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Si
la société
française a commencé
à prendre conscience
du « mal des banlieues
» au début
des années 70,
ce n'est qu'au début
des années 80 que
le recours aux activités
sportives à des
fins d'animation, de prévention,
d'insertion / intégration
1 s'est accentué. Près de vingt ans
plus tard, des milliers
d'actions s'organisent
chaque année, ponctuellement
ou sur des périodes
plus ou moins longues,
pendant les vacances,
en fin d'après-midi
pendant les périodes
scolaires, à tous
les niveaux d'échelle
(de l'immeuble à
l'ensemble du territoire
national). La diversité
est telle qu'il est devenu
utile de proposer des
points de repère
aux acteurs, qu'ils occupent
un poste de décision
ou un poste d'action sur
le terrain.
Les
problématiques
d'insertion par le sport
cristallisent le «choc
des cultures» spécifiques,
différentes mais
pas indifférentes,
qui parviennent à
travailler ensemble, même
si ces avancées
en synergie ne sont pas
exemptes de blocages et
de contradictions
2.
Ainsi, les cultures du
mouvement sportif, de
l'animation (sportive)
et du travail social se
télescopent, s'esquivent
ou travaillent en partenariat.
Une
première ligne
de partage s'organise
autour de deux conceptions
que nous résumerons
par la formule «
sport éthique ou
sport outil » ?
Le mouvement sportif se
reconnaît majoritairement
dans l'éthique
sportive, qui ferait du
sport un lieu naturel
d'insertion, il est rejoint
sur cette position par
la partie la plus «sportive»
des animateurs (formés
et diplômés,
par les canaux fédéraux
et/ou d'Etat). A l'opposé,
les travailleurs sociaux
(éducateurs spécialisés
par exemple) et les animateurs,
dits socio-éducatifs,
voient dans le sport un
outil qu'il est possible
d'utiliser au même
titre que la photographie,
la vidéo, la mécanique...
pour renouer le contact
et travailler à
la remobilisation personnelle.
Bien
sûr, cette première
ligne de partage n'est
pas hermétique,
les transfuges, les «hésitants»,
les hybrides, les ambivalents...
sont nombreux 3. Ils assurent d'ailleurs la fonction de mise en
relation qui n'est pas
sans effet sur la mise
en oeuvre des projets
locaux. Cette dichotomie
a le mérite de
positionner les trois
cultures en différenciant
deux pôles traditionnellement
éloignés
(mouvement sportif et
travail social) et en
pointant la position plutôt
intermédiaire de
l'animation.
Il
est aussi possible de
les distinguer par la
comparaison systématique
(et très schématique)
des «principes fondateurs»
4
:
-
Pour la culture traditionnelle
du mouvement sportif
pour laquelle la prévention
et l'insertion se font
naturellement par le
club et par la rencontre
sportive. Il est fait
référence
aux «valeurs du
sport» (émulation,
recherche du progrès
individuel, fair-play,
acceptation de la règle
sportive et de la défaite,
apprentissage de la
vie collective), et
à ses dimensions
humanistes, construites
par près d'un
siècle de maturation
et de développement.
- La culture de l'animation
sportive est certainement
plus récente
et est donc plus difficile
à «lire».
Dans ce cadre, la prévention/insertion
se fait essentiellement
par le «loisir
sportif à la
carte». Il est
fait référence
à l'apprentissage
de la «citoyenneté
active» dans le
prolongement des mouvements
d'Education Populaire.
- La culture du travail
social est très
différente. La
prévention et
la «réparation
» 5 concerneront des jeunes inscrits dans un processus
de marginalisation.
Dans ce cadre, particulièrement
bien défini par
l'arrêté
de 1972 le sport est
prétexte, outil
à la rencontre,
au dialogue, puis à
la remobilisation.
Si
nous avons beaucoup insisté
sur les spécificités
de chaque culture engagées
dans les politiques d'insertion,
au moins deux facteurs
participent à une
certaine homogénéité.
D'abord, les attitudes
vis à vis de la
compétition ne
sont pas aussi clairement
réparties qu'on
pourrait le croire, notamment
sous l'influence des «transfuges».
Si le mouvement sportif
est majoritairement centré
sur la compétition,
c'est aussi le cas pour
une proportion non négligeable
des animateurs et des
travailleurs sociaux,
dont beaucoup ont un passé
de compétiteur
ou utilisent la compétition
comme outil privilégié.
Sur un autre plan, on
peut considérer
que la segmentation des
clientèles est
relativement illusoire,
de nombreux jeunes passant
d'une structure à
une autre, incitant de
fait les organisations
à harmoniser leurs
pratiques et leurs discours.
Si
«choc des cultures»
il y a, il faut aussi
(surtout ?) noter la mise
en oeuvre d'opérations
partenariales favorisées
par l'effet de proximité
l'homogénéité
des commandes politiques
et le déploiement
de dispositifs globaux
de la Politique de la
Ville.
La mise en oeuvre des
opérations partenariales
ne doit pas masquer la
persistance ou l'émergence
de contradictions et de
blocages institutionnels.
Se développent
d'abord les logiques
de concurrence objective.
Les organisations, qu'elles
soient professionnalisées
ou bénévoles,
sont positionnées
dans le même champ
et se concurrencent (au
moins potentiellement)
au niveau de l'attribution
des subventions. Chacune
cherchera alors à
(sur)valoriser son action,
ses résultats...
à asseoir sa légitimité
parfois au détriment
des partenaires devenus
alors concurrents directs.
Cette recherche de reconnaissance,
au demeurant bien légitime,
aura selon les configurations
locales des effets «désastreux»
ou moteurs. Quelques jeunes,
habitués aux circuits
locaux par plusieurs années
de difficultés,
passent maîtres
dans la «manipulation
des institutions»
à leur avantage
personnel et peuvent intensifier
des difficulté
partenariales. En tout
cas, la diversité
des missions, leur différence
de formalisation, les
inégalités
de formation contribuent
à créer
des situations de rivalité
objective, même
si les acteurs concernés
préfèrent
soit les nier soit les
aménager. Renforçant
les concurrences objectives,
les effets pervers
du partenariat institutionnel
notamment dans le cadre
des contrats de ville
peuvent gripper les mécanismes.
Relevons la dispersion
des organismes financeurs,
qui se sentent obligés
d'être présents
sur tous les fronts et
qui ne disposent pas de
ressources financières
infinies.
Autrement
dit, la recherche des
financements croisés
provoque dans certains
cas un véritable
«saupoudrage»
des moyens disponibles.
Les décisions financières
sont retardées
puisque des logiques de
«financement levier»
se développent,
chaque institution déloquant
ses crédits si
les autres partenaires
du «tour de table»
annoncent préalablement
la hauteur de leur engagement.
Enfin, les problèmes
d'organisation s'alourdissent.
La
diversité des actions
à visée
d'animation urbaine, de
prévention et/ou
d'insertion résulte
de la mise en mouvement
plus ou moins concertée
des trois cultures. Les
synergies, locales ou
nationales, sont difficiles,
hésitantes mais
se concrétisent
par de nombreuses «micro-opérations».
Ce maillage du territoire,
s'il est inégal
et largement insuffisant
par rapport aux enjeux
sociaux, ne doit pas être
sous-estimé, tant
il repose sur des énergies
individuelles et collectives
qu'il faut certainement
préserver et développer.
NOTES
1-
Les universitaires attachent,
à juste titre,
beaucoup d'attention à
définir les termes
qu'ils emploient. Cet
exercice de clarification
des débats sémantiques
est de la plus haute importance
au regard des enjeux sociaux.
Toutefois, nous esquiverons
ici cette question qui
exige de nombreux et utiles
détours, d'autant
que l'absence (provisoire)
de définition n'empêche
pas la compréhension
des propos.
2- Cette idée tient
beaucoup aux recherches
appliquées réalisées
en collaboration avec
Jean JOURDAN sur les dispositifs
d'insertion par le sport.
Citons notamment l'étude
d'évaluation menée
en 1995-96 dans le cadre
du contrat de ville de
l'agglomération
dijonnaise : «Usages
sportifs du sport contre
l'exclusion sociale».
R.E.E.L.S.-D.D.J.S. Côte
d'Or, 1996.
3- D. CHARRIER, «Les
missionnaires de l'insertion
par le sport», à
paraître.
4- Cette approche sera
développée
dans un article (sous
le même titre) à
paraître prochainement.
Il s'appuiera sur une
comparaison minutieuse
des modalités dominantes
de pratique : mode d'inscription
dans la structure ou dans
l'activité, nature
du paiement, des horaires,
des lieux, mode de détermination
des partenaires, panel
des activités sportives,
adulte référent
et objectif poursuivi...
5- Terme largement employé
par les éducateurs
de Prévention Spécialisée.
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