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UNE VIE ASSOCIATIVE MARQUÉE PAR LA TURQUIE
Ümit METIN
Président du C.F.A.I.T.

Aujourd'hui, après plus d'une vingtaine d'années d'immigration en France, les immigrés de Turquie, comme d'autres populations immigrées avant eux, ainsi que leurs associations commencent à entrer dans une nouvelle période qui se concrétise par la volonté de créer de nouvelles conditions de vie pour leur installation définitive en France.

La campagne menée par le CFAIT pour l'Égalité des Droits et Une Nouvelle Citoyenneté, qui est la première campagne de ce genre organisée par des associations de différentes sensibilités politiques, est très significative de cette nouvelle période.

Mais auparavant, il est important de faire un bref historique de l'immigration et du mouvement associatif des immigrés de Turquie en France.

Cette immigration qui commence à partir de 1965, après la signature d'un accord bilatéral Franco- Turc, est composée de plusieurs vagues d'immigration. Ainsi, les premiers migrants arrivent en France vers les années 1965, dans le cadre de ces accords et d'une étroite collaboration entre l'OMI et l'ANPE turc.

Pour ces primo-migrants, la vie associative s'organise, avant tout, autour de l'instituteur turc venu en France dans le cadre des ELCO- Enseignement de la Langue et de Culture d'Origine- (après les accords franco- turc de 1978) et des imams liés aux Affaires Relegieuses de Turquie «Diyanet Ðþleri» (à partir de 1980).

Ces associations dont le nombre est important, répondent aux besoins de «vivre la Turquie» et de garder des liens culturels et religieux avec celle-ci.

Le consulat, même s'il n'a pas encore de politique de création de lobby comme celle d'aujourd'hui, est le pivot de ces associations car les personnes animant celles-ci sont des fonctionnaires de l'État turc.

La deuxième vague d'immigration est liée directement aux problèmes politiques de la Turquie. En effet, après le coup d'Etat de septembre 1980, l'arrivée de nouveaux migrants, les militants politiques fuyant le régime militaire turc, change les données et les objectifs des associations.

Ainsi, aux associations et amicales qui avait, surtout, pour objectif de garder des liens avec la Turquie en général (religion, langue, culture,...) dans l'optique d'un possible retour définitif en Turquie, s'ajouttent de nouvelles associations qui se créent grâce au changement de la législation concernant les associations d'étrangers en 1981.

Ces nouvelles associations pour la plupart animées par des militants politiques de différentes sensibilités ont pour objectif de continuer d'une façon ou d'une autre leur lutte face au régime militaire et sont façonnées selon leur propre organisation politique de la Turquie.

Ainsi, la vie politique de la Turquie avec une grande partie de ses antagonismes est transplantée en France sous la forme associative.

Les intérêts des militants politiques et l'objectif individuel des migrants étant à long terme de retourner en Turquie, cette transplantation s'organise très naturellement.

Ainsi, même si les données et les conditions ne sont pas les mêmes, cette période peut être comparée à des périodes similaires pour d'autres populations immigrées en France.

La troisième vague d'immigration des immigrés de Turquie, malgré la fermeture des frontières de 1974, a commencé vers les années 1980 et continue actuellement. Elle est liée au regroupement familial, signe du changement d'une immigration de célibataires en une immigration de familles.

Par ailleurs, la recherche, par des pouvoirs publics, d'interlocuteurs au sein des immigrés de Turquie a incité à la création de nouvelles "associations de services", dont le nombre est peu important et qui ne s'appuyent sur aucune représentativité.

Ainsi, nous nous retrouvons avec une typologie des associations des immigrés de Turquie qui peut être résumée comme suit :

- Associations de gauche et d'extrême gauche
- Associations de culte
- Associations «amicales» animées par des fonctionnaires turcs et par conséquent liées aux consulats
- Associations d'extrême droite
- Associations de services

Depuis le début des années 90 des changements importants sont vécus par la population des immigrés de Turquie en France.

En effet, outre le choix politique de certaines associations de couper les liens avec «l'organisation de Turquie» et de participer activement à la défense des droits des immigrés dans les pays d'accueil (ATT en 1985), la présence et la visibilité de plus en plus importante des jeunes issus de l'immigration est vécue comme un changement important.

D'une part, cette visibilité fait prendre conscience, au sein de chaque famille, de l'installation définitive de leurs enfants en France. Ainsi, le mythe du retour s'estompe plus au moins, avec la concrétisation d'investissements immobiliers et des demandes de naturalisations ( plus 6000 immigrés de Turquie ont été naturalisés en 1996).

D'autre part, ces changements de mentalité des immigrés de Turquie, fait prendre conscience à leurs associations de l'existence «d'un problème social» par rapport à la vie quotidienne des immigrés de Turquie.

Ainsi depuis cette période, la plupart des associations, toutes tendances politiques confondues, sont obligées de prendre en compte «le problème social» des immigrés de Turquie.

Cependant, cette ouverture aux «problèmes sociaux « des migrants de Turquie n'a pas les mêmes significations pour toute les associations. Mais il est clair que la plupart de ces associations partagent l'idée que leur objectif et leur existence même doivent toujours rester liées à la vie politique de la Turquie et n'ont pas à celle du pays d'accueil concernant l'avenir des immigrés en France.

Or, il faut reconnaître que les associations cultuelles et ainsi que les associations nationalistes, au contraire des associations dites de gauche ou d'extrême gauche, ont réussi à restructurer leur discours et leur projet politique par rapport à la politique d'immigration.

Ainsi, les associations islamiques revendiquent leur d'identité de musulmans de France avec toute une philosophie de vie (le Coran) proposée aux migrants et particulièrement aux jeunes issus de l'immigration, en recherche d'identité et en réaction aux discriminations quotidiennes.

Pour les associations nationalistes turques, dont le nombre augmente significativement depuis cette même période, leur projet de nationalisme turque répond aux attentes d'une population qui a peur de perdre son identité mais aussi à l'amplification du nationalisme en Turquie en raison du problème de la minorité kurde.
Concrètement, la vie associative issue de l'immigration de Turquie continue à être très marquée par la politique interne de la Turquie. La création d'associations des Alévis de Turquie absentes jusqu'au jour où les Alévites se sont organisés en tant que tels en Turquie est l'exemple même de cette continuation.

Cependant, comme pour toute population, il est normal et souhaitable pour les démocraties que les individus, quelque soit leur nationalité, se reconnaissent dans différentes idéologies politiques.

La seule chose que nous pouvons regretter est que cette différence idéologique puisse avoir sa source en Turquie et non en France, alors que c'est dans ce pays que les immigrés de Turquie vivent. (cette situation commence a changer dans certains pays ayant accordé le droit de vote aux étrangers qui s'expriment avec leurs différences dans divers partis politiques de gauche et de droite).

C'est dans ce contexte et dans le but d'accompagner ces associations vers une meilleure connaissance et participation dans la société française, que le CFAIT a été créé sur la base des associations représentant à peu près l'ensemble des différentes sensibilités citées plus haut.

Il faut dépasser les différences de sensibilité liées à la vie politique de la Turquie afin d'avoir une réelle représentativité des immigrés de Turquie par rapport aux pouvoirs publics français et turcs.

Espace de débat, d'échanges et de médiation, le CFAIT est la première et la seule structure de ce genre. Ainsi le CFAIT a parié pouvoir faire travailler ensemble des associations de sensiblités différentes en dépassant le cadre politique de la Turquie et en se basant sur la question de l'immigration.

Le CFAIT a su transformer l'handicap lié à cette diversité en une richesse et ,aujourd'hui, la laïcité et la démocratie sont devenues les principes de l'existence même du CFAIT. C'est en se fondant sur les fruits de ce processus d'échanges et de réflexions que le CFAIT mène actuellement la campagne "Pour L'Egalité des Droits et pour une Nouvelle Citoyenneté" .