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LA REPRÉSENTATION ASSOCIATIVE ET LES IMMIGRÉS DE TURQUIE
Muharrem KOÇ
Coordinateur de l'ASTTU, Strasbourg

"Les organisations civiles sont les garantes et les avant-postes du développement et de l'égalité sociale".

En se basant sur cette approche générale, les associations, s'activant pour la cause des immigrés en France aujourd'hui, doivent s'interroger sur les immigrés et leur représentation. La vie associative en France est très dense et très influente. Mais chaque association se crée un domaine d'application en se fondant sur ces objectifs fondamentaux. En fin de compte, un groupe sur lequel elle s'appuie, se forme.

En premier lieu, lorsque nous regardons la position des immigrés de Turquie dans la vie associative, nous apercevons un spectacle étrange. Les associations n'agissent pas pour les intérêts de leur propre groupe social ou culturel, suivant le niveau social dans le pays où vivent les immigrés. La très grande majorité des associations sont le prolongement d'organisations de Turquie. Ceci a pour effet de transporter ici les problèmes qu'il y avait en Turquie. Une grande majorité des associations sont comme un représentant à l'étranger des institutions politiques, religieuses, ethniques et culturelles de Turquie. En clair, les associations d'immigrés de Turquie en France n'arrivent pas à s'investir pour les intérêts de tous les immigrés de Turquie. Et les caractéristiques singulières dans les domaines politiques, économiques et sociologiques du pays d'où ils viennent en sont la cause.

A propos des minorités en Europe, les immigrés, qui ne n'ont pas réussi à résoudre par eux-mêmes ce problème, ne réussissent pas à créer une plate-forme commune. Ceci donne une image négative du point de vue des immigrés de Turquie. En revanche, le fait que les problèmes de la population visée par les associations soient à peu près les mêmes est une raison suffisante pour créer une plate-forme commune.

La population immigrée de Turquie depuis une trentaine d'année n'a pas réussi son intégration dans le pays où elle vit. Elle est montrée du doigt comme étant l'une des premières dans la catégorie des immigrés à ne pas vouloir s'intégrer en France. Les immigrés de Turquie, dont l'âge moyen est l'un des moins élevés, s'efforcent de former une communauté désireuse de "s'implanter" en s'éloignant de leur statut de "provisoire". Et ceci crée de graves conflits. C'est dans ces conditions qu'il est possible de dire quelque chose relativement au besoin d'une représentation associative des immigrés de Turquie. Avant tout, il nous faut connaître et accepter la réalité sociale des immigrés de Turquie d'aujourd'hui. Nous sommes sur le point d'accepter désormais l'idée que les immigrés sont des citoyens de la France.

Cette approche nous oblige à créer un nouveau lien avec la Turquie, le pays d'où nous venons. Nous devons libérer les liens psychologiques et culturels existants. Par exemple, l'instauration du Haut Conseil aux Immigrés de Turquie n'est rien d'autre que de la poudre aux yeux. Beaucoup d'immigrés se demandent quelle population vont représenter les représentants nommés d'en haut, et quelle légitimité ils auront. Alors que les immigrés se préoccupent de beaucoup de problèmes douloureux comme le service national, l'éducation, la retraite et les formalités administratives, le débat sur 'de quelle manière les faire voter lors des élections en Turquie" semble être un moyen pour faire oublier ces vrais problèmes.

Dans ce sens, la représentation associative ne sera possible qu'en gagnant le droit à être représentés. Dans les sociétés démocratiques, cela ne se réalise qu'avec des élections. Les différents points de vue, les propositions et les programmes des partis politiques sont présentés à la population ; et les électeurs utilisent ou n'utilisent pas leur droit de vote. Les organisations politiques qui auront la majorité des voix essayeront d'appliquer leur programme, mais elles devront faire avec l'opposition.

Pour les immigrés, cela ne marche pas tout à fait comme cela. Dans les pays où ils vivent, leurs devoirs de citoyens consistent à payer des impôts, à travailler etc. Par contre ils n'ont pas les mêmes droits que les autres citoyens. Bien qu'ils soient en France depuis de nombreuses années, ils n'ont pas le droit à la parole en ce qui concerne leur propre avenir. Et ce droit empêche les immigrés à être représentés directement. De nos jours, l'une des fonctions principales des associations est d'obtenir ce droit. Il est certain que les problèmes que vivent les immigrés se régleront avec l'obtention du droit à élire et être élu. Ainsi, ceci nous semble être la première étape à une existence sociale.

La campagne "des Droits Égaux et une Nouvelle Citoyenneté" qu'a commencée le CFAIT révèle en réalité une perspective importante pour les immigrés de Turquie. Aujourd'hui, la revendication "nous sommes d'ici et 'nous sommes des citoyens de cet État", qui coïncide avec la réalité sociale des immigrés, peut rassembler les associations d'immigrés de Turquie autour d'une plate-forme commune. Et en réalisant cette initiative, il faut être conscient qu'il convient de dépasser les structures communautaires.

Pour finir, les associations qui agissent pour résoudre les problèmes comme le cas des sans-papiers, les formalités du regroupement familial, la retraite, l'éducation des enfants et des jeunes, le racisme, l'exclusion, le repli sur soi et le chômage, peuvent être considérées comme ayant un droit de représentation légitime avec l'appui des populations qu'elles visent.