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Tout
d'abord, je tiens à
vous remercier d'avoir
mis à l'ordre du
jour un tel sujet et d'avoir
accepté d'ouvrir
le dialogue avec des personnes
et des responsables qui
n'ont pas tous la même
approche de la question.
Bien des "grand's
messes" ont été
célébrées
tant sur les associations
que sur la citoyenneté,
et je crois savoir que
d'autres "cérémonies
analogues" 1
se préparent pour
ce mois ci ou le mois
prochain.
Rôle essentiel et
complémentaire
dans la société
Ici, nous avons l'occasion
d'échanger à
partir de nos propres
expériences et
avec des associations
turques qui font la preuve
qu'elles veulent réfléchir
et réagir si nécessaire
à partir de leur
propre conception de la
vie associative.
*
* *
D'emblée,
en raison de ma formation,
de l'expérience
acquise dans le milieu
de travail et des responsabilités
syndicales que j'ai exercées,
j'affirme encore et toujours
que les associations ont
entre elles un rôle
essentiel et complémentaire.
Si elles n'en prennent
pas conscience elles périclitent
et disparaissent. Autrement
dit, une vie associative
qui se suffit à
elle même, tourne
sur soi en rond avant
de tourner à vide,
de s'isoler et de se dissoudre
dans la société
comme un oued aux eaux
abondantes par temps d'orage
se vide complètement
dans le désert.
Etre
"Regroupés"
Il en va de l'association
comme des personnes...
"Il n'est pas bon
que l'homme soit seul"
déclare dans sa
sagesse le livre des Ecritures
2.
Il n'est pas bien que
l'homme vive isolé,
en individu replié
sur lui-même, sur
sa famille, ses proches,
son groupe, même
s'il a besoin de s'intérioriser
pour construire son identité
et se "personnaliser"...
Il se construit aussi
au contact de l'autre,
des autres...
Il en est de même
au niveau du groupe où
les individus se rassemblent
pour tenir, pour vivre
et survivre ... si un
groupe de même origine
par exemple se replie
sur lui-même, il
s'enferme alors dans ce
que l'on appelle communément
le "communautaire".
Etre
"reconnu"
Pour être reconnu,
pour compter, pour peser
dans la société,
pour être pris en
considération ou
pour faire prendre en
considération ses
propres intérêts,
il faut être regroupé
; c'est le sens du regroupement
politique ou syndical
selon la nature des objectifs
fixés.
Des délégués
"non-élus",
des représentants
"désignés"
et même des personnalités
"qualifiées",
qui ne représentent
qu'eux même peuvent
être contestés,
sans consistance et sans
poids durable tels le
fétu de paille
qui vole au gré
du vent.
Un
exemple de vie associative
Le "Syndicat"
- lieu d'échange
et d'intégration
?
Hier, et en moindre mesure
encore aujourd'hui, le
syndicat rassemble en
se fixant comme objectif
: la défense des
intérêts
de tous les salariés,
et souvent la défense
des intérêts
particuliers, par corporation,
catégorie professionnelle,
quelque soit le sexe,
l'origine ou l'âge...
Par ce comportement, le
syndicat était
un fort lieu d'intégration
et d'échanges,
le "tous ensemble",
était un principe
essentiel avant d'être
une valeur.
Cette vie associative
avait et a toujours des
règles de fonctionnement.
La "démocratie
syndicale" et la
"démocratie
ouvrière"
ne sont pas que des mots
pour initiés à
la "langue de bois"
du syndiqué. Pour
qui a vécu l'occupation
d'usines et de chantiers
ou quelques grèves
"dures", ce
sont entre salariés
des moments d'échanges
intenses où la
dureté de langage
et les tensions ne sont
pas exclues. Le renouveau
syndical doit s'appuyer
sur cette démocratie
là qui a fait ses
preuves. Bernard Thibault
3,
pour l'avoir pratiqué
avec les cheminots en
décembre 1995,
a témoigné
de cette vie associative
syndicale, intense, originale
et transparente qui passait
bien à la Télé
malgré la gène
indéniable pour
le public.
Le chômage, les
intérêts
individualisés,
les préférences
nationales, voire régionales
ou locales ont fait perdre
au syndicat cet image
de creuset unique en son
genre, où les individus
se forgeaient une conscience
collective, que l'on appelait
conscience de classe.
Avec
ou sans le Syndicat
Les associations ont leurs
réseaux
Quand on parle et que
l'on pense "vie associative",
soyons francs, ce n'est
pas à l'expérience
syndicale que l'on se
reporte, mais plutôt
au regroupement d'hommes,
de femmes, de jeunes qui,
comme vous, se sont fixés
quelques objectifs ensemble
pour vivre en France,
pour préserver
leur identité commune,
faire ensemble la fête,
se souvenir ensemble,
résister ensemble
à l'environnement
hostile ou considéré
comme tel.
Beaucoup d'associations
ont en gros les mêmes
objectifs plus ou moins
bien affirmés aussi
les guettent le danger
de dispersions, d'éparpillements
en groupuscules atomisés...c'est
par nécessité
que certains se sont regroupés
en réseaux sur
des bases qui bien souvent
restent à définir.
Associer
ensemble... mais pour
quoi faire ?
Les dérives...
J'ai le souvenir de certains
patronages catholiques
italiens, espagnols, polonais
ou portugais, dont la
vie associative animée
par des prêtres
(dits parfois: missionaires)
se résumait dans
l'entretien du culte religieux
vécu au village
natal ou dans la région,
le maintien des traditions
et de leur folklore...
La consigne était
d'éviter le contact
avec les "Rouges"
et les syndicats (nos
amis Lorrains de Longwy
4
par exemple en savent
quelque chose ).
La vie associative prônée
il y a cent ans par La
Ligue du Coin de Terre
pour ses jardiniers relevait
de la même prudence
: "tandis qu'ils
sont aux jardins, ils
ne fréquentent
ni les syndicats ni les
cafés."
Plus près de nous
n'y a t il pas dérive
avec quelques "amicales",
avec quelques "Haut
conseil ...", avec
quelques autres associations
dites spécialisées
en "folklore d'origines"
ou en "Soutien cultuel
authentique" le tout
sans but lucratif, bien
entendu.
Les
Obstacles
L'impact du Front national...
les rencontres impossibles
La société
d'accueil peut elle-même
être en quête
de son identité,
et par peur refuser l'autre.
Dans ce cas tout est prétexte
à l'exclusion :
la préférence
nationale est brandite
comme un bouclier protecteur.
Au lieu d'être des
"instruments"
d'unification et de consolidation
identitaires certains
mots et certains symboles
nationaux deviennent des
repoussoirs, des "instruments"
de divisions ainsi en
est-il de la Tradition
Française, de la
Culture et de la Langue
Française, de la
Religion Chrétienne,...
ainsi en est-il de notre
Histoire et de ses illustres
personnages : Clovis,
Jeanne d'Arc, de Gaulle
... la Révolution,
la Résistance.
Alors, dans un tel climat,
il n'est plus possible
de parler d'assimilation,
d'intégration,
d'insertion et encore
moins de respect de l'autre
car l'autre n'existe plus
sinon comme l'ennemi qu'il
est logique et salutaire
d'éliminer. La
vie associative, dans
ce cas, ne risque pas
d'être le vecteur
de la citoyenneté.
Aujourd'hui, la question
qui nous est posée
est la suivante : Que
représentent les
associations dans la vie
sociale ?
Ne sont-elles pas un refuge
pour les femmes et les
hommes qui en sont adhérents
? Un repli qui empêche
le contact et l'échange
avec l'ensemble ? Ou bien
un tremplin pour prendre
sa place dans la cité
moderne ?
*
* *
Cet
exercice que je viens
de faire à partir
de la vie associative,
pour en rappeler les enjeux,
nous pourrions le faire
à partir du mot
"citoyen" et
de l'idée qu'il
véhicule depuis
l'antiquité grecque,
égyptienne ou romaine,
aujourd'hui, disons pour
simplifier que par "citoyen",
nous entendons: celui
qui prend des responsabilités
dans la cité, sujet
de droits et de devoirs,
il est actif et contribue
par ce qu'il est, par
ce qu'il vit à
rendre la cité
plus viable.
Etre
Citoyen aujourd'hui
Après ce long préambule
je voudrais m'appuyer
sur une expérience
que certains d'entre vous
vivent dans leur association
et que j'ai l'honneur
de co-piloter avec notamment
Umit Mettin du Cfait-
Att, de Hasane Ba et Albano
Cordeiro, chercheurs et
sociologues.
Nous pensons que la vie
associative peut être
vecteur de citoyenneté.
Autrement dit : "Des
adultes, des jeunes adhérents
à des associations
établies en France
peuvent s'épanouir
dans la société
française en y
prenant leur place sans
trop de complexe".
L'enquête
action
Sur
un échantillon
de 150 personnes pris
dans quelques régions
de France et particulièrement
en Ile de France et en
Lorraine avec une proportion
de 80% de jeunes (entre
20 et 35 ans), nous pouvons
donner quelques chiffres
significatifs.
Concernant la question
ouverte sur la citoyenneté
à mi campagne de
cette enquête action
(Décembre 1998)
les mots clés qui
reviennent sans cesse
sont le droit et les droits,
la participation, l'égalité,
la liberté la responsabilité...
Est-il
fait une différence
entre " Citoyenneté
et Nationalité
" ?
- 74% se sentent citoyen
en France
- 68% pensent que l'on
peut-être citoyen
sans avoir pour autant
la nationalité
française
- 56% pensent que tous
les Français ne
sont pas des citoyens
- 57% font une différence
en France entre "
l'insertion " et
" la citoyenneté
".
Qu'en
pense les associations
dont ils sont adhérents
?
La plupart (51%) pense
que leur association partage
leur point de vue, mais
une grosse minorité
(30%) ne savent pas ce
qu'en pense leur association...
Pourquoi
? Est-ce un sujet tabou
?
La suite de l'enquéte-action
le révélera
peut être...
Mais
alors "Etre citoyen"
... c'est quoi pour les
jeunes interrogés
?
(90,5%) Ce n'est pas rompre
avec le pays d'origine
(80%) Ce n'est pas non
plus être né
en France
A
titre indicatif être
citoyen, c'est :
- 83,5% : avoir les mêmes
droits que les Français
de souche
- 83,5% : avoir le droit
de vote en France
- 87% : pouvoir exprimer
sa différence culturelle
- 69% : maîtriser
la langue française
Le
rôle des associations
Il est indispensable d'Agir
avec les associations
pour réussir en
faveur de la citoyenneté
Alors
que doivent faire les
associations ?
- à 70%, développer
une meilleure communication
- à 76%, doivent
cibler toute la communauté
- à 65%, doivent
impliquer les associations
démocratiques françaises
- à 57%, doivent
impliquer les partis politiques
français.
NOTES
1-
Forum national de la Vie
Associative
2- Genèse 2/18
3- Le congres de la CGT
où Bernard Thibault
deviendra secrétaire
général se
tenait à Strasbourg
au moment de cette réunion
de Nancy.
4- Cf. : L'anniversaire
de Thomas (Villerupt ville
de Fer) J. Salque ... imprimerie
SNIC Nancy 1982 et Longwy
Immigrés et Prolétaires
1880-1980 Edit. PUF 1984.
[Ce
texte est la contribution
de Mr BELLANGER à
la table-ronde intitulée
"représentativité
associative" et organisée
par le CFAIT à
Nancy, le 30 janvier 1999]
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