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A NOS FRONTIÈRES, LA DÉMOCRATIE !
Paul ORIOL
Médecin, chercheur

La situation est grave : nous sommes entourés de démocraties ! Comme le dit Politis du 3 décembre, la Belgique a modifié sa constitution. En 2001, une majorité simple pourra donner le droit de vote, à tous les résidents étrangers à toutes les élections et non aux seuls ressortissants de l'Union aux seules élections locales ! En Allemagne, l'accord SPD-Grünen prévoit le droit de vote de tous les étrangers pour les élections locales. Et avec la réforme du code de la nationalité, des dizaines de milliers d'étrangers vont devenir allemands et participer à tous les scrutins. L'Italie annonce une réforme. Les résidents étrangers participent aux élections locales depuis 1963 en Irlande, 1975 en Suède, 1981 au Danemark, 1985 aux Pays-Bas. Au Royaume-Uni, tous les citoyens du Commonwealth ont le droit de vote à toutes les élection : c'est comme si en France, les Algériens, les Maliens, les Vietnamiens...

Ici, tout est fait pour retarder le droit de vote des résidents de l'Union aux municipales : les décrets d'application du traité de Maastricht (1992) n'ont pas encore paru. Ils voteront en 2001 ! Comparer le battage sur l'Euro et le silence sur la participation des ressortissants de l'Union à l'élection au Parlement européen en 1994 (résultat : 4% des électeurs potentiels se sont inscrits) et le silence qui continue pour celle de 1999. La démocratie serait-elle dangereuse ?

Lors de la modification de la Constitution, nos Parlementaires ont fait une ouverture à cran d'arrêt, réservée aux seuls ressortissants de l'Union pour les seules municipales sans possibilité d'être maire. Pour donner le droit de vote à tous les résidents étrangers, il faudra, à nouveau, modifier la Constitution. Quel gouvernement osera ? Pourtant les sondages, sans aucune campagne, évolue favorablement : 44% des Français sont pour en 1998 contre 39% en 1997 et 32% en 1994 1.

Au cas où un Gouvernement de gauche aurait la volonté de faire quelque chose pour la citoyenneté, quelques mesures peuvent être avancées 2 qui ne demandent pas de changer la Constitution :
- Donner le droit de vote dans les référendums locaux à tous les habitants et non aux seuls citoyens
3.
- Donner le droit de vote et d'éligibilité à tous les résidents quelle que soit leur origine aux élections européennes. Cela ne nécessite pas une reforme de la Constitution d'après le Conseil constitutionnel : "Considérant... que ce dernier (Parlement européen) ne constitue pas une assemblée souveraine dotée d'une compétence générale et qui aurait vocation à concourir à l'exercice de la souveraineté nationale... n'est contraire à aucune règle non plus qu'à aucun principe de valeur constitutionnelle"
4.

Les travaux pratiques peuvent commencer avec la composition des listes de candidats à l'élection européenne, cela ne dépend pas du gouvernement. Mais le Gouvernement peut traiter tous les nouveaux citoyens de la même façon en organisant l'inscription d'office des nouveaux citoyens par naturalisation comme cela se fera, à partir de 2001, pour les nouveaux citoyens à leur majorité. 5

Pour tout cela, il faut une volonté politique. Où-est-elle ?

NOTES

1- Lettre de la Citoyenneté, novembre 1998
2- "Pour une véritable citoyenneté européenne" (Alternatifs, Chiche !, Collectif portugais pour une pleine citoyenneté, Gisti, La Lettre de la Citoyenneté, Portugais de France, actifs et solidaires, Verts) s/c Les Alternatifs 40, rue de Malte 75011 Paris
3- Modifier la loi d'orientation 92.125 du 06/02/1992 relative à l'administration territoriale de la République.
4- Conseil constitutionnel, séances des 7-8-9 avril 1992. Le Monde 11 avril 1992