). Le commissaire divisionnaire C. Pellegrini : « Voir débarquer des bandes de zoulous dans des quartiers tranquilles va devenir monnaie courante » (Demain la guerre civile, décembre 1992).

Les candidats de l'AP (Alliance populaire), s'ils n'ont pas la même obsession, ont cependant des positions qui ne sont pas très éloignées de celles du FN. Ils veulent aussi donner la priorité aux « nationaux Français » avec un revenu parental pour les familles françaises dès le premier enfant et la mise en place d'une politique de l'immigration claire et cohérente : instauration des quotas, intensification de la lutte contre l'immigration clandestines, refus de la société pluriculturelle, serment d'allégeance et de fidélité à la nation...

Proche aussi, l'UDI (Union des indépendants) qui, dans la profession de foi commune à la plupart de ses candidats, écrit sous le titre Immigration : « Aujourd'hui, la France ne peut plus fournir du travail à la terre entière (dixit le socialiste Michel Rocard). Demain, avec l'UDI, exigeons une politique de fermeté concernant les travailleurs clandestins, les passeurs ainsi que les dirigeants des sociétés utilisatrices de cette main d'oeuvre ». Et dans le paragraphe Insécurité : « expulsion des délinquants étrangers récidivistes condamnés à plus de 6 mois, expulsion définitive à l'exécution de la peine vers leur pays d'origine des délinquants étrangers condamnés à 12 mois ». Mais certains candidats ne se satisfont pas de cette plate-forme. L'un reprend des thèmes bien connus : 4,5 millions de chômeurs, 4,5 millions de travailleurs étrangers. « Rien ne pourra être réussi contre le chômage, la pauvreté, l'insécurité tant que nous n'aurons pas pris des mesures humaines mais énergiques contre une immigration excessive, ruineuse et que plus rien ne justifie. Tout en respectant les étrangers vivant en France en situation régulière et justifiant d'un emploi ou de revenus légaux, il est indispensable de : procéder à l'expulsion effective et non symbolique des clandestins, remettre les délinquants aux autorités de leur pays d'origine, rapatrier dans leur pays d'origine les travailleurs étrangers sans emploi, réviser le code de la nationalité en donnant la priorité au droit du sang. Ces mesures déjà en application dans tous les pays industrialisés permettraient en quelques années de réaliser une économie de 15 milliards de francs ».

Pour une autre, la France doit rester une terre d'asile mais les clandestins et tous ceux qui ne se plient pas à ses lois doivent la quitter rapidement. Il y a même un original qui veut combattre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie et enseigner les Droits de l'homme à l'école. Mais, la profession de foi note bien : « Notre candidat est originaire d'un département d'outre-mer ». « Le projet de l'Union pour la France » (UPF), le programme commun du RPR et de l'UDF pour les élections législatives, consacre une partie du chapitre « Reconstruire l'Etat et partager les responsabilités » à la maîtrise de l'immigration. Il demande l'application stricte des lois existantes, bafouées par le gouvernement socialiste, des contrôles efficaces aux frontières et sur le territoire national, il propose d'abolir les lois Joxe sur les reconduites à la frontière et assurer l'exécution des décisions prises, de mettre fin aux détournements « manifestes » de procédure pour les mariages mixtes et les demande d'asile, ainsi qu'aux « situations contraires à notre droit et à nos traditions, telle que la polygamie », d'accentuer la répression du travail clandestin, de réformer le regroupement familial et le code de la nationalité. Par ailleurs, il affirme la nécessité de développer les économies des pays les plus pauvres dans le souci d'éviter à leurs habitants d'être poussés à émigrer. En fait, dans les professions de foi des candidats de la droite, seuls 2 thèmes sont repris avec constance : la maîtrise de l'immigration (34 fois) et la lutte contre le travail clandestin (27 fois). Même la réforme du code de la nationalité qui était déjà engagée au Sénat et que la droite devenue majoritaire s'est empressée de mener à bien n'est signalée que par 10 des 87 candidats. Les autres questions ne sont abordées que de façon marginale : intégration (4 fois), application des lois existantes, droit d'asile, délinquance (3 fois), entrée et séjour, cohésion nationale, exécution des décisions, identité nationale, cartes infalsifiables, regroupement familial (2 fois).

La tonalité varie cependant d'une profession de foi à l'autre. Si certains ne disent rien, d'autres sont plus prolixes. Ainsi tel candidat sous le titre « Un Etat qui maîtrise l'immigration », affirme : « Nous sommes résolument contre une société à l'image du Liban. On sait comment cela finit. Les décisions de justice rendues à l'encontre d'étrangers en situation irrégulière doivent être exécutées. Il est inadmissible que le droit des femmes, le statut de la famille, le code civil soient bafoués par des étrangers vivant en France ». Un autre, sous le même titre : « La France ne peut plus être une terre d'immigration. Il faut revenir à la loi Pasqua-Pandraud pour lutter contre l'immigration clandestine et rendre notre pays moins attractif. Il faut limiter le regroupement familial, proscrire les mariages blancs, la polygamie. Il faut remettre en chantier la carte d'identité infalsifiable dont le gouvernement socialiste n'a pas voulu... Est-ce normal de trouver sur notre autoroute une camionnette remplie d'étrangers clandestins ? » Un autre : « Prévenir, c'est ne pas héroïser les voyous, notamment quand ils sont maghrébins, toxicomanes ou récidivistes, ainsi que le font systématiquement certains médias et les partis de "gauche"... La nationalité française ne doit pas être une défroque que n'importe qui puisse acquérir au rabais, quitte à la jeter aux orties quand cela lui plaît par exesmple pour aller faire son service militaire dans l'armée du FLN ».

Dans son « Contrat pour la France 1993-1998 », le P.S. consacre quelques lignes à l'immigration dans le paragraphe « Des règles pour la vie publique ». Il préconise de faire respecter les principes fondamentaux de la République, c'est à dire la laïcité, la liberté des cultes et les lois réprimant le racisme et l'antisémitisme, de maîtriser les flux d'immigration, de lutter contre le travail clandestin et les détournements de procédure, de préserver la tradition du droit d'asile politique. Des 79 candidats du PS, un seul emploi le mot immigration : « maîtriser l'immigration en développant le dialogue nord-sud ». Même si quelques rares candidats rappellent leur attachement aux Droits de l'homme, à la tolérance et affirment leur opposition aux exclusions et au racisme...

Quant aux candidats du P.C., la plupart reprennent les mêmes thèmes, aucun ne souffle mot de l'immigration même si plusieurs dénoncent le racisme (7 cas). Pourtant, le programme du PC est clair. Ainsi, dans « Six propositions pour la France », au chapitre « démocratie » : « Combattants de toujours contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, nous exigeons l'application rigoureuse de la loi antiraciste adoptée sur proposition des députés communistes. Dans cet esprit, une politique d'égalité de droits et de devoirs vis à vis des immigrés installés en France doit être menée notamment en facilitant l'acquisition de la nationalité française, avec le droit de vote aux élections locales et européennes après cinq ans de présence en France, et en liaison avec une maîtrise nationale, démocratique et solidaire de l'immigration. Celle-ci passe par l'action pour stopper l'exode de la misère que provoque le pillage des ressources du tiers-monde ». Mais les électeurs n'en sauront rien.

Parmi les candidats de l'Entente des écologistes, 4 seulement emploient les mots immigré-immigration-étranger : l'une se demande si l'insécurité et l'immigration sont bien traitées. Les autres affirment : droit de vote aux élections locales pour les étrangers résidents depuis plus de 5 ans, vote des étrangers aux élections locales après cinq ans ou droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. Ils ne sont cependant pas les seuls à parler du droit de vote, neuf autres y sont favorables en employant des formulations diverses : garantie pour chaque personne vivant dans notre pays d'exercer ses droits civiques, possibilité d'intervenir en permanence dans les choix des décisions qui engagent la vie publique ou en garantissant des droits fondamentaux et civiques de tous celles et ceux qui vivent dans notre pays, droit de vote pour tous les résidents ou élargissement du droit de vote à tous les résidents quelle que soit leur nationalité ou possibilité pour tous les citoyens vivant sur le territoire d'être associés aux décisions qui les concernent, participation de tous les habitants à la vie locale. Plusieurs sont aussi préoccupés par le racisme et surtout par le développement du tiers-monde.

Parmi les listes qui ont touché un nombre significatif de circonscription de l'échantillon, Les nouveaux écologistes et Lutte ouvrière ont envoyé la même profession de foi dans respectivement 64 et 48 circonscriptions, elles ne portaient de façon directe ou indirecte aucune proposition sur l'immigration. Il en était de même pour des listes moins présentes comme celles du Parti des travailleurs ou du Parti de la loi naturelle qui voit l'identité nationale dans l'unité dans la diversité et veut vivifier toutes les traditions culturelles et religieuses tout en maintenant l'intégrité de la nation française. Ou le CNI qui souhaite une France forte qui inspire en Europe et dans le monde, le respect que méritent ses traditions, son identité et les qualités profondes de son peuple.

Les quelques représentants du Mouvement des démocrates ne font aucune allusion à l'immigration. Pourtant, dans « Références et objectifs », sous le titre « Une France accueillante », ils affirment : « De tous temps, les flux migratoires ont accompagné l'histoire des hommes. Notre civilisation est le produit du mélange des diverses populations qui se sont succédées, sur notre sol, au cours des âges. L'assimilation a été, jusqu'ici une constante réussite et celle-ci peut être maintenue. Notre pays doit faciliter l'intégration à la nation française de communautés qui sont appelées à vivre parmi nous notamment, en améliorant leurs conditions de vie et d 'éducation, en facilitant les conditions d'accès à la nationalité française qui impose des droits et des devoirs, en ayant le courage d'affronter le problème de l'immigration clandestine organisée par des intermédiaires qui exploitent des étrangers sans défense est sans protection et de surcroît consentants. L'octroi du droit de vote aux étrangers, pour les élections locales, doit être étudié dans la perspective de la construction européenne. La tradition du droit d'asile en France doit être respectée, aussi bien par ceux qui en bénéficient que par ceux qui l'administrent. La lutte contre le "terrorisme international" ne peut justifier les manquements, toujours possibles, aux règles et à l'inspiration de l'état de droit. Les étrangers, comme les Français, doivent bénéficier dans notre pays de toutes les garanties judiciaires ». Mais, tous ces points sont absents des professions de foi.

Sur les vingt candidats de l'Union pour la démocratie et l'écologie, une seule avance des propositions sur l'immigration. Sous la rubrique Démocratie réelle... « en écoutant et donnant des droits à ceux qui sont exclus du jeu actuel : enfants, immigré-e-s, personnes âgées, jeunes... Droit des minorités : respect de toutes les langues et de ces minorités qu'elles soient le fait de l'âge, "ethnico-culturelles" ou régionales... Dialogues et laïcités : Dans ces temps de monte de l'intolérance , du "racisme", notre campagne se veut aussi un témoignage, pour la démonstration du plaisir pris dans une communication à dimension multiculturelle... »

Pour le Mouvement des citoyens, il n'est pas question d'immigration alors que le relations avec le tiers monde sont traitées dans pratiquement toutes les professions de foi. L'immigration apparaît cependant dans deux candidatures atypiques présentées en association avec Solidarité Ecologie. Dans l'une : « Le refus de l'exclusion xénophobe et raciste, l'intégration des immigrants, le code de la nationalité, l'entrée des jeunes dans la vie active, la retraite, la santé... les drogues sont des questions dont la signification politique est évidente et dont le débat démocratique ne peur être confisqué par la télévision et les experts ou les soi-disant tels... » et dans l'autre : « Pour l'égalité des droits, contre la montée de Le Pen... Dans le cadre de nouveaux progrès démocratiques, élargir le droit de vote aux résidents étrangers ».

Sur les 11 candidats de Solidarité Ecologie Gauche Alternative, trois seulement emploient le mot immigrés, mais huit abordent les questions du racisme, la montée de l'intolérance ou le droit de vote. Un veut l'élargir à tous les résidents, un autre aux résidents non communautaires, aux sans domicile fixe, aux personnes résidant sur le sol français, un troisième se prononce pour le droit de vote, d'être élu, le maintien du droit d'asile, l'interdiction de toute discrimination. Dans un département les deux professions de foi sont superposables : « L'absence d'emploi créée le chômage et la pauvreté pousse à l'exclusion, à l'intolérance et au racisme... Pour moi une société solidaire, c'est aussi le respect de l'Autre, en permettant à tout résident permanent de participer, quelle que soit sa nationalité, aux choix démocratiques. Il s'agit de permettre à tous et à toutes d'avoir sa place dans une société plus juste ». Ailleurs, un candidat propose : « Pour la démocratie et la citoyenneté : développer des structures de concertation au niveau des quartiers qui associent les habitants aux décisions qui les concernent : étendre la citoyenneté à tous les résidents et un autre : Extension des droits du citoyen - quelle que soit sa nationalité - dans les institutions locales où se joue leur vie quotidienne (entreprise, armée, école, services publics ou collectivités territoriales ». Enfin, un autre rappelle : « Citoyen, nous le sommes lorsque nous déposons un bulletin de vote. C'est important. Pourtant, toute une partie de la population (résidents non-européens, sans logis) n'a pas accès à ce moyen d'expression... »

Les 15 candidats de « Vraiment à gauche » parlent des immigrés et à peu près dans les mêmes termes : « les immigrés doivent être égaux en droits, à commencer par le droit de vote », « il ne saurait y avoir de démocratie digne de ce nom... sans droit de vote pour les immigrés à toutes les élections... tous ceux et celles qui vivent et travaillent dans un pays doivent y avoir des droits égaux, indépendamment de leur origine confessionnelle, nationale ou ethnique », « Le Pen, c'est vraiment le pire de tous. Il veut transformer le désespoir en haine raciste et imposer reculs sociaux et régime totalitaire... » (dans 11 cas), « En finir avec les inégalités qui alimentent le racisme : égalité des droits à commencer par le droit de vote pour les immigrés » (3 cas), « Egalité des droits entre français et immigrés : Le droit de vote à toutes les élections pour tous ceux qui vivent en France de leur travail ou des droits ouverts par leurs cotisations sociales » (1 cas) : « Imposons les droits des immigrés, notamment celui de voter à toutes les élections » (8 cas). Une profession de foi est plus personnelle : un candidat, militant antiraciste actif en lutte pour le droit à l'égalité civique, pour des papiers et le droit de vote et d'éligibilité pour les étrangers résidant en France, affirme : « Face au racisme, en refusant le droit de vote aux étrangers, en refusant les mariages mixtes à ceux qui sont en situation précaire au regard du séjour, en agitant le spectre des "clandestins", on accrédite les idées racistes de Le Pen. Ils prétendent défendre l'intégration, ils nourrissent en fait l'exclusion de tous les étrangers et de leurs enfants ».

Le Mouvement des Réformateurs se dit constitué de citoyens de toutes origines, de toutes religions, de tous milieux, unis dans le désir de continuer à vivre ensemble « le mieux possible », mais sans parti pris, sans exclusion et sans outrance. Sur 14 candidats, 11 avancent 21 propositions dont la vingtième est : « Nous voulons une politique plus généreuse et plus efficace d'aide aux pays du Sud ainsi qu'aux pays de l'Est et un contrôle plus strict des flux migratoires ». Plus prolixe, il est un candidat réformateur pour préciser : « L'immigration, c'est un problème qu'il faut traiter avec le coeur et la raison, loin des hargnes racistes, mais loin aussi de l'angélisme de l'antiracisme de salon. La France ne peut plus supporter l'entrée de 100 000 immigrés chaque année. Il faut fermer les frontières et refouler les clandestins. On doit accorder la nationalité française aux résidents étrangers qui la demandent. Mais devenir Français, c'est accepter la langue, la culture et les lois françaises, les droits et les Devoirs de tous les Français ».

L'échantillon comprend deux candidats « Ensemble aujourd'hui », proche de France plus. Tous deux, se prononcent pour l'avènement d'une politique d'intégration républicaine, dans le respect des droits et des devoirs de chacun, pour lutter contre toutes les formes d'exclusion mais n'avancent aucun point concernant directement l'immigration. Sur les trois régionalistes, il en est un pour dire : « Halte à l'immigration non européenne. Il est urgent de réformer le code de la nationalité. Il ne faut pas accorder le droit de vote aux immigrés non européens. Il faut abroger les décrets Giscard-Chirac qui autorisent le regroupement familial. Il est nécessaire d'encourager les immigrés non européens qui ne peuvent justifier d'un emploi stable et utile à la collectivité, à se réinstaller dans leur pays d'origine. Les aides sociales seront réservées aux seuls européens ».

Quelle conclusion tirer de ce tour d'horizon ? L'immigration n'est pas un thème fondamental des élections législatives de mars 1993. S'il est présent, avec une importance variable, dans le programme de toutes les organisations, il apparaît de façon plus discrète dans les professions de foi, à l'exception de celles du Front national. Ici, il est le thème central pour ne pas dire unique. Les professions de foi de la droite en font un usage variable mais toujours avec une visée répressive, allant d'un silence complet à une tonalité proche de celle du Front national. Les accords de Schengen qui devaient établir la libre circulation « si possible avant le 01 janvier 1990 », ne sont jamais abordés par les candidats alors que leur application était prévue, au moment des élections, pour le 01 décembre 1993 ! Comment vouloir maîtriser l'immigration, l'immigration clandestine sans aborder la question ? Le traité de Maastricht, signé le 07/02/1992 et ratifié par le référendum du 20/09/1992 n'est jamais mis en cause, ni pour demander l'extension du droit de vote des non-communautaires aux élections européennes et municipales, ni pour contester la participation des communautaires. S'il est cité par certains, c'est pour rappeler leur opposition à ce traité, sans aucune référence à l'immigration. Seuls deux candidats de SEGA veulent la construction d'une confédération politique européenne, démocratique et ouverte, avec renégociation du Traité ou d'une Europe sociale, écologique et ouverte sur le monde...

En lisant les professions de foi de la droite appelée à gouverner, nul n'aurait pu prédire que la réforme du Code de la nationalité, cependant engagée au Sénat avant les élections, et les lois Pasqua allaient être abordées « en urgence » dès l'ouverture de la session parlementaire. Que la Constitution allait même être modifiée à propos de l'asile politique ! Dans la gauche parlementaire, c'est le silence - gêné, honteux ?- complet. De même que dans certaines formations d'extrême gauche. « Àgauche, vraiment » est la seule formation à traiter systématiquement de la question. Les propositions les plus intéressantes sont celles d'une partie des écologistes qui reprennent certaines positions du mouvement associatif notamment le droit de vote aux élections locales en fonction de la résidence et non de la nationalité.

Finalement, la question de l'immigration est abandonnée au Front national et à la droite dure. A gauche, elle n'est abordée que par l'extrême gauche et la partie contestataire des écologistes.

L'ELECTION EUROPEENNE DU 12 JUIN 1994

Lors de cette élection, sur 16 professions de foi étudiées, 3 seulement utilisent les mots immigré-immigration ou étranger. En tête, la liste « Allez la France » présentée par le Front national qui les utilise 6 fois. Cette profession de foi qui se flatte d'être la seule à avoir le mot France dans son intitulé, l'utilise 22 fois (France ou Français) et reprend l'idée de la priorité aux Français, de la défense des valeurs morales nationales et familiales... Elle propose 5 priorités dont l'inversion de l'immigration, euphémisme pour le renvoi des étrangers. Elle critique l'aspect « faussement restrictif des lois Méhaignerie/Pasqua qui laissent entrer plus de 130 000 étrangers par an et rendent impossible d'expulser des casseurs algériens et des clandestins africains : quand les immigrés entrent, les emplois sortent ». Elle affirme que les émeutes raciales se multiplient en citant Toulon, Rouen, Paris, Vaulx en Velin... et demande que s'organise la reconquête des villes, des banlieues et des campagnes sur l'immigration-invasion.

La liste de la « Majorité pour l'autre Europe », conduite par Philippe de Villiers n'utilise qu'une fois le mot immigration, accolé à clandestine, et 6 fois le mot France, mais traite de plusieurs façons de la question. En attaquant Dominique Baudis dont la liste entendrait poursuivre et même accélérer le démantèlement des contrôles aux frontières en application de l'accord de Schengen qui ouvrirait davantage la France à l'immigration clandestine, à la drogue et à tous les trafics criminels... La « Majorité pour une autre Europe » veut une Europe de la sécurité avec contrôles aux frontières, coopération entre les services de police et de justice, mais refuse « l'Europe-passoire de Schengen ».

Le « Parti de la loi naturelle » veut préserver la spécificité et la grandeur de la culture française au sein de l'Union et se propose de fonder la politique étrangère sur l'aide et la coopération avec tous les pays pour développer la paix et l'autosuffisance et résoudre ainsi les problèmes liés à l'immigration.

La liste « Régions et peuples solidaires » signale la présence sur sa liste de représentants des communautés kurde (6ème place) et arménienne (9ème et 19ème places). Elle se prononce pour les droits des peuples et les droits de l'Homme et oppose aux Etats unificateurs la recherche de voies d'un développement identitaire. Si elle utilise 7 fois le mot France ou Français, c'est essentiellement pour demander que l'Etat français s'adapte aux réalités et abandonne sa nature jacobine.

L'Union des écologistes pour l'Europe déplore la misère des pays de l'Est et du tiers monde et se prononce pour une Europe démocratique qui garantisse les libertés fondamentales... et le plein exercice d'une citoyenneté européenne dont le contenu n'est pas explicité. Sur les 16 professions de foi, c'est la seule qui parle de citoyenneté européenne. C'est aussi la seule liste à présenter comme tel, un candidat européen, en 36ème position. En effet, lors de cette élection, les ressortissants de l'Union européenne résidant en France pouvaient voter et figurer sur les listes. Les partis politiques français ont été silencieux au niveau des initiatives comme des professions de foi (il est question du traité de Maastricht dans 5 pr