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"L'Empire
ottoman était un
État financier.
C'est-à-dire que
la principale
politique économique
consistait à imposer
davantage l'économie
des provinces."
Halil INALCIK, The Ottoman
Empire, Londres, 1973
"L'État
n'a pas pu passer par
une phase de type mercantile
au sens occidental,
la phase caméraliste
intégrant une ingenierie
économique n'a
pas non plus existé."
Serif MARDIN, Le Développement
Turc, Éditions
Iletisim (Istanbul)
Si
on considère l'histoire
de l'Empire ottoman, on
remarque que, jusqu'au
vingtième siècle,
le commerce était
le fait soit directement
de l'État soit
de ses sujets chrétiens.
Quant aux Turcs, ils préféraient
généralement
l'administration, les
beaux-arts, l'agriculture
ou encore exerçaient
des métiers comme
"sellier-harnacheur,
cordonnier, tourneur,
menuisier, potier, tisserand
de laine et de soie, teinturier,
savonnier, forgeron, chaudronnier,
armurier, vigneron".
Avec
la République de
Turquie qui s'est créée
avec la fin de la période
multi-ethnique et pluri-culturelle
et l'émergence
des États "nationales",
nous rencontrons encore
les minorités dans
les rouages des premières
institutions commerciales
publiques. Depuis les
premières années
de ce nouvel État,
une campagne avait été
lancée pour pousser
les Turcs vers le commerce,
Mustafa Kemal ATATÜRK
avait même participé
à la création
d'une banque et de quelques
grandes entreprises.
Cette
nouvelle orientation vers
le commerce était
bien sûr nécessaire.
Car, "monopolisées"
par les autres nationalités
au temps de l'Empire ottoman,
ces relations avaient
été corrompues
par l'État de la
République de Turquie
qui s'était créé
juste après la
Première Guerre
Mondiale et la Guerre
d'Indépendance,
et ces relations eurent
droit à la restructuration
comme dans tous les secteurs
étatiques et sociaux
mis en oeuvre par l'État.
L'économie
traditionnelle ottomane
était basée
sur "la division
ethnique du travail".
Ce phénomène
que l'on peut qualifier
à la fois de linguistique,
religieux et ethnique,
était dû
aux particularités
et sous-cultures de chaque
communauté.
"La
structure du travail en
Turquie correspond sur
plusieurs points à
une différenciation
raciale. Ainsi, sous la
base économique
déterminée,
nous pouvons apercevoir
la multiplicité
de la structure nationale.
Chacune des communautés
est comme un anneau du
rouage, et la supprimer,
ce serait créer
un vide non remplaçable
rapidement." (A.
J. SUSSNITZKI, zur Gliederung
Wirtschaftlicher)
Comme nous l'avons signalé
plus haut, dans une structure
nationale, et avec l'incitation
de l'État, les
Turcs ont compris que
cette tâche leur
incombait désormais,
et ont commençé
petit à petit à
s'intéresser à
ce domaine. D'après
nous, ils n'ont jamais
pu "digérer"
cette situation ; ils
n'ont vu en cela qu'une
ressource leur permettant
de survivre.
La littérature
de la période des
Réformes (Tanzimat)
et de la période
républicaine est
remplie d'oeuvres relatant
les réactions de
la "noblesse"
turque aux changements,
ainsi que les tracasseries
qu'ils ont rencontrées
lors de leurs tentatives
d'intégration à
cette nouvelle ère.
Cet état de fait
a perduré jusqu'en
1983 avec le début
de la période d'Özal.
L'économie de marché
instituée à
cette époque a
créé de
"nouveaux riches"
en peu de temps. Toutes
les couches de la société
ont rêvé
de "l'argent facile".
La quantité considérable
d'argent qui circulait
sur le marché avait
tourné la tête
de tout le monde. Et chacun
se demandait comment il
pouvait avoir une part
du gâteau...
Ni les sociologues ni
les psychologues n'ont
apporter une explication
à ce changement
d'attitude d'une société
où parler des difficultés
financières étaient
"tabou"...
Pour déterminer
la réussite et
la stabilité commerciale
du passé d'une
société,
il suffit de jeter un
coup d'oeil aux entreprises
familiales qui ont traversé
les générations.
Même si une majorité
se constitue en holding,
on peut compter sur les
doigts d'une main le nombre
de grandes entreprises
familiales de plus de
60-70 ans (Haci Sakir,
Haci Bekir, Sabanci, Koç,
etc.).
Malgré tout, la
démesure des années
80 a permis l'émergence
d'entreprises sérieuses,
de cadres compétents
et professionnels. Nous
observons depuis une dizaine
d'année l'évolution
des entrepreneurs et investisseurs
turcs partout dans le
monde. Cet état
de chose englobe aussi,
comme nous le rappellera
Stéphane de TAPIA
[voir la transcription
du débat], une
superficie importante
comme l'Asie Centrale,
les pays arabes et l'Europe.
Nous observons en France
depuis une dizaine d'années
(c'est plus ancien en
Allemagne), une tendance
poussant les immigrés
de Turquie vers le commerce.
Ce fait ne peut être
expliqué que par
l'existence d'initiatives
ou de changements socio-culturels.
Par exemple, la tendance
vers l'installation définitive
en France des jeunes de
la deuxième génération
influence d'une manière
forte leur famille. L'argent
gagné ici, qui
jusque là étaient
transféré
en Turquie et investi
généralement
dans l'immobilier, sert
désormais en France
à l'achat d'une
maison, à l'investissement
d'une entreprise de restauration,
de prêt-à-porter
ou dans la construction.
Ceci doit être considéré
comme un signe d'installation
définitive ici.
Nous
pensons que les jeunes
ayant été
formés ici et qui
vont entreprendre, vont
le faire selon les règles,
en analysant le marché.
Ils vont créer
des sociétés
capables de répondre
à ces attentes.
De
ce fait, les jugements
négatifs au sujet
des entreprises de restauration
ou des ateliers de confection
vont changer. Aujourd'hui,
une personne qui regarde
ces entreprises objectivement
peut très simplement
déterminer les
problèmes importants
comme :
- le manque d'investissement
dans les infrastructures,
- l'importance des faillites
"douteuses",
- le manque de professionnalisme,
- le manque de qualité
des produits textiles,
- le manque de raffinement
dans la restauration,
- l'omniprésence
du döner-kebab dans
la restauration.
Quant
à la solution du
problème, elle
s'appuie sur un processus
de "professionnalisation"
avec l'arrivée
sur le terrain de la deuxième
et troisième génération.
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