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ET DEMAIN ?
Bernard DELEMOTTE
Ancien conseiller municipal d'Amiens, président de l'association ASECA

Un an après la journée d'étude dont les textes constituent la première partie de ce livre, et au terme de notre enquête sur les conseillers associés, le point sur la participation des immigrés à la vie municipale institutionnelle peut être fait rapidement : très peu de villes en France se soucient de cette question et là où des expériences ont été menées les difficultés rencontrées ont souvent découragé les bonnes volontés.

LES CONSEILLERS ASSOCIÉS

On peut s'interroger sur l'intérêt des initiatives d'installation de conseillers associés prises dans sept villes. Il s'agissait, entre autres objectifs, de peser dans le débat sur le droit de vote et de proposer une étape transitoire, pédagogiquement utile. Le nombre restreint d'expériences, deux seulement ayant eu une durée suffisante pour être significatives, lïnsuffisance d'échos dans les médias, liée parfois à une volonté discutable de discrétion, n'ont pas permis d'atteindre ce but.

Localement cependant, on a constaté une sorte de banalisation de cette forme de participation qui doit être considérée comme un élément positif pour l'avenir. Dans les villes concernées, il a été prouvé que des étrangers pouvaient participer activement aux instances municipales sans mettre la ville à feu et à sang. Ces expériences ont fait évoluer les mentalités et il s'agit indiscutablement d'un progrès en termes de démocratie locale et d'insertion des immigrés.

Plusieurs municipalités concernées ont dû, à l'occasion de ces élections, repenser la place du public et la possibilité de lui donner la parole au cours des séances du conseil municipal ; le mode électif a permis de désigner, à côté de militants associatifs déjà identifiés, des personnes représentatives qui, en dehors d'une procédure de ce type, ne peuvent être reconnues ; Cerizay a été la ville de France où les Portugais ont été les plus nombreux en pourcentage à voter aux dernières élections européennes ; plusieurs des conseillers associés, naturalisés français par la suite, se sont retrouvés candidats lors des dernières municipales : il y a là des faits qui constituent autant d'aspects positifs.

LES CONDITIONS DE LA REUSSITE

En plus de l'évidente volonté politique nécessaire pour mener à bien des entreprises de ce type, une préparation longue et rigoureuse est indispensable. Il s'agit de convaincre les personnes concernées par le vote, car elles sont le plus souvent ignorantes des enjeux, de les faire participer à une procédure électorale complexe dont les retombées immédiates ne sont pas évidentes et risquent même d'apparaître très décevantes.

Les règles doivent être claires : il semble logique, par exemple, de retenir la notion de résidence au 31 décembre de l'année qui précède l'élection, de ne pas y faire participer les binationaux et de les inciter, au contraire, à s'inscrire sur les listes électorales françaises.

Il faut aussi avoir suffisamment réfléchi à la place et aux modalités de prise de parole des élus étrangers pour limiter, autant que faire se peut, les controverses juridiques.

Électeurs et élus doivent comprendre qu'il s'agit d'une représentation dans le but d'intervenir sur l'ensemble des questions municipales, et pas uniquement sur celles qui sont spécifiques à l'immigration, et d'une étape vers une participation sans restriction aux élections municipales "normales".

Dans cette perspective, un scrutin par liste, favorisant la pluriethnicité et s'appuyant sur des programmes, est plus proche de la régle politique habituelle et doit être privilégié.

LES CONSEILS CONSULTATIFS

Que demain le droit de vote soit accordé aux étrangers pour les élections locales, et ce sera le cas pour les communautaires dès les prochaines municipales, la gestion des questions spécifiques à l'immigration et la façon dont les municipalités les abordent resteront d'actualité. Vincent Geisser a bien montré que la relation mairies-communautés maghrébines n'était pas nécessairement réglée par la présence d'élus issus de cette immigration. Il est par ailleurs illusoire de penser qu'avant de nombreuses années l'intégration aura été telle que les immigrés participeront comme le reste de la population aux commissions consultatives, conseils de quartier, offices des sports ou de la culture... Au moment où ces structures se développent, où se créent des milliers de conseils municipaux d'enfants, on constate pourtant la quasi disparition inopportune des commissions spécifiques à l'immigration.

Des lieux de rencontre, de dialogue, de médiation restent nécessaires. La ville de Strasbourg, en modernisant avec succès le concept, nous donne un exemple réjouissant de ce qu'il est possible de faire. Il n'y a d'ailleurs pas lieu d'opposer conseillers associés et conseillers consultatifs, les objectifs n'étant pas les mêmes.
Si les différentes initiatives n'ont pu jusqu'à présent peser dans les orientations politiques, il n'est pas possible de se satisfaire du déficit démocratique qui persiste à l'égard des étrangers, mais aussi de l'immigration en général.

L'association d'élus étrangers aux conseils municipaux reste une piste à privilégier, mais pourra-t-on vaincre la prudence, la frilosité sur ce sujet des élus, y compris de la part de ceux dont les partis ont inscrit le droit de vote dans leurs programmes ? Les difficultés juridiques ne sont pas un obstacle insurmontable, les textes se modifient, lajurisprudence évolue, quand le rapport de forces est suffisant.

En tout état de cause, les municipalités ne peuvent oublier une partie de leur population. Elles doivent se donner la peine d'y réfléchir et de trouver des solutions, différentes vraisemblablement d'une ville à l'autre, pour faire participer les diverses communautés à la vie de la cité. À défaut, ces municipalités risquent de se réveiller trop tard : si les quartiers flambent, deviennent des ghettos, y aura-t-il quelqu'un pour renouer les fils du dialogue ?

Bibliographie

- Accueillir, dossier "Citoyenneté locale, quelques exemples en France et en Europe", no. 204, septembre-octobre 1995.
- Augustin Bayala, L'expérience amiénoise d'élection de consillers étrangers ssociés au conseil municipal (1987-1989), mémoire de DEA en sciences administratives et politiques, Amiens, CURAPP, 1996.
- P. Blaise et A. Martens, "Des immigrés à intégrer : choix politiques et modalités institutionnelles", Courrier hebdomadaire du CRISP (Centre de recheche et d'information sociopolitiques), no. 1358-1359, 1992.
- Dominique Breillat, Les droits politiques de l'étranger en France : la condition juridique de l'etranger, Paris, PUF, 1989.
- Centre des cultures méditerranéennes, Les immigrés et la participation à la vie locale, Paris, Adels-Syros, 1989.
- Collectif, Amiens: les immigrés citoyens ?, Amiens, Licorne-Corps Puce, 1989.
- Collectif, 1789-1989: immigration et citoyenneté en Europe, Amiens, ASECA 1990.
- Jacqueline Costa-Lascoux, De l'immigré au citoyen, Paris, La documentation française, 1989,
- Francis Delpérée, Les droits politiques des étrangers, Paris, PUF, 1995.
- Alain Fenet, Gérard Soulier, Les minorités et leurs droits depuis 1789, Paris, L'harmattan, 1989.
- Vincent Geisser, "Les élus issus de l'immigration maghrébine : l'illusion de la médiation politique", Horizons maghrébins, no. 20-21, 1993.
- Thomas Hammar, "Citizenship : membership of a nation and of a state", International migration, no. 4, december 1986.
- Hommes et libertés, "Les immigrés dans la cité", no. hors série, novembre 1985,