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L'action
collective des citoyens
en faisant usage de l'outil
associatif, soulève
un certain nombre de problèmes
: parmi ces problèmes,
celui de la représentativité.
Qui peut garantir que
le regroupement volontaire
des citoyens n'exclura
pas de façon systématique
certaines catégories
de citoyens ?
Le
champ associatif doit
être pensé
d'abord comme support
de l'expression de différentes
appartenances, sous-territoriales,
catégorielles,
culturelles, ainsi que
de sensibilités
en termes de valeurs-idéales
socialement partagées.
La
logique d'agrégation
des citoyens selon ces
différents vecteurs
n'est pas une logique
de représentation
unitaire formelle de chaque
appartenance.
Ceux
qui s'agrègent
sur la base de la défense
ou la promotion d'intérêts
et de valeurs le font
volontairement, mais l'impact
de cette action dépasse,
en général,
le groupe constitué.
C'est grâce à
la liberté de faire
valoir une autre stratégie
que celle portée
par un groupe déjà
constitué, que
ceux qui sont concernés,
mais pas participants
à l'action, pourront
s'organiser à leur
tour pour faire prévaloir
leur propre démarche
ou vision de l'enjeu.
C'est
cette logique qui est
à l'origine de
ce qui est appelé
la "dynamique associative".
Et c'est d'ailleurs pour
cela que la captation-institutionnalisation,
de la part du Pouvoir,
d'une de ces expressions
au sein d'une appartenance,
est porteuse d'un affaiblissement
de la dynamique associative,
voire de la cassure de
celle-ci, dans la mesure
où la légitimité
associative est altérée
(désignant des
intermédiaires
"préférés"
ou même uniques).
Il
en résulte que
la "représentation"
de la participation des
citoyens à la vie
publique ne peut être
obtenue qu'en donnant
place à la diversité
des expressions. C'est
la diversité qui
est représentative
et non pas la recherche
d'un dénominateur
commun qui aboutirait
à un seul représentant
par expression, ou à
un nombre préalablement
établi de "variantes",
démarche par laquelle
le pouvoir cherche à
diminuer
la complexité du
réel.
Il
faut toutefois être
bien conscient qu'il n'existe
pas de lien direct entre
diversité et représentativité.
Seuls les systèmes
électoraux à
la proportionnelle du
suffrage universel, sont
en mesure d'atteindre
une adéquation
satisfaisante entre ces
deux termes.
Premièrement,
dans les contextes qui
favorisent la diversité
associative, chaque groupe
recherche et a besoin
d'une reconnaissance propre.
Dans la concurrence qui
s'installe, les associations
auront tendance à
faire des alliances, sous
la forme de regroupements
affinitaires ou de regroupements
tactiques, mais aussi
à s'exclure mutuellement.
Ces processus risquent
de nuire à leur
représentativité.
Nous
sommes à la merci
d'une multiplication des
associations qui seront
faiblement représentatives.
Ou a contrario, nous risquons
une réduction du
nombre d'associations
insuffisantes à
représenter la
diversité des populations.
Il
y a alors risque d'accaparement
de la parole des individus
concernés, autant
par les dirigeants associatifs
que par les pouvoirs publics.
Ceux-ci peuvent préférer
réduire le nombre
d'interlocuteurs qui se
neutraliseront tout en
leur apportant une caution.
Seule
la régulation collective
entre les différents
acteurs peut résoudre
ces dysfonctionnements.
Ajoutons
encore que l'outil associatif
n'accorde pas à
ses utilisateurs un label
civique en soi. Tout dépend
de fait de l'usage qu'ils
en font.
*
Extrait de l'ouvrage "Immigrés
en Europe : le défi
citoyen", sous la
direction de M. LEBLANC,
G. DIDIER et A. FLYE SAINTE
MARIE, publié en
1996 aux Éditions
L'Harmattan, pages 95-103.
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