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Même
si le débat ouvert
à l'Assemblée
nationale ne risque guère
de déboucher prochainement,
la question du droit de
vote des étrangers
est à nouveau posée,
enfin délivrée
de toute tentation d'instrumentation
politique. Mais du coup,
pour un certain nombre
de ses partisans, comme
pour de nombreux commentateurs,
la question se résume
à un calendrier
: quand donc tomberont
les dernières préventions
à l'encontre d'une
réforme qui va
dans le sens de l'histoire
et qui finira par se faire
? Il n'est pas sûr
qu'une telle présentation
soit le meilleur moyen
de servir cette réforme,
comme si ceux qui s'y
opposent n'étaient
que des conservateurs
réticents et n'avaient
pas d'arguments à
faire valoir.
Or
le refus d'accorder le
droit de vote aux étrangers
ne manque pas de solides
raisons. En effet, en
rappelant que la tradition
française assimile
étroitement nationalité
et citoyenneté,
ils limitent certes l'exercice
de la citoyenneté
politique aux seuls nationaux,
mais ils rappellent du
même coup que notre
conception de la nationalité
est celle d'une nationalité
politique (et non culturelle
ou ethnique). La dissociation
de la citoyenneté
et de la nationalité,
que réclament certains,
reviendrait à inverser
le sens de la nationalité
: celle-ci, d'élément
commun fondant la commune
particpation citoyenne,
deviendrait une variable
individuelle, ou au mieux
l'apanage de groupes restreints
au sein de la société.
L'argument de ceux qui
opposent donc à
l'idée d'accorder
le droit de vote aux étrangers
un élargissement
de l'octroi de la nationalité
serait ainsi imparable,
s'il s'accompagnait de
leur part d'une réelle
volonté d'élargir
les possibilités
d'accès à
la nationalité,
de les accélerer
et de les simplifier :
on est loin du compte,
et il suffit de constater
les multiples difficultés
que ne cesse de susciter
l'administration de l'état
civil à ceux qui
demandent de manière
tout à fait fondée
la nationalité
française pour
s'en convaincre (je tiens
une longue liste d'exemples
à la disposition
des sceptiques).
L'autre
argument invoqué
par les opposants à
cette réforme,
c'est celui de la dérive
qu'inaugurerait la possibilité
d'une citoyenneté
à deux vitesses,
distinguant d'un côté
une citoyenneté
politique pleine et entière,
de l'autre une citoyenneté
restreinte, limitée
aux seules élections
locales. Il faut toutefois
noter que cet argument
est incompatible avec
le précédent,
puisqu'ici ce qui fait
problème, c'est
précisément
le maintien d'une distinction
entre nationaux et étrangers
que l'on conteste là.
Il est donc curieux que
l'on voie souvent les
deux arguments employés
l'un à côté
de l'autre par les opposants
à la réforme
projetée. Pour
revenir à l'argument
lui-même, il suppose
qu'il y ait une solidarité
sans faille entre tous
les niveaux de la vie
politique : que le politique
soit en quelque sorte
insécable. Or on
peut soutenir au contraire
que sous la double pression
de la décentralisation
et de la construction
européenne, c'est
un édifice politique
complexe qui se met en
place, avec plusieurs
niveaux de souveraineté
: moins des abandons de
souveraineté qu'une
modulation de celle-ci,
en fonction de l'échelle
territoriale concernée.
Une
telle perspective ouvre
la voie à une défense
raisonnée de cette
réforme, mais à
la condition de faire
valoir que l'on décline
ainsi une citoyenneté
politique à géométrie
variable, moins en fonction
de la nature du titulaire
des droits que du niveau
territorial concerné
et des responsabilités
qui lui incombent. De
ce point de vue, c'est
l'ensemble de nos insitutions
politiques qu'il faudrait
revoir, en lien d'une
part avec ce qu'il faut
clairement déléguer
à une échelle
européenne, ce
qu'il faut maintenir au
plan national, et ce qu'il
faut traiter aux différentes
échelles locales.
Mais à ce niveau,
il est évident
que nos institutions politiques
gagneraient à prendre
acte des réalités
concrètement vécues
par les individus. Aujourd'hui,
notemment en milieu urbain,
la sphère de vie
de la plupart se déroule
sur plusieurs communes
: on réside dans
l'une, travaille dans
une autre, et souvent
les déplacements
quotidiens en traversent
plusieurs autres. On pourrait
imaginer qu'un système
de collèges électoraux,
l'un des résidents,
l'autre des travailleurs,
lié à une
refonte en profondeur
soit du découpage
communal, soit des règles
d'intercommunalité,
permettrait de repenser
en profondeur les institutions
de la démocratie
locale. Il faudrait d'ailleurs
y ajouter un statut de
l'opposition municipale
ou départementale,
avec une plus claire distinction
des fonctions délibérative
et exécutive dans
les assemblées
locales, ainsi qu'un véritable
statut de l'élu
local, comme l'exigerait
la mise en uvre du non-cumul
absolu des mandats.
On
peut penser qu'une telle
réforem est trop
ambitieuse pour pouvoir
aboutir : mais elle a
aussi l'intérêt
de faire valoir que le
droit de vote accordé
aux étrangers le
serait dans le cadre d'une
refonte d'ensemble de
la démocratie locale,
et clairement en raison
de la statut de résidents
(ou dans une autre perspective
de travailleurs). La nationalité
resterait clairement la
condition de la citoyenneté
nationale.
Le
risque est en effet que
les partisans de la réforme,
par défaut d'ambition,
l'introduisent a minima,
comme c'était d'ailleurs
le cas de la proposition
de loi socialiste qui
fut discutée :
les étrangers résidents
avaient le droit de vote,
mais pas l'éligibilité.
il y a là en revanche
une inégalité
flagrante, qui heurte
profondément un
principe démocratique
de base. Sans compter
qu'un droit ainsi tronqué
ne paraît guère
motivant pour les personnes
concernées.
On
rencontre là d'ailleurs
une des principales difficultés
de cette proposition :
à supposer qu'une
telle disposition soit
adoptée, sous une
forme ou sous une autre,
quelle sera son impact
? Les étrangers
concernés s'en
empareront-ils ? Il y
a en tout cas à
prévoir un dispositif
de mobilisation intense,
quand on sait que les
quartiers défavorisés,
ceux où résident
les enfants d'immigrés
qui disposent eux, de
la nationalité
française, comptent
les plus forts taux d'abstention.
Il
y a là comme un
cercle vicieux, qu'il
est urgent de rompre :
les habitants des quartiers
concernés votent
peu, se sentant marginalisés
et non pris en compte.
Les élus s'en soucient
moins que des habitants
mieux intégrés,
qui participent davantage,
et dont dépend
leur réelection.
Le droit de vote des étrangers
pourrait ouvrir une brèche
: mais cela ne doit pas
empêcher de mettre
en place d'autres procédures
et des moyens d'accroître
la parcipation politique
des moins favorisés.
De ce point de vue, le
test des prochaines municipales
sera décisif, en
particulier par la place
qui sera faite aux candidats
issus de l'immigration.
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