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LA REPRÉSENTATION ASSOCIATIVE
Albano CORDEIRO
Sociologue

L'action collective des citoyens en faisant usage de l'outil associatif, soulève un certain nombre de problèmes : parmi ces problèmes, celui de la représentativité. Qui peut garantir que le regroupement volontaire des citoyens n'exclura pas de façon systématique certaines catégories de citoyens ?

Le champ associatif doit être pensé d'abord comme support de l'expression de différentes appartenances, sous-territoriales, catégorielles, culturelles, ainsi que de sensibilités en termes de valeurs-idéales socialement partagées.

La logique d'agrégation des citoyens selon ces différents vecteurs n'est pas une logique de représentation unitaire formelle de chaque appartenance.

Ceux qui s'agrègent sur la base de la défense ou la promotion d'intérêts et de valeurs le font volontairement, mais l'impact de cette action dépasse, en général, le groupe constitué. C'est grâce à la liberté de faire valoir une autre stratégie que celle portée par un groupe déjà constitué, que ceux qui sont concernés, mais pas participants à l'action, pourront s'organiser à leur tour pour faire prévaloir leur propre démarche ou vision de l'enjeu.

C'est cette logique qui est à l'origine de ce qui est appelé la "dynamique associative". Et c'est d'ailleurs pour cela que la captation-institutionnalisation, de la part du Pouvoir, d'une de ces expressions au sein d'une appartenance, est porteuse d'un affaiblissement de la dynamique associative, voire de la cassure de celle-ci, dans la mesure où la légitimité associative est altérée (désignant des intermédiaires "préférés" ou même uniques).

Il en résulte que la "représentation" de la participation des citoyens à la vie publique ne peut être obtenue qu'en donnant place à la diversité des expressions. C'est la diversité qui est représentative et non pas la recherche d'un dénominateur commun qui aboutirait à un seul représentant par expression, ou à un nombre préalablement établi de "variantes", démarche par laquelle le pouvoir cherche à diminuer
la complexité du réel.

Il faut toutefois être bien conscient qu'il n'existe pas de lien direct entre diversité et représentativité. Seuls les systèmes électoraux à la proportionnelle du suffrage universel, sont en mesure d'atteindre une adéquation satisfaisante entre ces deux termes.

Premièrement, dans les contextes qui favorisent la diversité associative, chaque groupe recherche et a besoin d'une reconnaissance propre. Dans la concurrence qui s'installe, les associations auront tendance à faire des alliances, sous la forme de regroupements affinitaires ou de regroupements tactiques, mais aussi à s'exclure mutuellement. Ces processus risquent de nuire à leur représentativité.

Nous sommes à la merci d'une multiplication des associations qui seront faiblement représentatives. Ou a contrario, nous risquons une réduction du nombre d'associations insuffisantes à représenter la diversité des populations.

Il y a alors risque d'accaparement de la parole des individus concernés, autant par les dirigeants associatifs que par les pouvoirs publics. Ceux-ci peuvent préférer réduire le nombre d'interlocuteurs qui se neutraliseront tout en leur apportant une caution.

Seule la régulation collective entre les différents acteurs peut résoudre ces dysfonctionnements.

Ajoutons encore que l'outil associatif n'accorde pas à ses utilisateurs un label civique en soi. Tout dépend de fait de l'usage qu'ils en font.

* Extrait de l'ouvrage "Immigrés en Europe : le défi citoyen", sous la direction de M. LEBLANC, G. DIDIER et A. FLYE SAINTE MARIE, publié en 1996 aux Éditions L'Harmattan, pages 95-103.