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Les
éléments
réunis dans cette
enquête ne sont
pas le fruit d'un échantillonnage
et d'un ciblage particulier.
En partant du champs d'une
série de données
suite aux questions fermées,
nous avons essayé
de tracer le contour d'un
certain discours. Parallèlement
à cela, notre soucis
a été de
trouver les éléments
constitutifs d'un archétype
morphologique du tissu
des associations des originaires
de Turquie. Cela signifie
que les responsables d'une
structure associative
entament une réflexion
aussi bien sur les fonctions
que sur les divers problèmes
du monde associatif au
sein de l'immigration
originaire de Turquie.
Nous avons essayé
de saisir leur projection
dans l'avenir en tant
qu'agent du changement
au sein de l'immigration
et leur carence au milieu
de diverses questions
entre l'individuel et
le sociétal au
milieu d'un "communautarisme"
encore mal décrit
parce que peu analysé.
Lors de notre enquête
46 associations ont répondu
à notre questionnaire.
Dans les intitulés
de ces associations la
référence
à la Turquie ou/et
aux Turcs est toujours
explicitement exprimée.
Même parmi les plus
récentes les signes
d'appartenance sont exprimés
bien que le contenu de
ces signes n'ait pu être
analysé lors de
cette enquête. Les
adjectifs "culturel,
islamique, sportif"
complètent les
aspects fonctionnels des
appellations. Dans les
affirmations de turcitude,
le trait national se trouve
entre une allusion de
distanciation au pays
de départ sous
forme "de Turquie",
ou bien de rapprochement
avec l'insistance sur
l'adjectif "turc"
(qui se présente
souvent sous la forme:
"association x"
suivi de "des Turcs").
La valorisation d'une
ethnicité n'est
pas étrangère
à ce dernier cas,
tandis que les intitulés
"de Turquie"
font un effort d'équilibrage
dans les différentes
origines ethniques des
immigrés .
Nous avons demandé
aux associations de nous
fournir les nombres d'adhérents
sans leur demander le
nombre de membres actifs,
tout en tenant compte
de la diversité
de leurs activités
qui n'impliquent pas les
mêmes types de participation.
Les nombres d'adhérents
nous offrent une fourchette
entre 8 et 300 membres.
Celles qui sont au delà
de 100 adhérents
sont plutôt axée
sur le domaine des "activités
religieuses", "folkloriques"
et sportives.En général
les petites associations
sont plutôt tournées
vers la présentation
à la société
française régionale
des aspects et des dimensions
culturelles "peu
folklorisées"
des cultures de la Turquie.
Dans quelques cas cependant,
elles ont une vocation
nationale. Elles servent
de courroie de transmission
culturelle , -avec parfois
des liens qui précédent
le processus migratoire-,
à partir des éléments
"immigrés
autochtones", ou
souvent avec une transposition-transfert
des sources culturelles
depuis la Turquie. Un
rôle de re-découverte
auprès des jeunes
générations
et d'apport à la
construction de nouvelles
mémoires à
travers la vie immigrée
apparaissent au fil des
activités de ces
associations.
Dans la masse des associations
qui nous ont répondu,
seulement deux ont des
salariés. Dans
les deux cas que nous
avons recensés,
il s'agit d'associations
qui font des activités
culturelles à mi-chemin
entre la culture immigrée
"turque" et
celle, -à travers
plusieurs dimensions-,
de Turquie. Le soutien
scolaire fait parti des
activités de l'une
d'entre elles. Dans la
quasi-totalité
des autres associations
ayant répondu à
notre questionnaire la
part du bénévolat
est extrêmement
importante. La division
du travail et son contrôle
au sein des associations
devient ainsi un enjeu
de pouvoir dans l'association,
mais aussi dans la "communauté".
Enfin un autre type de
salarié qui n'est
pas nommément désigné,
ce sont les "employés
religieux" par la
Turquie ou par des mouvements
religieux qui se trouvent
au coeur de plusieurs
associations.
Les ressources les plus
importantes proviennent
des cotisations, et ensuite
du FAS. La préfecture
et les consulats prennent
respectivement la 3ème
et la 4ème place.
Un certain nombre de petits
commerces (café,
épicerie, etc)
complètent ces
ressources,.sans qu'il
y ait cependant une réelle
institutionnalisation
de cette pratique. Pour
une grande partie des
associations les aides
publiques paraissent "très
compliquées",
et souvent il arrive même
que les associations n'aient
aucune connaissance en
la matière.
Plus de 50 % des responsables
qui nous ont répondu
étaient "satisfaits"
du degré de participation
de la population immigrée
aux activités.
Mais il faut noter que
16 % des mêmes responsables
trouvaient "très
insuffisante" la
participation des immigrés
originaires de Turquie.
Nous avons reçu
le nombre le plus important
de réponses des
associations des départements
du Bas-Rhin et du Rhône.
Faute d'une bonne connaissance
statistique, nous ne pouvons
dire à ce jour
si ces deux départements
arrivent en tête
de la distribution géographique
des associations des immigrés
de Turquie. Néanmoins,
nous y voyons les conséquences
de la concentration des
immigrés de Turquie
dans ces deux départements.
Les départements
de Meurthe-et-Moselle
et de Moselle confirment
cette équation
entre densité de
population et nombre d'associations
à travers le nombre
de réponses que
nous avons reçues.
L'éparpillement
géographique des
autres réponses
nous confirme une autre
réalité
qui s'est imposée
à la fin de la
décennie 80 et
dans les années
90. L'immigration turque
en France a commencé
à choisir pour
son installation les autres
régions de France
en dehors des trois pôles
géographiques "traditionnels"
(Île-de-France,
Rhône-Alpes, Alsace).
Et nous constatons en
parallèle une présence
associative qui suit ce
changement. Nous avons
relevé par ailleurs
qu'aucune association
d'Île-de-France
n'a répondu à
notre questionnaire.
|
DÉPARTEMENT
|
Nbr
d'associations
|
| Rhône
(69) |
13
|
| Bas-Rhin
(67) |
11
|
| Moselle |
6
|
| Isère
(38) |
4
|
| Haut-Rhin
(68) |
2
|
| Bouches
du Rhône (13) |
2
|
| Eure-et-Loir
(28) |
1
|
| Aveyron
(12) |
1
|
| Loiret
(45) |
1
|
| Meurthe-et-Moselle
(54) |
1
|
| Nord
(59) |
1
|
Lors
de notre travail, nous
n'avons pas demandé
le contenu de l'objet
à la fondation
de l'association tel qu'il
était déposé
à la Préfecture,
mais nous avons posé
la question dans une optique
plutôt réactualisée
et immédiate. D'ailleurs
les possibilités
de réorientation
des objectifs des associations
avec le changement de
génération
nous ont parues indéniables
lors de nos entretiens.
Les associations des immigrés
de Turquie apparaissent
comme des espaces et des
lieux d'activités
liées en premier
lieu aux divers aspects
de la culture d'origine
des concernés.
Assurer une continuité
culturelle intra et inter-générationnelle
est clairement affirmée.
Le religieux apparaît
comme fédérateur
d'un ensemble d'activités
que l'on trouve dans un
grand nombre d'associations.
Le sport est une deuxième
activité privilégiée
qui concerne davantage
les "jeunes",
parfois dans des cadres
associatifs indépendants
des premiers. Mais un
nombre important d'associations
à "caractère
religieux", mais
aussi à "caractère
politique", privilégie
de plus en plus le sport
comme agent de dynamique
face à un certain
désintérêt
des "jeunes"
pour les moyens traditionnels
de la "sauvegarde"
de la culture. La définition
même de "l'activité
culturelle" varie
de façon sensible
entre "vivre"
et "présenter-représenter"
sa (ses) culture(s). Les
cours de turc entrent,
suite à notre enquête,
parmi les activités
prisées par les
associations (5ème
rang). Nous n'avons pas
pu déterminer les
ouvertures que créent
ces activités vers
la société
englobante ou vers d'autres
tissus associatifs. Le
rubrique "activités
sociales", peut-être
en raison de son attrait
dans un discours qualifié
ou à cause de son
imprécision, a
retenu l'attention de
nos interlocuteurs. C'est
l'aide pour les démarches
administratives (qui entre
dans le cadre de cette
rubrique) qui a été
utilisée comme
justification de leur
réponse par les
enquêtés.
"Les activités
en direction des femmes"
et "les cours de
français",
formant un couple aux
4ème et 6ème
rangs des activités,
paraissent être
une direction très
recherchée par
les responsables associatifs.
Un autre domaine où
l'articulation à
la société
apparaît plus intensément
est la question des aides
scolaires (6). Il serait
intéressant d'analyser
les responsables de ces
aides et les élèves
demandeurs, afin de voir
s'il existe une demande
potentielle importante,
et de s'interroger sur
sa place parmi d'autres
réseaux de même
type. Parmi les activités
les moins citées,
nous avons trouvé
"les activités
politiques liées
à l'immigration
et celles liées
à la Turquie".
Le changement générationnel
et la cristallisation
de ces activités
au sein des associations
qui ne nous ont pas répondu
peuvent apparaître
comme les premiers éléments
explicatifs. Une interdépendance
entre le peu d'intérêt
pour ces deux activités
et l'avenir de l'immigration,
-peu "encline"
à s'intégrer-,
des originaires de Turquie
apparaît comme une
piste à travailler
dans la suite de nos réflexions.
D'autre part le pouvoir
décisionnel a une
faible marge d'initiative
pour tout un pan des activités
dans le cadre des associations
politisées et d'autres
"pro-consulaires".
Suivant les objectifs
déclarés
par nos interlocuteurs,
nous pouvons les synthétiser
sous deux rubriques :
-
l'organisation de divers
aspects de la vie "culturelle"
des immigrés
: nous avons un éventail
qui va de la pratique
religieuse à
la soirée de
lecture de poésie.
Les pratiques du domaine
religieux, qu'elles
soient individuelles
ou collectives, se passent
dans le cadre de l'immigration
de préférence
dans le "domaine
collectif" du groupe
considéré.
Le cadre associatif
a pour moteur dans beaucoup
de cas le moteur "rituel".
Mais l'éducation
linguistique des enfants
(en turc) et des femmes
(en français)
s'inscrit dans ces cadres
associatifs. L'intériorisation
de la culture à
dominance religieuse
s'ouvre difficilement
à la société
environnante. D'autres
activités plutôt
folkloriques, comme
les présentations
de danses et chants,
et les fêtes "culinaires"
ouvrent des chemins
de contacts avec les
"voisins"
et les responsables
locaux de toute origine.
Le sport vient s'ajouter
à cette ouverture
mais dans ce cas aussi
la participation des
femmes reste très
faible.
- Les activités
concernant la formation
de jeunes et de femmes
ouvrent les voies essentielles
de la socialisation
des Turcs en France.
Surtout les cours de
langue pour les femmes
, -pas en grand nombre-,
apparaissent comme un
pont essentiel dans
la participation des
immigrés à
la vie locale. De la
part des associations
une demande pressante
commence à paraître
pour les formations
des jeunes filles et
garçons, ainsi
que des femmes. Bien
qu'on ne puisse penser
des structures de formation
communautaire, on pourrait
réfléchir
dans un très
proche avenir à
mettre sur pied des
séries de réunions
d'information sur plusieurs
aspects de la vie socio-professionnelle.
Une certaine volonté
d'indépendance
apparaît dans le
choix de leurs partenaires
de collaboration, bien
que le tiers des répondants
fassent leurs activités
dans le cadre d'une fédération.
Le rôle des consulats
et de divers mouvements
politiques de Turquie
peut être une premier
clé d'analyse,
mais le manque de communication
et la volonté de
"rester" local
et plus proche nous aident
plus à comprendre
cet éloignement
des grandes structures.
C'est avec les municipalité
et les écoles que
ces associations ont le
plus de contact. Ensuite
viennent les "associations
de solidarité"
et les préfectures.
Les assistantes sociales
et les associations de
jeunesse tiennent le 5ème
rang parmi leur contact
dans la société.
Les associations de formation
et l'ANPE occupent respectivement
les 6 et 7ème rangs.
Quant aux syndicats, ils
sont au dernier rang des
institutions avec lesquelles
elles ont un contact.
Une seule association
nous a indiqué
avoir un contact avec
l'Université. On
constate que les institutions
de proximité entrent
en priorité dans
les contacts des associations,
tandis que le monde du
travail, -et du non-travail-,
leur paraissent dans une
autre cadre de relation,
hors des associations.
Dans une future enquête,
il nous parait important
de creuser et de faire
"un travail de réciprocité"
sur la nature des contacts
entre les mairies, les
écoles et les associations.
A la tête des problèmes
annoncés par ces
associations dans le cadre
de leurs activités,
on trouve le manque de
"cadres associatifs"
et de "moyens financiers".
Leur distance au monde
associatif français,
ainsi qu'aux informations
concernant la formation
des cadres associatifs,
explique en partie ces
deux manques. Le peu de
moyens financiers peut
aussi être compris
par l'enchevêtrement
des questions intra-communautaires
dans le fonctionnement
des associations. Les
insuffisances dans les
définitions des
programmes et des objectifs
des associations forment
aussi des obstacles à
la recherches de moyens
financiers. Des inadéquations
entre les objectifs et
les moyens financiers
recherchés donnent
lieu à une attitude
de crispation dans plusieurs
cas. "Les relations
avec les associations
françaises"
et "la connaissance
de la société
française"
sont deux points sur lesquels
nos interlocuteurs affirment
avoir une insuffisance
très importante.
Le manque de communication
et de coordination avec
les autres associations
turques apparaît
moins important à
nos interlocuteurs que
leur faible connaissance
de la société
française.
Une partie de notre questionnaire
était consacrée
aux questions axées
autour de la notion d'intégration.
D'abord nous avons demandé
à nos interlocuteurs
de faire le classement
des principaux problèmes
aux sont confrontés
les immigrés originaires
de Turquie. Nous trouvons
à la tête
des problèmes "le
manque de communication",
entre immigrés,
et peut-être même
davantage encore entre
originaires de Turquie.
Ici le fait que l'enquête
soit effectuée
par notre Conseil a pu
jouer un rôle stimulateur,
surtout après la
présentation de
notre Conseil et de ses
objectifs. Dans un sens
plus large, comme nous
l'avons indiqué
plus haut, les associations
des originaires de Turquie
souffrent d'un isolement
souvent perçu comme
repli, mais vécu
par les intéressés
comme une coupure, un
manque de contact avec
des choses qui se développent
en dehors de leur portée.
Puis nous trouvons la
question de la "naturalisation"
(de son manque). A ce
propos, après la
campagne du CFAIT, nous
croyons qu'il serait utile
de lancer ,avec les institutions
intéressées,
une enquête sur
les candidats à
la naturalisation et sur
ceux qui ont déjà
acquis la nationalité
française. "Le
chômage chez les
jeunes" se trouve
à la troisième
place. Le peu de contact
des associations avec
les ANPE et les associations
de formation peut être
mis en parallèle
avec cette constatation.
Puis, par ordre de classement
des problèmes les
plus importants vers les
moins importants, nous
trouvons :
-
"Non connaissance
des droits"
- "Conflit des
générations"
- "Inégalité"
- "Droit de vote
et d'éligibilité
en France"
- "Discrimination
religieuse"
- "Connaissance
de la culture d'origine"
- "Racisme".
Lors
d'un futur travail nous
pensons qu'il faudrait
expliciter davantage et
approfondir ces réponses
en tenant compte des générations
et de leur rôle
dans le milieu associatif.
Quand nous leur avons
posé la question
des types d'approche pour
résoudre ces problèmes,
la réponse qui
a le plus emporté
l'adhésion fut
celle sur "l'égalité
des droits". "L'intégration"
est arrivée après,
suivie de la "reconnaissance
de votre culture".
"La reconnaissance
de votre religion"
a été placée
en 4ème position.
Elle est suivie de la
"reconnaissance de
l'identité nationale".
Seulement cinq associations
ont coché "l'assimilation"
sans lui attribuer une
quelconque place dans
le classement.
Pour nos interlocuteurs
le terme intégration
couvre les sens suivants
par ordre d'importance
:
-
Avoir un statut légal
en France
- Maîtriser le
français
- Être accepté
par les français
- Aimer la France
- Avoir la nationalité
française
- Participer à
la vie économique
- Vivre en France selon
les lois françaises
- Participer à
la vie politique
- Payer des impôts
Quant
à "l'échec
de l'intégration
de la population immigrée
de Turquie", 45 %
des répondants
étaient d'accord
avec cette constatation,
tandis que 39% n'approuvaient
pas cette affirmation.
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