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Aujourd'hui
aucun pays européen
n'échappe à
l'immigration turque ;
la population immigrée
originaire de la Turquie
constitue une population
qui s'élève
à 2,5 million de
personnes, première
communauté (en
nombre) issue d'un pays.
Celle-ci, en quatre décennie
a su établir une
organisation qui comprend
l'ensemble de l'espace
européen tout en
restant en relation intense
avec le pays d'origine.
Les associations et les
réseaux commerciaux
sont les instruments de
cette organisation à
l'échelle européenne,
elle est renforcée
par les relations familiales.
Il est évident
que cette population a
intensifié considérablement
les relations entre la
Turquie et l'Europe. Pendant
l'été, la
route internationale allant
de Munich vers Istanbul
devenais une route turque
1. Des millions de gens déplacent également
par voie aérienne,
voire même maritime
(Venise-Brindisi-Izmir).
Et chaque jour des milliers
de camions transporteurs
turcs vont et viennent
dans les deux sens. Par
conséquent, d'une
certaine manière
la Turquie est bien déjà
en Europe. C'est un fait
souvent sous-estimé,
même par les autorités
turques...
Inévitablement
l'Allemagne est le centre
de l'organisation turque.
C'est à partir
de ce pays que se propagent
les réseaux associatifs
et commerciaux... A présent,
le nombre d'entrepreneurs
turcs en Allemagne s'élèvent
à 47.000. Ils génèrent
des milliers d'emplois
et sont présents
dans une panoplie d'activités
extrêmement diverse,
s'organisent à
travers des organisations
de plus en plus puissantes...
Dans les autres pays aussi
les entreprises turques
sont très actives.
A ce propos, il semble
que la France suit l'évolution
avec un certain décalage.
Contrairement à
l'Allemagne, voire même
le Pays-Bas et la Belgique,
la France n'a pas encore
de grosses sociétés
de production visant l'ensemble
du marché européen.
Il est de plus en plus
fréquent de voir
l'émergence des
sociétés
dirigées par des
entrepreneurs turcs qui
visent l'ensemble du marché
européen et veulent
s'appuyer sur leur communauté.
La nouvelle donne est
susceptible de rendre
opérationnelle
cette stratégie...
En France, dans les années
à venir, les Turcs
continueront à
s'établir avec
force à leur compte.
Cette tendance est très
nette. A tort ou à
raison, dans ce pays on
a incité les gens
à créer
leur entreprise pour s'enrichir
et rester à l'abri
du chômage et de
la crise. Vu le cas des
échecs, cette incitation
n'a pas provoqué
les répercussions
escomptées et les
Turcs sans subir cette
influence ont pris place
dans cette évolution.
Il n'est pas évident
d'avancer un chiffre concernant
le nombre exact d'entreprises
issues de l'immigration
turque, nous estimons
(en faisant une extrapolation
de celles que nous avons
recensé et en comparaison
avec l'Allemagne) qu'en
France leur nombre varie
entre 5 et 10.000.
Les Turcs se mettent à
leur compte en réponse
au chômage qui les
touche particulièrement,
en raison de l'expérience
acquise dans la branche
d'activité où
ils s'établissent.
Ils s'installent également
dans les secteurs délaissés
par les entreprises du
pays d'accueil (confection,
bûcheronnage, bâtiment...).
Mais en créant
des entreprises ils réalisent
l'ultime but fixé
au début de leur
migration : devenir indépendant.
Ce but, au départ
était lié
au retour au pays. Comme
on le sait; désormais
chez les Turcs le retour
définitif n'est
plus un projet d'actualité.
Les quelques exemples
de réussites dans
la création d'entreprise
cachant de nombreux cas
d'échecs les Turcs
veulent réaliser
leur ambition en devenant
"leur propre patron"
ici en France.
Bien qu'il existe une
variété
importante d'activité,
les Turcs s'installent
à leur compte pour
satisfaire en premier
lieu la demande spécifique
de leur communauté
(alimentation, café...)
ou dans des secteurs leur
permettant d'utiliser
un savoir faire typique
de leur pays (restauration,
importation de cuirs et
de peaux, de marbre, de
l'onyx). Mais dans le
temps la diversification
s'opère et on les
voit dans les secteurs,
notamment dans les services.
La mobilité est
très importante,
les entreprises issues
de l'immigration turque
changent souvent de propriétaire.
Il est très fréquent
qu'un Turc (en échec
ou souhaitant exploiter
un autre créneau)
vend l'entreprise qu'il
possède à
un autre Turc. Les achats
et les ventes restent
souvent à l'intérieur
de la communauté.
La mobilité n'est
pas due seulement aux
reprises ; une entreprise
cesse d'activité,
l'autre dans le même
domaine s'ouvre, le propriétaire
devient l'épouse
ou le frère. Il
est extrêmement
difficile de fixer une
photographie de la situation
qui est très mouvante.
Au bout du compte, les
Turcs, qui n'ont pas une
tradition commerçante
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se révèlent
assez compétents
dans le commerce. L'handicap
essentiel pour la majorité
vient de la barrière
linguistique. Ceux de
la première génération
maîtrisent mal le
français, se heurtent
au manque d'information.
La création d'entreprise
par les Turcs mérite
un soutien ferme. Ceci
commence par la diffusion
de l'information. Celle-ci
doit être accessible
par les Turcs. Il est
nécessaire que
les autorités prennent
conscience de l'importance
relative de la création
d'entreprise par les Turcs
(et généralement
par les immigrés)
et facilitent l'accès
à un travail indépendant
par des moyens adaptés,
tels que l'organisation
des stages bilingues ou
la constitution d'équipes
de soutien pouvant servir
de relais entre l'entrepreneur
et les diverses interlocuteurs.
Un observatoire est tout
à fait souhaitable
pour pouvoir suivre l'évolution,
pour mettre à pied
les moyens de soutien
et de diffusion de l'information.
Reste à trouver,
dans le cadre de quelle
organisation peut-on créer
une telle structure ?
Chambre de Commerce, Ministère
du Commerce..?
Être son propre
patron est un signe de
réussite pour l'immigré
turc et l'oblige à
s'intégrer davantage
à la société
française. Ce qui
est vrai à titre
individuel appelle quelques
nuances quand il s'agit
de la communauté.
Car grâce aux entreprises
mais également
aux réseaux associatifs
la communauté turque
peut vivre dans un environnement
d'autarcie susceptible
de retarder quelque peu
le processus d'intégration.
D'autant plus que désormais
l'organisation communautaire
touche de plus en plus
la vie quotidienne, à
présent on peut
capter en France une dizaine
de chaînes de télévision
turque. Mais en réalité
le processus de l'intégration
est sans retour au fur
et à mesure que
les jeunes générations
scolarisées ou
nées en France
montent en scène.
Le véritable danger
devant l'intégration
n'est pas dans l'organisation
communautaire, même
pas, les écoles
religieuses qui fonctionnent
en parallèle de
l'enseignement officiel
qui nous choquent. Le
véritable danger
réside dans le
sentiment de rejet par
la société
d'accueil, par la montée
de l'intolérance
vis-à-vis de l'étranger.
Dans ce cas, l'organisation
interne pourrait contribuer
à l'établissement
des ghettos.
Incontestablement la création
d'entreprise par les Turcs,
apporte un enrichissement
à la société,
stimule les importations
en provenance de la Turquie
et renforce également
la position commerciale
du pays d'accueil auprès
du pays d'origine. Les
"döner kebab"
qui n'ont pas pu quitter
depuis des années
les restaurants grecs
du quartier latin maintenant
font partie du paysage
gastronomique de la France,
le vin turc a pu trouvé
une place dans le pays
du vin, les loukoums ou
les fruits séchés
ne sont plus les produits
d'épicerie exotique,
prennent place dans les
rayons des supermarchés.
Les immigrés turcs
sont en même temps
les représentants
des produits du pays où
ils séjournent
quand ils reviennent au
pays. Un nombre non négligeable
d'entrepreneurs turcs
en France souhaitant développer
et diversifier leur activité,,
essaie et projette d'échanger
les biens et services
entre la Turquie et la
France. Il est fort possible
que dans un avenir bien
proche ils réalisent
ce genre de projet, à
l'instar de ce qu'il se
fait désormais
en Allemagne.
Tout indique que dans
les années à
venir les entrepreneurs
issus de l'immigration
turque occuperont davantage
de terrain, non seulement
en France mais dans l'ensemble
de l'espace européen.
Et quand on prend en considération
l'immense effort de la
Turquie en ce qui concerne
les nouvelles Républiques
turcophones de l'Asie
Centrale, il ne serait
pas utopique de penser
que l'espace que voudraient
occuper les entreprises
turques (qu'elles soient
issues de l'immigration
ou de la Turquie) s'étend
de Londres, de Paris ou
de Berlin à Alma-Ata
en passant par l'Anatolie.
NOTES
1-
Depuis les difficultés
de traverser l'ex-Yougoslavie,
les Turcs ont inventé
de nouvelles routes :
l'une part de l'Italie
et atteint la Turquie
par la Grèce (mer
et terre), l'autre au
nord traverse la Hongrie,
la Roumanie et la Bulgarie
pour arriver aux frontières
turques.
2- Dans le passé,
le Turc ne pouvait qu'être
paysan ou militaire.
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